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14 juin 2012

LE DERNIER SALUT DE LAMATABOIS

img457.jpgNous avons appris avec tristesse le décès, le 5 juin, de Jean-claude Lamatabois, poète et romancier que nous avions eu le plaisir de croiser lors de divers salons, mais aussi d'accueillir dans notre numéro 17 du Grognard, consacré à la poésie. Irradié à Mururoa durant son service militaire jean-Claude Lamatabois a passé une grande partie de sa vie à lutter contre la mort. Cette dernière a fini par avoir le dernier mot.

Les éditions du Petit véhicule venaient juste de publier son dernier livre : Starie ou Jours de planches (illustré par Jean-Claude Pirotte). L'ouvrage peut être commandé ICI.

Goulven Le Brech avait beaucoup aimé un de ses précédents livres, Le Ravin des Mariannes, également paru aux éditions du Petit Véhicule. Voici la recension qu'il avait publiée dans le n°18 du Grognard :


201009261379_zoom.jpgJean-Claude LAMATABOIS, Le ravin des Mariannes
éditions du Petit Véhicule, 2010.

Sur Internet, si l’on recherche des informations sur la fosse des Mariannes, le lieu le plus profond du globe terrestre (environ 11000 mètres de profondeur), on trouve de nombreuses descriptions sur ces abysses obscurs et froids, où vivent de nombreuses espèces de micro-organismes encore inconnues de nos jours. Cette fascinante fosse se trouve située dans la partie nord-ouest de l'océan Pacifique, à l'est des îles Mariannes.

Sous le titre évocateur du Ravin des Mariannes, Jean-Claude Lamatabois nous invite à le suivre dans un long et abyssal poème en prose, au cœur « d’un univers consumé, où la désolation est l’appellation courante. » Pour cet ancien marin de la marine marchande, victime des essais nucléaires dans le Pacifique, le ravin des Mariannes est bien évidemment une image ; celle d’une plongée dans le monde obscur de la maladie qui menace chaque existence humaine. Plutôt que la fosse, le poète préfère évoquer le ravin : « Je n’aime pas ce nom de fosse, qui me rappelle trop les excréments, le purin, l’odeur commune des morts » (prélude). De fait, pour cet homme qui a dû endurer plusieurs cancers depuis son irradiation, le ravin n’est pas une simple image inspirée du gouffre de Pascal ou de Baudelaire. Viscéralement inscrit dans sa chair, il est le lieu et l’exutoire d’un homme assailli de l’intérieur par des forces obscures, contre lesquelles il lutte sans se résigner.

Avant la maladie, le poète a parcouru de long en large toutes les mers du monde. Il a connu les levers de soleil sur Valparaiso, « véritable refuge pour navires brisés » et autres enchantements qui font le bonheur des marins au long cours. C’est en homme de mer expérimenté qu’il évoque la fosse au- dessus de laquelle il a vogué et dans laquelle il plonge dorénavant, de son âme sédentarisée. Dans les profondeurs abyssales de l’océan Pacifique, du haut de son scaphandrier, il nous exhorte à regarder les créatures monstrueuses, « poulpe de cristal, seiche née en enfer ». Ce lieu peu accueillant et peuplé de monstres n’est cependant pas beaucoup plus terrible que le monde d’en-haut, « monde qui se meurt – qui s’égare seulement en regardant l’écran de son ordinateur. » Un monde bruyant de navires à la dérive, contrastant avec le silence et la grande liberté des profondeurs maritimes. Une fois passée la puanteur et les monstres des premières profondeurs, les abysses laissent place à de douces créatures : éponges, coraux, anémones et méduses qui brillent dans l’obscurité. Loin de la fureur des hommes, loin des « regards enfermés striés par des barreaux », Jean-Claude Lamatabois s’y trouve en paix.

À ses côté nous contemplons l’en-deçà de l’humain, nous écoutons la mélodieuse musique des profondeurs. Dans la grande solitude des abysses, malgré la maladie, envouté par les parfums des profondeurs, le poète avoue atteindre une certaine félicité sensuelle. Et nous, fictifs compagnons de plongée, nous contemplons les profondeurs du haut d’un petit navire, quelque part au sein du vaste océan.

Goulven Le Brech

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