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13 décembre 2007

Roland Dorgelès : Progrès

Progrès

Du Tonkin à la Cochinchine
J’ai dénoué le long ruban
De cette route Mandarine
Sur qui le manguier noir incline
Sa branche et son fruit succulent
*
Quels sont ces gens dans la rizière ?
Est-ce un cortège de Doc-Phous
Avec ses dais et ses bannières,
Ses parasols et ses litières,
Sur un pont léger de bambous…
*
Que de folies on imagine !
Tu croyais donc aux revenants ?
Mais le lettré qui se dandine,
Le palanquin qui s’achemine,
Tout ça c’est bon pour les romans.
*
Le chinois roule en limousine,
Le coolie attend la combine,
Thi-Ba fait casquer son amant ;
Chaque jonque veut sa machine,
Chaque ville veut son usine
L’auto a tué l’éléphant…

Roland Dorgelès, Saïgon, février 1924.
Publié dans Le Divan.

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11 décembre 2007

"Je Sue Partout"... Revue en ligne

2c7c08eb8cc5059af5fd6a527f285737.jpgA noter la naissance de cette nouvelle revue Je sue partout dont le ton décalé et le caractère iconoclaste ne manque pas de charme. A signaler notamment, dans le sommaire du 1er numéro, la réédition d’un magnifique texte de Hello. Voici ce que l’on peut lire sur la page d’accueil de la revue :

« Le 14 novembre 2007 est paru à cette adresse le premier numéro du journal subversif « Je sue partout ». Par un usage artistique de la langue autre que celle des journaleux, nous vous proposons une vision directe et pluri-politique d’évènements toujours actuels : de Jésus-Christ à Ben Laden ! Une nouvelle religion ? Non ! Guider les consciences nous est odieux, les agiter sera notre but.

Afin d’échapper à la censure généralisée, à la venimeuse publicité et au formatage ambiant, sa publication se fait exclusivement sur internet. Ce site vous permettra chaque mois de télécharger gratuitement « Je sue partout ». Si son enthousiasme vous gagne, vous pourrez aider sa diffusion en en imprimant des exemplaires et en communiquant à vos contacts l’adresse de ce site.

Notre journal suera partout pour que la pensée ne soit plus une défaite, mais une espérance de victoire ! »

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06 décembre 2007

Remy de Gourmont Le Livre des Masques

741cb04cff7d8ee69c5da641440bd24c.jpgIl y a quelques mois déjà, Les éditions Manucius, dont le catalogue commence à prendre bonne tournure, rééditaient en un volume les deux tomes du Livre des Masques de Remy de Gourmont. On y trouve des études sur tous les grands noms de la littérature de l’époque. Les plus connus : Gide, Louÿs, Lorrain, Maeterlinck, Verhaeren, Huysmans, Renard, Bloy, Schwob, Claudel, Barrès, les frères Goncourt, mais aussi quelques sympathiques oubliés tels que Henri Mazel, Adolphe Retté, Francis Poictevin, Rictus…

Lecture idéale pour un voyage dans le passé, pour tous les nostalgiques qui, comme moi, ont l’impression d’être nés dans le mauvais siècle.

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03 décembre 2007

Arrêter d'écrire...

b57a6dea50de0c5c5165852476c9c6be.jpgUn sceptique : Se peut-il vraiment que vous ayez lu tous ces livres ?

Anatole France : Pas même un dixième d’entre eux. Je suppose que vous n’utilisez pas tous les jours vos porcelaines de Sèvres.

 

David Markson, Arrêter d’écrire, Le Cherche midi, 2007.

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21 novembre 2007

Sur la civilisation...

18b814988a45bc86f0b8c535e70de8d8.jpg« Des investigations récentes semblent prouver que l’une des fonctions des globules blancs du sang est de détruire les germes de maladie et les bactéries qui se trouvent dans la circulation – en absorbant ces organismes, en les assujettissant à la vie centrale du corps – et qu’à cette fin ils affluent en grand nombre vers la partie du corps qui est blessée ou malade. Ou, pour prendre un exemple dans la société, il est évident que si notre vie sociale était réellement saine, des produits parasitaires comme l’actionnaire indolent et le policier seraient tout simplement impossibles. Ce qui leur sert de proie n’existerait pas, et ils devraient périr ou bien être transformés utilement. »

Edward Carpenter, in "La Civilisation, ses causes et ses remèdes", La Société Nouvelle, 1895.

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20 novembre 2007

Le symbole de la vie...

5ad772eada7365c3f032269bf3273a3d.jpg« Le symbole de la vie… L’homme vient au monde plus dépourvu qu’un poulet ; il ne sait ni marcher, ni manger, ni parler. Il n’y a qu’une chose qu’il sache sans l’apprendre : c’est pleurer. »

Roland Dorgelès, Partir.

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18 septembre 2007

Yann Apperry...

60e185f8e27274f589be3dac1b851c3f.jpg« Il n’y a pas d’injustice. L’injustice, c’est de croire que les choses pouvaient se passer autrement. Et sans doute qu’elles peuvent toujours se passer autrement. Quand tu es sur la route et que tu te rends quelque part, même si tu ne sais pas où tu vas, tu peux toujours prendre à gauche, tourner à droite, faire demi-tour, tu peux t’arrêter pour pisser ou contempler le paysage, l’avenir est ouvert. Après coup, quand tu te remémores les étapes, tu as aussi la liberté de te dire : j’ai suivi tel chemin, c’était le seul chemin pour moi. Ou bien : j’aurais pu choisir un autre itinéraire, j’aurais pu arriver ailleurs. C’est encore toi qui décides. Il n’y a personne pour te dire que ta route était tracée d’avance ou qu’elle ne l’était pas. Il n’y a que toi. C’est toi qui décides le sens que tu donnes au voyage. Alors si tu préfères croire qu’on t’a refilé de mauvaises cartes, libre à toi. »

Yann Appery, Frarrago, Grasset 2003.

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07 septembre 2007

Gérard de Lacaze Duthiers... De l'art.

a0e508822ae951312490873f729dfa58.jpgDE L'ART

L’art vit d’indépendance. Il hait les restrictions. La liberté se confond avec la beauté. Elle a ses lois vivantes, que méconnaît la fausse indépendance.

L’artiste ne dépend ni d’une école, ni d’une coterie. Il ne dépend que de lui-même.

N’imitons du génie que son indépendance. Copier ses idées, c’est les déformer.

Il y a un poncif de l’indépendance. On a vite fait de tomber dans l’extravagance et la bizarrerie, sous prétexte de nouveauté. On nous donne souvent sous le nom d’originalité le contraire même de l’originalité.

L’œuvre et l’artiste sont inséparables. L’indépendance dans l’art exige l’indépendance dans la vie. La vie de l’artiste doit être aussi libre, aussi originale et personnelle que son œuvre. Elle doit être une œuvre d’art.

Aujourd’hui l’indépendance n’existe que chez quelques-uns. La masse a besoin de chaînes pour contenir sa pseudo-inspiration.

Il n’y a plus de conscience esthétique. Il n’y a plus que du bluff et de l’incohérence.

Un art faux et étriqué, à l’usage des médiocres ; un art vivant et humain, créé par les meilleurs pour les meilleurs ; notre époque nous offre ce double spectacle, à la fois douloureux et réconfortant.

Une conception anarchiste de l’art, l’envisageant comme ennemi de toute autorité, comme l’adversaire des lois et des morales, comme l’expression intégrale de l’être libéré de tous les préjugés, est seule possible à notre époque, parce que, seule, elle correspond à la réalité : une œuvre d’art a toujours, à toutes les époques, gêné les habitudes du troupeau, contrarié les appétits de ceux qui le dirigent ou lui obéissent servilement. L’art est l’expression par laquelle l’être manifeste son amour le plus intense de la liberté et de la vie, son besoin d’indépendance absolue, son désir d’une humanité meilleure.

L’attitude de l’artiste, dans la société présente, ne peut être qu’une attitude de révolte.

Les satisfaits et les repus sont de faux artistes : la réclame et le bluff leur suffit. Leur vie est nulle et médiocre comme leur œuvre. Ils conçoivent l’art comme un coin de la politique, ils l’exploitent comme une « mine » ; c’est pour eux une « affaire » ; c’est aussi une façade et une attitude parmi ces êtres qui s’agitent et gesticulent à leur côté.

Nos mœurs artistiques sont au niveau de notre fausse conception de l’art. Nos artistes sont des politiciens, des industriels, des journalistes, sauf des artistes.

Pour un artiste, il n’y a qu’une école : celle de la vertu et de la vie.

Craignons d’opposer, à la coterie des « officiels », la coterie des « indépendants ».

Les œuvres originales ont contre elles l’esprit raisonéiste du public, les usages et la routine. Le public éclate de rire devant une œuvre qu’il ne comprend pas. L’œuvre la plus vivante est toujours incomprise des imbéciles ; est-ce une raison pour la déclarer incompréhensible ?

Faire de « l’action directe » en art, c’est exprimer toute sa pensée, sans se soucier de l’opinion des imbéciles ou des « canons » des pédants.

Le commerce et l’art s’excluent. Faire un tableau pour le vendre, c’est être la proie des financiers et des marchands.

Le génie a toujours des imitateurs. Ils sont maladroits et imprudents.

L’art est aux mains de quelques manitous, impuissants et serviles. La critique doit démasquer leur sénilité.

Gérard de Lacaze-Duthiers, L'Action d'art, n°3, 15 mars 1913.

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03 septembre 2007

J'ai trop pensé : Emile Tardieu

PETIT POÈME EN PROSE

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J’ai trop pensé

J’ai trop pensé, j’ai trop analysé le monde et les hommes ; je ne vois, je ne touche plus rien qui soit vivant.

J’habite dans le désenchantement : mon œil réduit les choses à leur poussière et à leur squelette ; j’entends crier les ressorts d’acier de l’univers ; je découvre le jeu de la mort sous les voiles splendides de la vie.

J’ai trop disséqué l’égoïsme de l’homme ; j’ai étiqueté tous les mobiles de ses actes ; je compte dans son crâne ses pensées à nu comme les fibres d’un écorché dans une vitrine.

Je n’ai plus d’amis : car elles ne naissent plus en moi, ces sympathies mystérieuses, ces attractions irrésistibles qui jaillissent des profondeurs de notre vie, nous entraînant vers les cœurs de ceux que nous devons aimer.

Mes amitiés tout intellectuelles ne sont qu’une distraction cérébrale, une joute de paroles, un cliquetis de mots, où les phrases prononcées sont pareilles à celles des réunions de savants qui échangent des chiffres et des formules de mathématiques.

Mes amis ne m’apparaissent plus comme vivants ; automates qui marchent, je sais ce qu’ils répondront à mes confidences : pourquoi leur en faire ? Après quelques explications banales sur les choses du jour nous avons hâte de nous séparer.

Mon cœur se serre quand je pense que je les ai tant aimés, et que je ne les aimerai plus.

Par instants j’ai envie de me jeter sur leur poitrine et de tout leur dire ; si cette sourde guerre entre les hommes n’était qu’un malentendu ?... et puis je sens qu’ils ne me comprendraient pas.

J’ai trop pensé ; j’ai acquis une seconde vue fatigante qui dessèche, flétrit et décompose ce qui faisait autrefois mes illusions, mes élans et ma joie.

Mes amis, l’amour, j’ai tout abandonné ; je reste seul, et quand je regarde en moi-même, je me fais horreur.

Je ne vaux pas mieux que les autres ; je suis plein d’actes mauvais et de désirs pires encore ; si j’ai une supériorité c’est de me connaître et de ne me cacher rien.

Oh ! que la terre est devenue triste depuis que j’ai découvert sur combien d’infamies se lève et fleurit la vie des vivants ! Que l’âme humaine est devenue laide depuis que je sais son secret !

J’ai toujours peur de me surprendre dans des crimes inconscients et des flagrants délits horribles ; je n’ose agir parce que je sais que le fond de mon être a sa pente dans le mal.

Et l’univers aime le mal par moi, car je ne suis autre chose qu’une fonction, un acte de l’univers, un des organes par lequel il réalise sa vie avide, égoïste et insatiable.

Je suis une armée de désirs violents et redoutables qui pilleraient et saccageraient le monde, si ses forces conjurées, supérieures aux miennes, ne m’écrasaient à toute heure.

Nous voulons le bien, cependant, nous savons que le bien devrait être, et nous faisons le mal, parce que la lutte et le mal sont les aliments et les excitants nécessaires de la vie.

Et je m’éloigne de mes amis, car je sens que leur main a des étreintes louches et douteuses, pendant que leurs paroles me caressent ; et moi-même je ne suis pas sûr de ma main.

Émile Tardieu, L’Ermitage n°5 ; août 1890.

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24 août 2007

Les collaborateurs du Grognard publient...

67a38d2e4b515c3ed9a27640266380bc.jpgPetit zoom aujourd’hui sur deux livres publiés par deux collaborateurs du Grognard : Le Fruit défendu de Stéphane Prat (chez l'auteur) et Le Long des jours silencieux de Thierry Guérin (Ed. Thélès).

Deux romans sympathiques aux univers et aux styles absolument opposés. Alors que Stéphane Prat situe l’intrigue de son roman policier dans les froidures hivernales et humide de Saint-Malo, Thierry Guérin nous entraîne dans une longue traversée dans les sables brûlants et les pierres du désert, à la recherche de la ville de Chinguetti.. Le premier nous dévoile un monde sombre et loufoque peuplé de héros attachants, aux noms évocateurs : Baudrillard, Sartre, Marc Aurèle, Colbert… Le second nous invite à le suivre, parmi les magnifiques paysages du désert et parmi les dédales de son long monologue intérieur.

fc36e9b3e08fe20b69780e2b4d20b359.jpgDeux styles, deux écritures, mais pourtant deux univers littéraires qui se rejoignent par leur profonde humanité et par leur approche digne de cette fichue solitude, profonde et irréversible, qui, même chez les mieux entourés d’entre nous, reste tapie au plus profond de notre âme, prête à jaillir et à nous mordre, au moindre fléchissement.

(La diffusion de ces deux ouvrages n’étant pas forcément simple, nous transmettrons les éventuelles commandes aux auteurs.)

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