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25 août 2008

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 20 -

L.JPGa fin est proche pour Monsieur Glou qui n’aura guère profité de sa retraite. Il est alité depuis plusieurs semaines, le corps rongé par une vilaine maladie. Un prêtre est venu, mais il n’a pas voulu le recevoir : « ça pourrait me porter la poisse » a-t-il expliqué à l’infirmier médusé.

Quelques heures plus tard, il perd connaissance et son long visage crispé se détend soudain pour laisser la place à un sourire paisible que personne ne lui avait jamais connu jusqu’à lors. Au petit matin, sa sérénité se voile et une barre sombre se dessine sur son front. Comme mu par un puissant ressort il émerge soudain du coma, ouvre de grand yeux effarés, et se soulève vaguement pour susurrer à l’oreille de l’interne de garde ces quelques mémorables mots : « Dites à Madame Fuzz que la clé de la remise aux fournitures est accrochée derrière la porte de la cafétéria, à droite des portemanteaux… »

Puis il mourut.

22 août 2008

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 19 -

C.JPG’est un grand jour pour Monsieur Glou. Un funeste jour, certes, mais un grand jour quand même, car ce jour là va définitivement scinder sa vie en deux : avant la retraite ; après la retraite…

Tous ses collègues sont là, autour de lui… ou plus précisément autour du buffet froid, en train de s’empiffrer de petits fours et de siroter des flûtes de mousseux en parlant bruyamment.  Il y a Madame Fuzz, la toujours aussi affriolante Madame Fuzz, la seule qui daigne se retourner de temps en temps pour lui lancer un petit clin d’œil. Il y a Monsieur Le Klutz qui a déjà une grosse tache de mayonnaise sur sa cravate. Il y a Monsieur Morchien, avec ses babines de bouledogue apathique. Il y a le jeune Jean-Eudes, le fils du patron, dont les oreilles sont toujours à l’affût de quelques propos malveillants qu’il pourrait rapporter à papa. Et il y a plein d’autres personnes dont Monsieur Glou ne connaît ni les noms, ni même, parfois, les visages.

Assis tout seul dans un coin de la salle de réunion, Monsieur Glou, le héros du jour, attend sagement la fin de cette petite sauterie dont il est sensé être le centre. Une grande tristesse s’abat sur lui car il sait que toutes ces personnes qu’il déteste vont bientôt lui manquer ; et l’absurdité de ce constat le consterne.

Mais soudain, un vague sourire vient éclairer – faiblement, d’accord, mais éclairer quand même – le visage de Monsieur Glou. Il vient de songer au casse-tête qu’a dû être, pour ses collègues, le choix d’un cadeau de départ en retraite pour un type qui n’aime rien, qui ne s’intéresse à rien, qui n’a aucune passion et aucun goût pour rien. Emporté par ce bref élan de joie mesquine, il se laisse même aller à répondre à un clin d’œil de Madame Fuzz.

19 mars 2008

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 18 -

C.JPGomme tous les printemps, c’est l’heure de l’affichage des notations annuelles chez Young, Young & Young.

Guère de surprises, encore, cette année là.

Mme Fuzz, qui n’a de cesse de promener les profondeurs abyssales de son décolleté devant tous les cadres du service a de nouveau obtenu un 18/20.

Monsieur Le Klutz, chef de bureau et fayot de service a obtenu un honorable 16/20. Peut mieux faire… Devra racheter du cirage peut-être ?…

Le jeune Jean-Eudes Young, le fils du patron, a obtenu un brillant 19/20. Juste récompense pour celui qui détient depuis plus de six mois le record du meilleur score au « démineur » (niveau expert !)

Monsieur Glou, pour sa part, doit se contenter d’un maigre 11/20. Il n’aura pas droit à la prime annuelle accordée à tous les employés ayant obtenu une note supérieure à 15/20. Il faut dire que Monsieur Glou ne fait pas beaucoup d’efforts. Depuis près de 20 ans qu’il travaille pour Young, Young & Young, il n’a jamais été absent, jamais fait grève, jamais commis la moindre erreur ou faute professionnelle, jamais comploté, jamais manigancé... Ça finit forcément par agacer une telle discrétion !

12 février 2008

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 17 -

008e34410a5cd6668cd86c3ccd54c94b.jpga avait été la goutte de trop. Celle qui fait déborder le vase comme on dit. Quand Madame Fuzz – la troublante Madame Fuzz – lui avait dit d’un ton chagrin :

« Monsieur Glou, décidément, que vous avez l’air triste avec votre costume gris, dans votre chemise grise, dans votre bureau gris rempli d’armoires grises ! On dirait mon grand-père… en plus vieux ! »

Le lendemain, piqué au vif, Monsieur Glou avait passé sa journée à faire des emplettes. Il avait dépensé six mois d’économies, mais tant pis ! Chemise blanche, chaîne en or, veste de costume chic, jeans délavés, Montre Rollex, Ray-ban (c’est hyper tendance, tous les rappeurs en ont – dixit le vendeur). Et pour la déco du bureau, des posters de voitures (Ferrari, Lamborghini, Porsche…) et des photos de mannequins et de chanteuses à la mode (dixit le vendeur)

Imaginez la surprise de Madame Fuzz en rentrant dans le bureau et en découvrant la métamorphose !

« Ben ! Monsieur Glou ! Pourquoi vous vous êtes déguisé en Sarkozy ? »

On n’a pas idée aussi d’élire un Président de la République qui a les mêmes goûts et les mêmes valeurs que le premier rappeur venu…

17 août 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 16 -

33f584844eecb23e75b3239141383f38.jpgous les ans, à la même époque, Monsieur Glou s'achète une nouvelle paire de chaussures. Ce n'est pas que l'ancienne soit réellement usée, mais bon... On change bien les pneus des voitures avant qu'ils n'éclatent...

Mais comme Monsieur Glou ne jette rien, il conserve soigneusement toutes ses vieilles paires de chaussures. Et comme il n'a pas de livres chez lui (ce n'est pas très pratique pour se chausser), il a rempli toute sa bibliothèque de ses anciens souliers.

Il y a quinze jours de cela, un étudiant des beaux-arts est venu chez lui pour tenter de lui vendre quelques photocopies de peintures célèbres. Pointant son index vers les centaines de chaussures, alignées sur les rayonnages de la bibliothèque, il s'est écrié avec passion :

« Ah ! mais vous aussi vous faites dans l'art conceptuel ?

 

– Non... dans la comptabilité d’entreprise. »

Décidément, Monsieur Glou n'aime pas les jeunes. Surtout quand ils se prennent pour des artistes.

02 juillet 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 15 -

ec5dcc8662e66fb98dbe79b7a6df2c4d.jpgn coup de poing à droite, deux coups de pieds à gauche. En moins de trente secondes les trois misérables malfrats ont mordu la poussière de la ruelle sordide. D'un geste dégagé, Monsieur Glou réajuste son nœud papillon et s'avance vers la blonde et pulpeuse Samantha qui, encore sous le choc de l'agression, semble vouloir le dévorer de son immense regard.

« Ah ! Monsieur Glou, comme vous les avez bien corrigés ces voyous !
– Je n'ai pas pour habitude de laisser la vermine molester les jolies femmes...
– Oh ! Monsieur Glou, vous allez me faire rougir... Comment puis-je vous remercier ?
– Un baiser... peut-être ?
– Jamais un merci ne m'aura été aussi agréable à donner ! »

Samantha tend déjà ses lèvres dorées et rondes vers son sauveur, mais au moment ou leurs haleines vont sceller leur délicieuse union, la belle jeune femme s'écrit avec angoisse :

« Attention, derrière vous ! »

Monsieur Glou sent une main s'abattre sur son épaule :

« Désolé de vous réveiller comme ça mon p'tit monsieur, mais c'est l'terminus du bus et moi faut pas que j'décampe trop tard à cause de ma bourgeoise qu'aime pas trop que je traîne pour rentrer le soir... »

Très digne, Monsieur Glou prend sa sacoche, ajuste son nœud papillon et descend du bus.

20 juin 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 14 -

c5163a66193b9c582c5f9fc038525ed7.jpglors là, non ! Monsieur Glou n’est pas d’accord ! Ça fait un quart d’heure qu’il fait la queue à la caisse du supermarché et voilà que tout à coup une jeune femme, enceinte jusqu’au yeux, a le toupet de venir lui chiper sa place sous le fallacieux prétexte qu’il faut laisser la priorité aux futures mamans !

C’est un peu facile tout de même ! Et diablement injuste car lui, Monsieur Glou, comme il ne sera jamais enceinte, il n’aura jamais le privilège d’être prioritaire !

Ah ! Elle est belle l’égalité des sexes…

07 juin 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 13 -

9cf866d0cb043c1852806d121fade51a.jpgonsieur Glou a fait un constat étrange ce matin, en se réveillant : il n’est techniquement pas possible, chez l’être humain, de se gratter le coude droit avec la main droite (l’expérience fonctionne également avec le coude gauche et la main gauche).

 

D’accord, ce n’est pas grave en soi – sauf peut-être pour les manchots – mais en tant que catholique fervent, cela l’interpelle. Comment se fait-il que Dieu, le Tout Puissant, l’Omniscient, ait pu passer à côté de ce détail ?

 

Que l’homme soit mortel, cela peut s’expliquer – seul Dieu peut être immortel – ; qu’il souffre de mille maux (maladies, guerres, douleurs morales, psychologiques), cela se conçoit également – comment savoir ce qu’est le bonheur si on ne connaît pas la douleur ?

Mais l’impossibilité de se gratter le coude droit avec la main droite ! Quel mystérieux dessein divin se cache derrière cela ?

Décidément, les voies du seigneur sont impénétrables…

26 mai 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 12 -

775b22241efd14afde048141fc810e3a.jpgela fait des années que Monsieur Glou s’épuise à le répéter : les étrangers, il n’a rien contre, à condition qu’ils se comportent comme de bons français ; les pédophiles et autres vicieux comme les homosexuels, on n’y peut rien : ce sont des malades ; les chômeurs et les « Rmistes » ? tous des fainéants ! Les jeunes ? des petits voyous qu’il faut mettre au pas…

Seulement, à chaque fois qu’il aborde ces questions, ses collègues l’interrompent très vite : « vieux réac », « triste râleur », « pauvre coincé », « nazillon », « aigri »… les noms d’oiseaux fusent et il doit battre en retraite.

Il y en a pourtant certains qui tiennent le même discours et auxquels on déroule le tapis rouge.

C’est à n’y rien comprendre...

13 mai 2007

LE MONDE DE MONSIEUR GLOU - 11 -

medium_M.3.JPGonsieur Glou déteste les pauvres, surtout celui qui, assis devant la porte de la boulangerie, chaque dimanche matin, essaie invariablement de lui carotter quelques sous : « une petite pièce, Monsieur, pour manger, ma femme est malade et j'ai cinq enfants, une petite pièce, s'il vous plait... »

Un matin, n'y tenant plus, Monsieur Glou s'est arrêté et, avec l'implacable rigidité d'un prince outragé il s'est campé droit devant l'insolent personnage (prêt néanmoins à battre en retraite au cas ou ce dernier aurait le culot de se relever) : « Sachez, Monsieur le quémandeur, que j'ai pour principe de me jamais faire l'aumône aux malotrus qui ont l'impudence de m'interpeller de la sorte ! A bon entendeur... »

Depuis, le mendiant qui a compris la leçon, ne lui demande plus rien... Et Monsieur Glou le croise maintenant avec sérénité.

Il ne lui donne toujours rien, mais il se sent nettement moins coupable…