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09 mai 2007

Benjamin De Casseres 10

medium_casseres.10.JPGLa minute du Pèlerin

Je suis la minute du Pèlerin,
Le Juif Errant du Temps
Et à travers toutes vos incarnations
J’ai traversé sur la pointe des pieds les corridors de vos cerveaux
Une chandelle allumée à la main
A la recherche de Dieu.

Benjamin De Casseres, Black Suns

(Traduction, S. Beau 2007)

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01 mai 2007

Henri ROORDA

medium_roorda.2.jpgEn cette période d’entre-deux tours, voici quelques mots d’Henri Roorda (1870-1925), mathématicien et humoriste suisse, dont je déguste actuellement les œuvres complètes et dont je reparlerai très certainement, prochainement, sur ce blog ou ailleurs.

« Les vaches, les hommes, les sardines, les éléphants, les femmes, les lapins, les zèbres et les poux, tous les êtres vivants sont des égoïstes. L’égoïsme est le caractère essentiel de leur « moi », la condition nécessaire de leur existence. « L’égoïsme est sacré », comme disent les militaires. Ce qui rend répugnants les hommes d’État et les politiciens, c’est qu’ils ne peuvent pas lâcher un p… sans prétendre que c’est « dans l’intérêt général ». Ce sont des menteurs. L’intérêt général est une chose inconcevable, inexistante ; et les individus sincères n’en parlent pas. »

H. Roorda, À Prendre ou à laisser.

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30 avril 2007

Benjamin De Casseres 9

medium_casseres.8.JPGLa minute glaciale

 

Je suis la Raison,

L’hiver des émotions.

Tissée en formules algébriques,

Cadencée en syllogismes

Sur l’homme je n’ai aucun pouvoir,

Car je n’ai pas d’âme.

 

Benjamin De Casseres, Black Suns

(Traduction, S. Beau 2007)

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27 avril 2007

Arthur et George - Julian Barnes

medium_barnes.2.gifJe sors de la lecture d’Arthur et George de Julian Barnes avec un sentiment mitigé : l’impression d’avoir été baladé par un auteur qui joue avec son lecteur comme le chat avec une souris ; avec ce désagréable ressenti que l’on a lorsque que l’on vient de se faire battre loyalement par son adversaire et que l’on sait bien que, quelle que soit l’étendue de notre colère, nous n’avons d’autre issue que de la reporter sur nous même.

Le livre s’ouvre, dans un esprit très « roman d’apprentissage », sur les destins parallèles d’Arthur (Arthur Conan Doyle), dont l’enfance est marquée par la dérive de son père dans les affres de l’alcool et de la folie, et de George, fils de pasteur d’origine hindou (parsi) qui, malgré sa droiture et son intégrité se retrouve assez vite victime de mystérieuses lettres anonymes, et de plaisanteries aussi désagréables que mal intentionnées.

Lorsqu’une série d’agressions est perpétuée sur des animaux de la région : vaches et chevaux aux corps tailladés, vidés de leur sang et retrouvés agonisants au petit matin, c’est vers George que la police – en mal de coupables – oriente ses recherches. Sans preuves précises, mais persuadés que ce drôle de jeune homme au teint mat, aux yeux globuleux et aux manières raides et polies cache forcément quelque chose, les policiers, puis les juges ont tôt fait de le déclarer coupable des crimes commis et de l’envoyer en prison. C’est alors qu’il fait appel à Arthur Conan Doyle, devenu célèbre grâce aux exploits de son Sherlock Holmes, pour l’aider à prouver son innocence.

Et c’est là que les choses se gâtent (pour le lecteur, pas pour George !) Alors que l’on commence à s’installer avec délice dans les dédales d’une énigme policière parfaitement palpitante, Barnes, taquin, change soudain de sujet et entreprend, durant un nombre de pages – qui, pour le lecteur pressé de connaître le dénouement des misères de Georges semble interminable, – de nous narrer les amours contrariés d’Arthur Conan Doyle et de sa nouvelle amante : Jean !

Quand enfin, vers la fin du livre, Barnes semble se souvenir qu’il avait commencé à nous échauffer les sens avec les injustices subies par le malheureux George, ce n’est hélas que pour laisser les choses en plan, sans chute véritable. Grâce aux pressions, George a été libéré mais pas clairement innocenté. Un autre coupable est suspecté par Conan Doyle qui ne parvient pas à persuader la police.

Et puis c’est tout ! Arthur et George reprennent leur petite vie, chacun de son côté…

En résumé, livre surprenant, agréable, mais terriblement frustrant…

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21 avril 2007

Jean de la Ville de Mirmont

medium_laville.gifExamen

 

Somme toute, je suis sincère

Plus qu’il n’y parait tout d’abord ;

Mais je conviens que mon grand tort

Est de m’inventer des chimères.

 

Je m’accroche à des tas d’ennuis,

Je m’égratigne à des vétilles,

Et je me pique aux mille aiguilles

Dont est cousu chaque aujourd’hui.

 

Oh ! qui donc me délivrera

De ce cœur par trop chimérique,

Imbu de vague rhétorique,

De romantisme, et cætera ?

 

Jean de la Ville de Mirmont

Oeuvres Complètes, Champ Vallon

21:25 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

20 avril 2007

Benjamin De Casseres 8

medium_CASSERES.4.JPG

Vers Libre

 

Je suis la forme sans forme

La ligne de moindre résistance

L’anarchie et le dissolvant du style

Je suis cru, primitif,

Un pont entre l’harmonie

Et un meilleur et nouveau diapason.

 

Je suis le Beethoven de la dissonance

Le Paderewski de la Calliope,

Un Paganini achevant la musique

Sur des cordes géantes en boyaux  –

Un grotesque gratte-ciel démocratique

Construit avec des pierres du Parthénon,

Des tours du Kremlin,

Des corniches et balustrades en ruine de l’Alhambra

Et des pignons d’un Hôtel dans les Cieux,

Tout cela jetés ensemble

Capricieusement, négligemment.

 

Car je suis le Vers Libre,

Le dieu insouciant ;

Aussi insouciant que la nature, les rêves et les enfants,

Qui vivent sans rime ni raison

Et n’en demandent pas plus –

Aussi insouciant que la vie,

Qui n’a pas ni début ni fin,

Ni mesure, ni rythme,

Dont les cadences,

Comme les miennes

Ne commencent Nulle part

Et ne vont nulle part.

 

Immanent,

J’existais avant que l’esprit et la mesure des pieds

Ne soient nés

Dans un état de flux,

Nébuleux,

Dans la quatrième dimension,

Protéiforme,

Dénuée de feuilles,

Une Pensée sans mots,

Une langue aux soleils bégayants.

 

Mais j’ai un rythme rien que pour moi,

Caché dans le non arithmétique sourire d’Eschyle,

Incarné dans les

Visions cosmoramiques de Blake,

Mis en vers dans les esprits par les

Mages de l’Appréhension,

Qui rêvent dans les

Tourbillons du Chaos.

 

J’ai le rythme du

Dieu de Spinoza

Et la marche de ses Modalités géantes,

Et mon rythme est le rythme guerrier

D’Ormuzd et d’Ahriman.

 

Je suis la poésie du

« Pense le toi-même »

Délié de tout,

Etincelant et Merveilleux.

 

Je suis le Vers Libre,

L’âme de l’Homme

Qui résonne avec

L’inconnu

Et qui rime avec

L’éternel X.

 

Benjamin De Casseres, Black Suns

(Traduction, S. Beau 2007)

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15 avril 2007

Benjamin De Casseres 7

medium_CASSERES.2.JPGL'Idéal

 

Le sabot de ma Pensée

Piaffe sur le pavé de la Réalité

Alors que ses ailes écarlates se déploient

Dans les vents martelant les perfides sommets

Et ses yeux s’ouvrent en grand

Aux morsures des étoiles.

 

Loin ! Loin !

Au-delà des remparts rougeoyants des soleils nouveaux nés,

Au-delà des yeux glacés des lunes fraîchement mortes,

Le sabot de ma Pensée

Retentit sur les crêtes des cyclones interstellaires –

Alors que je chevauche vers les solitudes enneigées

De ma Mecque privée

Lumineux, ironique mirage de l’Espace !

 

Benjamin De Casseres, Black Suns

(Traduction S. Beau 2007)

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09 avril 2007

Paul Fort, prince des poètes.

 medium_paul_fort.jpgBallades de la montagne, des glaciers et des sources (extrait)

– Des sentiers lumineux couraient jusqu’aux nuages.

La lumière tombait par flots blonds dans le val, et l’heure était si douce, l’orage si lointain… Midi, dans les vapeurs, se couronnait d’or pâle.

– Des sentiers lumineux couraient jusqu’aux nuages.

Jamais nous n’avions vu nos visages plus sains, plus sereins nos sourires, nos cœurs sans moins de voiles. Nous serions morts, ainsi, en nous tenant les mains.

– Des sentiers lumineux couraient jusqu’aux nuages.

Lorsqu’en nous regardant, nous nous vîmes blêmir – rougir – devenir verts – noircir – et disparaître, et quand nous nous appelâmes l’orage était le maître.

Paul Fort, Ballades Françaises, 2ème série.

10:25 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

08 avril 2007

Benjamin De Casseres 6

medium_CASSERES.JPGLa maison hantée

Mon cerveau est une forêt tropicale,
Sombre et sinistre,
Dans les branches desquelles mes pensées se balancent et jouent
Comme des scarabées rouges –
Une mer de lueurs phosphorescentes
Où les images s’amusent comme des poissons volants
Un jardin, aussi,
Dans lequel se promènent des Christ sadiques
Et des Néron qui sont des Paraclet –
Un sérail peuplé d’anges écarlates
Qui chantent leurs hymnes passionnés
Aux cataleptiques Sultans des Cieux.
Mon cerveau est un chariot de poussière de soleil
Tiré par deux superbes papillons
Attrapés par des Titans Lunaires,
Qui m’emporte au travers des perles de sueur qui étincellent
Sur le visage de la céleste Ethiope
Et des milliards de milliards d’infusoires
Qui pullulent dans leurs profondeurs,
Vers les solennelles solitudes du Nirvana des fées
Qui somnolent pour toujours sur la Cuisse Dorée de Pythagore.

Mon cerveau ! Mon cerveau !
Une étoile exilée de l’Espace,
Dans la Sibérie de mon crâne
Sans espoir de sursis !

Benjamin De Casseres, Black Suns

(Traduction S. Beau 2007)

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04 avril 2007

Benjamin De Casseres 5

medium_casseres.7.JPGNocturne

 

Il fait nuit.

Le voleur, éternel représentant de l'humanité, reprend son poste de guet au coin de la rue.

La prostituée, voyante et sybille, la première-née de Dieu, avive ses lèvres d'une teinte de rouge avant de descendre à la recherche de son repas.

Les cafés, les théâtres, les cinémas, avec leurs milliers de milliers de lumières commencent à marcher à la conquête de cet univers amorphe : l'ennui.

Dans les hôpitaux un vague malaise aiguillonne les corps des patients et les pensées, comme de noirs parasols, s'ouvrent en leurs cerveaux.

Dans des vêtements de soirée impeccables, les millionnaires – ces yogis de la chair, parcourent de long en large les mille allées des jardins des établissements de luxe à la recherche de leurs ondulants Nirvanas.

Un poète, qui redoute davantage son propriétaire que le Très Haut, allume sa lampe sans abat-jour et commence une ode merveilleuse à la gloire du Renoir des Cieux.

Un mendiant, des yeux duquel la Faim a châtré le courage, demande qu'elle lui paie un café à une riche madame que son courage héroïque a mis pour toujours à l'abri des atteintes de la Faim.

La lune, momifiée dans un éternel sommeil – coprolithe gelé de la terre, – gravit, à l'Orient, les échelons de l'Espace, tel un reptile.

Il fait nuit, et le Cela, le « Ce qui est » aux yeux multiples et auxquels n'échappe rien, s'éveille de sa sieste subtile pour tenir sous sa surveillance le sous-monde des humains.

 

Benjamin de Casseres,

Texte publié dans L'En Dehors, n°331-332, Juin juillet 1939. Traducteur inconnu.

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