Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16 février 2012

DE QUOI LA DEMOCRATIE EST-ELLE LE NOM ?

marianne-baillon-2.jpgAllez, je continue de fouiller dans mes "archives" et je ressors ce texte d’octobre 2010, publié lui aussi sur Non de non. Et après la déclaration officielle de candidature, hier soir, de Nicolas Sarkozy, qui nous dit qu’il est très soucieux de donner la parole aux Français via des référendums, je trouve que ce texte retrouve une seconde jeunesse...

 

*

 

La manière dont Nicolas Sarkozy et ses sbires « gèrent » la grogne actuelle autour de la réforme des retraites me laisse terriblement perplexe. Car depuis le début, la ligne de conduite du Président de la République et de son gouvernement est relativement le même : « la réforme que nous mettons en place est bonne, juste et nécessaire, tant pis si une partie des français ne la comprend pas ». A cela ils rajoutent également, pour justifier leur légitimité que « Nicolas Sarkozy a été élu démocratiquement. Les français ont voté pour lui pour qu’il prenne ses responsabilités, et c’est ce qu’il fait, n’en déplaise à ses opposants ». Sous-entendu, derrière cela : la parole de la rue qui vient remettre en cause le vote des français est donc, d’une certaine manière, « anti-démocratique » et, de ce fait, illégitime. Ce qui explique la fermeté du discours tenu depuis le début par l’État et son gouvernement.

 

Le plus étonnant (ou effrayant), c’est de constater la tranquillité avec laquelle la grande majorité des médias reprend ces propos, sans jamais pointer du doigt sur ce qu’ils signifient vraiment. Car quel sens a le mot « démocratie » pour Sarkozy et ses hommes de main ? Il a été élu démocratiquement, d’accord, ce qui est quand même la moindre des choses en République, mais ensuite ? Quel sens donne-t-il à ce mandat ? Il a été élu pour appliquer un programme, explique-t-il, et il le fera. Déjà, là, on décèle un raccourci gênant : il effectivement été élu sur la base d’un programme. Un certain nombre de français, pas tous, et loin de là, a marqué son intérêt pour les propositions qu’il faisait, en effet. Ce qui ne veut pas dire que celles et ceux qui appréciaient ce programme le validait à 100% sur tous les points ni qu’ils signaient, en votant pour Sarkozy, un chèque en blanc lui octroyant tous les pouvoirs et leur interdisant par la suite toute réclamation.

D’autant qu’il y a souvent un écart assez important entre le « programme », pétition de principe, et les actes posés… Tout ce que Nicolas Sarkozy a mis en branle sur la question des Roms était-il posé dans son programme ? Pas en ces termes, en tout cas… Et sur les retraites ? Le programme du candidat Sarkozy portait plutôt sur l’option inverse de ce qu’il met en œuvre aujourd’hui. La crise est passée par là depuis, nous explique-t-il, il a bien fallu prendre des mesures. Pourquoi pas, mais sur quels critères ? La réforme qu’il met en œuvre est indispensable nous répète-t-il sans relâche. Elle doit être votée, que les Français le veuillent ou non. C’est ainsi, et il ne cédera pas. Ah bon ? Et pourquoi ne céderait-il pas ? Qu'est-ce qui l'en empêche ? Sa réforme est elle réellement représentative de ce que veulent les Français ? Pas si sûr, pourtant... Les derniers sondages annoncent que Sarkozy, avec 30% d’opinions favorables et 70% de défavorables, a fait exploser tous les records d’impopularité des Présidents de la République. Le pays est au bord de l’explosion, les rues sont noires de manifestants, et plus de 60% des Français semblent être plus ou moins solidaires des grévistes, mais tout cela ne compte pas. Tous ces braillards là ne comptent pas. Ils ne sont pas « démocratiques » ! 

Mais qu’est-ce que la démocratie, alors ? N’est-ce pas le pouvoir accordé au peuple de se désigner des représentants ? Et qu’est-ce qu’un représentant ? Un type qui décide tout seul, de sa propre « autorité », de son propre « chef » (les mots ne sont pas anodins) ce qu’il est bon de faire ? Non. Pour moi, ce type là n’est pas un représentant de la démocratie, mais un despote. Même s’il a été élu « démocratiquement », et même si sa politique se dit « éclairée ». Un despote est un dirigeant qui exerce sur son peuple un rapport d’autorité, et qui estime avoir sur lui une position hiérarchique supérieure. C’est un « chef », au même titre que le chef de famille dont l’autorité n’a rien de représentative. C’est un homme de « pouvoir » qui accorde plus d’importance à ce pouvoir qu’il détient, justement, qu’au peuple qu’il est sensé défendre. Et hélas : quand on vit sous le règne d’un despote, la démocratie n’est plus.

 

Nicolas Sarkozy est persuadé que sa réforme des retraites est indispensable ? Très bien, il en a le droit. Mais son devoir de représentant du peuple, dans un réel souci démocratique, n’est pas d’imposer son point de vue, mais de l’expliquer, de l’exposer et de le proposer. Après, si les Français n’en veulent pas, il n’a aucune légitimité pour légiférer contre l’avis de ceux qu’il représente. La France n'est pas une entreprise dont il a la gestion, mais un pays et surtout un peuple dont il est sensé être le porte-parole. S’il estime qu’en refusant sa proposition les Français commettent une erreur, libre à lui de se retirer dignement. Et si dans vingt ou trente ans tout le monde constate qu’il avait raison et qu’on aurait dû l’écouter, tant pis pour nous : c’est ça la démocratie. Mais un chef qui impose « sa » réforme sans accorder la moindre écoute à son peuple c’est un tyran, un despote, un dictateur, tout ce que l’on voudra, mais ce n’est plus un démocrate, et il n’y a rien d’étonnant à ce que les réactions de ses opposants dérivent vers la violence puisque c’est malheureusement le seul langage que les tyrans comprennent. Et moi, plus que le fond même du débat sur les retraites, c’est cette vérité là qui me heurte de plein fouet, aujourd’hui.

 

Notre fier Président, c’est évident, ne cédera pas. Il cassera les casseurs s’il le faut, il éparpillera les piquets de grèves, il libérera la France des vilains récalcitrants, il boutera les cégétistes hors des raffineries... Et après ? Après, nous verrons bien, en 2012, comment voteront les Français… Et s’ils réélisent encore un Président du même tonneau que celui que nous avons actuellement, s’ils font encore le choix d’un despote et non d’un représentant, la seule question qui nous restera alors à nous poser sera : méritons-nous réellement la démocratie !

 

Stéphane Beau

Commentaires

Texte pur. Sans une bavure et texte généreux.

Écrit par : Bertrand | 16 février 2012

J'avoue qu'entendre Sarkozy parler de référendum hier soir relevait pour moi du non sens absolu. Et savoir que des millions de français se sont dit en l'écoutant : "ah ouais, c'est bien ça !" est proprement désespérant pour moi...

Écrit par : stephane | 16 février 2012

Au fond, peut-être que démocratie ne provient pas de demos, mais de daemoniacus adj. « démoniaque » et subst. « possédé du démon ».

Écrit par : ArD | 16 février 2012

Pas bête !

Écrit par : stephane | 16 février 2012

oui mais le "daimon" de Socrate était un ange gardien donc un petit démon gentil. Sarkozy serait il notre "daimon" méchant ?

Écrit par : tony | 21 février 2012

Méchant ? C'est marrant, mais je n'avais jamais songé à ce mot pour Sarkozy ! Pour un garnement ou pour une toux, oui, mais pour Sarkozy ça me semble léger comme adjectif, non ?

Écrit par : stephane | 21 février 2012

Les commentaires sont fermés.