Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 juin 2016

LES ENFANTS JEROMINE...

9782253068860-001-T.jpgAllez, si vous ne devez acheter qu’un seul livre cette année, n’hésitez pas, c’est celui-ci : Les enfants Jéromine d’Ernst Wiechert.

Ce pavé de plus de 1000 pages, publié la première fois en 1948, n’était plus édité depuis des années et les rares exemplaires qui circulaient encore sur le marché de l’occasion pouvaient atteindre des prix assez prohibitifs.

Impossible de décrire en quelques mots le foisonnement de ce livre qui nous dépeint le destin de la fratrie Jéromine (sept enfants), de leurs parents et des autres habitants de Sowirog, petit village allemand perdu au cœur des bois et des marais et où le temps semble s’être arrêté. On retrouve dans ce roman tout ce qui fait la grandeur des livres de Wiechert, ce mélange de rigueur protestante et de sagesse primitive, cette communion avec la nature, cette capacité à juger les hommes sans les condamner, à cerner tous les dysfonctionnements du monde. Le genre de livre que l’on doit pouvoir lire cinq fois, dix fois, cent fois sans jamais se lasser.

Bravo au livre de poche pour cette belle initiative.

16:31 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

02 mai 2011

LE DERNIER STADE DE LA SOIF

img796.jpg" Je ne suis pas mêlé à tout cela, ma vie n'est que détachement, ironie et frivolité, ce qui n'est peut-être pas une posture particulièrement noble, mais elle a au moins le mérite de ne pas prétendre savoir ce qui est bien pour autrui ".

Frederick EXLEY, Le Dernier stade de la soif, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 2011

06:00 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (7)

09 juillet 2009

Cormac McCarthy : La Route

Le texte qui suit a déjà été publié sur le site d’Ygor Yanka (Opus XVII) en novembre 2008. Nous y avons apporté quelques modifications.

la-route_cormac-mccarthy_080722061948.jpgLa Route de Cormac McCarthy : le genre de livre qui ne laisse pas indifférent, loin s’en faut et qui, comme toutes les grandes oeuvres, nous incite à prendre la plume à notre tour aussitôt la dernière page tournée.

Première remarque sur le style, dont j’ai lu à plusieurs reprises sous la plume de divers critiques que ce n’est pas dans ce livre que McCarthy s’est montré le plus inspiré. C’est possible, mais quel exercice de style tout de même, tout en noirs et en nuances de gris. Pendant presque 250 pages, les personnages évoluent dans le « rien », c’est-à-dire dans un univers de cendres, de goudron fondu, d’arbres brûlés et de maisons en ruines. Faire vivre une histoire, dans ce contexte, sans donner l’impression de radoter et de tirer à la ligne, demeure quand même un bel exploit.

Exploit d’autant plus louable que les rebondissements sont rares et, à mon goût, un peu trop « téléphonés ». Ainsi, comme par hasard, c’est toujours lorsque les deux protagonistes sont quasi morts de faim qu’apparaissent, miraculeusement, sur leur chemin, des boîtes de conserves, des vêtements, des couvertures etc. Et plus encore que les rares et très évasives allusions à Dieu ou à la Bible, c’est dans ces sauvetages inespérés que j’entrevois la dimension « religieuse » que certains ont cru déceler dans ce roman. Car de deux choses l’une : soit McCarthy est un rigolo qui se contente, pour sortir ses personnages de l’embarras, de tours de passe-passe dignes de scénaristes de téléfilms de TF1 (mais indignes d’un auteur de son rang), soit il donne une symbolique plus élevée à ces « pêches miraculeuses » qui, autrement, deviennent vite plus agaçantes qu’autre chose.

Oui, il y a bien, en « bruit de fond » du roman, une vision religieuse – et de ce fait manichéenne – du monde ; l’idée qu’un Bien existe et qu’il doit forcément finir par terrasser le Mal ; l’idée que l’Humanité peut être sauvée (la symbolique de l’enfant est effectivement assez parlante – limite facile d’ailleurs, mais bon – et, pourquoi pas, qu’une « nouvelle chrétienté » pourrait finir par voir le jour. Mais on ne peut pas s’en tenir qu’à cette vision religieuse. Car si le roman de McCarthy ne disait « que » ça, ce ne serait qu’un bien piètre bouquin tout juste utile à rassurer les culs bénis. En réalité, McCarthy oppose, d’une manière beaucoup plus tragique et profonde, deux mondes.

D’un côté, le monde de la croyance humaine en un Bien et un Mal, celui de l’espoir que toute Apocalypse, tout comme dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament, ne marque jamais réellement une « fin », mais bien plutôt un nouveau « début ».

De l’autre, le monde de la réalité organique, physique, qui n’en a rien à secouer des croyances humaines et des mensonges que les hommes s’inventent pour conjurer leurs peurs. Dans le roman de McCarthy, tout est fini. La terre est morte et les humains survivants s’éteignent les uns après les autres. Aucun espoir à long terme, et pourtant les hommes continuent à vivre comme s’il y avait un « après ». À ce titre, une des phrases qui m’a parue être une des clefs du roman est la suivante : « Il ramassa un livre et feuilleta les lourdes pages gonflées d’humidité. Il n’aurait pas cru que la moindre petite chose pût dépendre d’un monde à venir. Ça le surprenait. Que l’espace que ces choses occupaient fût lui-même une attente » (p.162) Phrase clef car elle dit tout du choc entre ce monde des croyances dont McCarthy lui-même ne parvient pas à se détacher, et ce monde réel, organique (rendu presque inorganique par le cataclysme nucléaire) qui ne laisse aucune place à l’espoir et qui semble dire aux hommes : « pourquoi continuez-vous à faire semblant puisque le spectacle est fini ! »

C’est là que réside, pour moi, la grandeur du roman et sa superbe dimension tragique. Dans cette question qu’il nous pose : comment penser la « fin », la fin de l’humanité, mais aussi sa propre fin ? Avec son roman, McCarthy remet ces deux « fins » sur le même niveau : penser la mort de l’humanité ou penser sa propre mort, dans les deux cas ces pensées contiennent, intrinsèquement, une contradiction : penser la fin est quasiment impossible en soi sans rajouter à cette fin un « après ». Car cette fin sans « après » est absolument inconciliable avec l’idée d’une lutte entre le Bien et le Mal dont on sent bien que McCarthy peine à se détacher. Elle ne peut s’accorder qu’avec le principe, à la limite, d’une lutte entre le Bien et le Mal d’un côté et le néant de l’autre.

Confronté à cette interrogation (quelle attitude adopter face au néant, à la fin sans « après »), McCarthy semble avoir choisi (et c’est ce qui fait que son roman peut donner l’impression qu’il appelle à une forme de renouveau de la chrétienté) : il veut continuer à croire à l’espoir et à la victoire du Bien sur le Mal. Mais cela ne l’empêche pas d’être conscient de la fragilité de son espérance, et c’est probablement la raison pour laquelle, et de manière moins optimiste, il laisse sous-entendre, à plusieurs reprises au cours de son récit, qu’il existe d’autres portes de sortie, d’autres réponses possibles.

– La première, par exemple, est le suicide : c’est la voie choisie par la mère de l’enfant qui exprime ainsi clairement que si tout est fini et qu’aucun « après » n’est possible, le fait même de continuer à survivre ne peut relever que du non sens. Et à ce niveau le suicide apparaît d’autant plus justifié que, du fait de l’absence de tout espoir, le « maintenant » n’existe plus non plus (ce que le héros pressent fortement dans l’extrait que je cite plus haut).

– La seconde voie ouverte par McCarthy, la plus horrible, sans doute, mais peut-être aussi la plus « rationnelle » est le repli sur le « vouloir-vivre ». En effet, la morale n’ayant de sens que dans l’optique d’un « après », quand il ne demeure plus aucun espoir d’une ouverture possible vers une quelconque transcendance, la vie animale est probablement ce qui se fait de plus adapté avec la réalité donnée et, dans le roman, les survivants qui mangent leurs enfants sont, à ce titre, bien plus cohérents avec le contexte que ceux qui ne le font pas et qui continuent à se replier derrière des préceptes moraux qui n’ont plus court.

Renvoyant le cannibalisme et le suicide dos à dos, McCarthy a donc opté pour l’espoir. Difficile de lui en vouloir…

Stéphane Beau

14:54 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (2)

17 janvier 2009

Le Magazine des livres n°14

img078.jpg

Le n°14 du Magazine des livres est dans les kiosques. De bons papiers sur Albert Camus, Roger Grenier, Gabriel Matzneff ou Jean Marie Blas de Roblès. Et comme toujours, l’irrésistible chronique de Christian Cottet-Emard par laquelle j’entame la lecture de chaque nouveau numéro ! Je m’attaque pour ma part, dans ce n°14, au « cas Onfray »…

Signalons au passage que Joseph Vebret, le responsable du Magazine des livres, a publié il y a quelques semaines de cela un joli petit recueil d’anecdotes littéraires qui, si j’en juge par la hauteur des piles sur les étals des libraires, doit plutôt bien cartonner : Friandises littéraires (éditions Ecritures). Avis aux amateurs qui ont un peu trop forcé sur les sucreries et autres chocolats durant les fêtes de fin d’année, ces friandises là peuvent être consommées sans modération : elles ne font grossir que le cerveau !

friandises.jpgRésumé de l’éditeur : « Dans l’esprit des recueils de mélanges, Friandises littéraires n’aborde que la littérature, mais dans son ensemble, d’hier et d’aujourd'hui, petite et grande, de tous pays et de tout genre. Au fil des 220 entrées surprenantes, décalées, insolites, inattendues et singulières de cet almanach, le lecteur découvrira entre autres : la liste des écrivains morts dans des accidents de la circulation ; les armes du crime le plus souvent utilisées dans les romans policiers ; l’emplacement des tombes des grandes plumes ; les plus mauvaises ventes du prix Goncourt ; les coups bas et autres chausse-trapes des prix littéraires ; les plagiats les plus mémorables ; le catalogue des pseudonymes ; les maîtresses « officielles » des écrivains ; les auteurs qui furent emprisonnés, fusillés, et ceux qui se sont suicidés ; ceux qui allaient au bordel, ceux qui n’y allaient pas ; les auteurs d’un seul livre ; un annuaire de la négritude... Et des anecdotes, des citations, des vignettes... Tout ce que vous avez toujours voulu savoir – et ne pas savoir – sur la littérature se trouve dans ce recueil, où l’inutile confine à l’indispensable.

09:44 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (2)

12 décembre 2008

L'Esprit Nomade (2)

white.jpgToujours dans L’Esprit Nomade de Kenneth White. Je note cette phrase de John Cowper Powys : « Le monde réel est une illusion, née de ces moments d’autodestruction négateurs où, nous enfouissant dans la fourmilière sociale, nous n’avons plus d’existence en tant qu’individus solitaires – où, en d’autres termes, nous cessons de recréer les univers particuliers que fait naître la volonté de puissance de notre imagination créatrice. »

Un peu plus loin, Kenneth White précise avec justesse, je trouve : « Ce qu’il y a de paradoxal, comme le fait remarquer Powys, c’est que « l’égoïste solitaire est celui qui fait de loin le meilleur ami, pour peu que les circonstances l’exigent ». De même, ce sont ces égoïstes, fuyant dans le désir d’une vie planétaire les instincts grégaires et la sympathie d’autrui, qui se montrent les plus aptes à communiquer aux autres la sensation de l’existence. »

11:22 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (3)

26 novembre 2008

Le Magazine des Livres n°13

LML13.jpgLe n°13 du Magazine des Livres est paru il y a quelques jours. On peut y lire, bien sûr, une étude inévitable, sur Le Clézio, mais aussi une sympathique enquête sur la publication d’un premier roman, ou une lecture croisée (j’aime/j’aime pas) signée Pierre Cormary/Gérard Messadié sur le très controversé Ennemis Publics de Houellebecq et Levy. Mention spéciale, comme à chaque fois pratiquement, pour la chronique de Christian Cottet-Emard.

La partie « Cahier des livres » s’est étoffée par rapport aux précédents numéros et accueille maintenant des chroniques (telles que la « Revue des revues » de Jean-Jacques Nuel) qui avaient auparavant leur place dans La Presse Littéraire qui a cessé d'exister.

Nous signons, pour notre part, deux recensions dans ce n°13 : Honte et dignité, de Dag Solstad (Les allusifs) et My Lady Nicotine de James Matthew Barrie (Ed. Attila).

07:49 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (2)

25 novembre 2008

André Bonmort - Christian Blanchard

bonmort.jpgIl y a parfois des télescopages de lectures qui, à première vue, semblent absolument improbables et qui, pourtant, à y regarder de plus près, ne sont pas si incohérents que cela. C’est ainsi que je me suis retrouvé à lire, pratiquement en même temps l’Âge de cendre d’André Bonmort, le responsable des très sérieuses éditions Sulliver et On nous prend pour des C… de Christian Blanchard, un des responsables des non moins prometteuses, mais dans un genre un peu moins universitaire, éditions du Barbu.

Deux auteurs, deux approches, deux styles… mais un seul thème, une seule évidence : le monde marche sur la tête et à une époque dont on aime à nous répéter qu’elle est placée sous le signe de la logique et de la rationalité, force est de constater que c’est l’absurde qui triomphe en maître.

blanchard.JPGAndré Bonmort nous propose, une prose poétique finement ciselée, une succession de petits tableaux au cours desquels l’Humanité en personne vient nous dresser l’inventaire de tous les dysfonctionnements de notre monde ; Christian Blanchard, dans un style beaucoup plus rabelaisien s’amuse à décrypter, au cœur de son Ouest-France matinal, toutes les petites infos qui, tout en ayant l’air de n’être que des infos, justement, constituent des indices flagrants que nous sommes maintenant majoritairement prêts à gober sans discuter la soupe que l’on nous sert au quotidien.

Le monde va mal, donc. On a le choix, certes : on peut en rire (avec Christian Blanchard) ou en pleurer (avec André Bonmort). Mais dans les deux cas, la conclusion est affligeante : l’esprit critique n’est plus qu’un vain mot et le bon sens n’est plus à la mode. Le plus attristant peut-être, c’est que pas plus chez Bonmort que chez Blanchard on n’entrevoit la moindre lueur d’espoir : les utopies ne sont plus de rigueur. Peut-être est-ce moi qui suis en train de sombrer sur le versant « vieux con » avec mon discours qui se crispe de plus en plus clairement sur le « plus ça va, moins ça va » mais que voulez-vous, si véritablement on doit finir dans le mur, on n’est peut-être pas obligés d’y aller en courant ?

14:59 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

19 octobre 2008

Liqueur 44

img016.jpgLiqueur 44 vient de sortir son numéro 75. J’avais déjà repéré le titre de cette revue, mais je n’avais jamais pris la peine de m’en soucier plus que cela (il y a tellement de choix dans ce domaine !). Je viens de réparer mon erreur et je ne le regrette vraiment pas. Composée de poèmes et de proses poétiques Liqueur 44 se caractérise par la justesse de son ton et par la justesse de ses choix. Beau travail, ma foi !

Plus d’infos sur le sommaire et sur les modalités de commande ICI .

Et pour se tenir au courant des publications des éditions Gros Texte (dont Liqueur 44 est une publication, cliquez  !

20:26 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

06 octobre 2008

Léon Chestov

chestov.jpg« Des pensées mauvaises rodent jour et nuit dans mon cerveau, et des sentiments, que j’ignorais auparavant, grouillent maintenant dans mon âme… Je hais, je méprise, je m’indigne, je m’irrite et j’ai peur. Je suis devenu trop sévère, exigeant, irritable, impoli et soupçonneux… Qu’est-ce que cela signifie ? Si ces nouvelles idées et ces nouveaux sentiments proviennent d’un changement de mes convictions, d’où provient donc ce changement ? Le monde est-il devenu pire et suis-je, moi, devenu meilleur ? Ou bien étais-je avant aveugle et indifférent ? »

Léon Chestov,  Les Commencements et les fins.

21:50 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

30 septembre 2008

L'Art de lire - Emile Faguet

EmileFaguet.jpgQuelques vers tirés de l’Art de lire (1923) d’Emile Faguet - qui les emprunte lui-même à un épigrammiste dont il ne connaît pas le nom :

Le sort des hommes est ceci :
Beaucoup d’appelés, peu d’élus ;
Le sort des livres, le voici :
Beaucoup d’épelés, peu de lus.

(précisons que les amateurs de Faguet auront normalement le plaisir de le retrouver plus longuement dans Le Grognard de décembre... Mais chut... le sommaire n'est pas encore bouclé !)

08:10 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (1)