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29 octobre 2011

DANIEL ROBERT EST DANS CHIENDENTS...

img093.jpgLes éditions du Petit véhicule continuent à enchaîner les numéros de leur nouvelle revue, Chiendents dont la périodicité est parfaitement aléatoire (« on peut même en publier trente par an, si on veut » nous soufflait même Luc Vidal, le responsable des éditions, il y a quelques jours.

Ce troisième numéro, coordonné par Pierrick Hamelin (auteur de magnifiques ouvrages tels que Manège ou Promenades philosophiques, publiés aux Perséides, et également au sommaire du dernier Grognard consacré au « Sentiment océanique), s’attache à nous faire redécouvrir Daniel Robert (1952-1981) poète et peintre nantais qui a passé une bonne partie de sa courte vie en asile psychiatrique.

Joliment illustré par des reproductions en couleur de ses tableaux, ce numéro contient un entretien avec le frère de Daniel Robert ainsi qu’une sélection représentative de ses poèmes.

Belle occasion pour les amateurs de curiosités et d’auteurs oubliés, de se plonger dans l’univers touchant de ce poète méconnu. Et pour 4 € en plus, ce serait bête de se priver.

Pour toute commande, c’est ICI.

28 octobre 2011

CONNOLLY AGAIN...

connoly.JPG« L'usage parfait du langage est celui où chaque mot a simplement le sens qu'il doit avoir, sans rien de plus ni de moins. [...] Il y eut un temps (...) où les mots exprimaient ce qu'ils signifiaient et où il était impossible de mal écrire. »

Cyril Connolly, Ce qu’il faut faire pour ne plus être écrivain, Les Belles Lettres, 2011

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27 octobre 2011

PALANTE EN PORTUGAIS

9789728610838.jpgDécouvert par hasard sur le web cette traduction récente (2009) des Antinomies entre l'individu et la société de Georges Palante en portugais (avec une préface de Michel Onfray).

Ce retour de Palante à la langue portugaise n'est que justice si l'on se souvient que les premières traductions du Précis de sociologie ont justement vu le jour au Brésil (1908) et au portugal (1909)

26 octobre 2011

COMME EN POÉSIE N°47

img091.jpgLe n°47 de Comme en poésie est disponible.

On y rencontre quelques contributeurs qui feront également leurs premiers pas dans le prochain Grognard à paraître en décembre (Marc Bonetto, Tristan Felix) ainsi que quelques noms que l’on a toujours plaisir à retrouver (ceux de Patrice Maltaverne ou de Michel l’Hostis par exemple).

A noter que les couples (littéraires ou réels) sont à l’honneur dans ce numéro de septembre.

Tous les détails ICI.

25 octobre 2011

MIDI 35/36

img089.jpgLe numéro 35/36 de la toujours très somptueuse revue MIDI est disponible.

Au sommaire, plein de belles choses. Signalons plus particulièrement une étude très touchante sur Colette Thomas, femme d’Henri Thomas (traducteur de Jünger, entre autres) et amie d’Antonin Artaud.

Occasion de lire également un beau récit intitulé « L’arrière saison », signé Goulven Le Brech.

Un numéro magnifiquement illustré qui coûte 14 € et qui peut être commandé ICI auprès de Françoise Thieck Champin

24 octobre 2011

LA DERNIERE CHEVAUCHÉE DE BERNARD MARCOTTE

marcotte.jpgBernard Marcotte (1887-1927), poète, philosophe et conteur parfaitement inconnu du grand public, sera au sommaire du Grognard n°20 à paraître en décembre. En attendant la parution de ce numéro (dont nous vous détaillerons le sommaire prochainement), je vous incite fortement à mieux apprendre à connaître ce mystérieux Marcotte au travers d’un recueil de contes intitulé La Dernière chevauchée des rois mages qu’Henri Cambon (petit fils d’un ami de Marcotte) vient de faire paraître aux éditions Thélès.

A mi chemin entre le conte et le poème en prose, les textes de Bernard Marcotte s’occupent à revisiter tous les mythes (les fées, les ogres, les dragons) et toutes les légendes (chrétiennes, finnoises, grecques) pour créer au final un univers fantasmagorique très personnel où la Vierge Marie se retrouve être un personnage féérique au même titre que Cendrillon ou Vénus.

S’amusant à explorer les zones d’ombres laissées dans les contes traditionnels (qu’ont fait les Rois Mages sur le chemin du retour ?, comment le Petit Poucet a-t-il fait pour entrer dans les bottes de l’ogre ?, il fait preuve lui-même d’un réel talent de conteur, tout en gardant toujours un œil critique (et souvent caustique) sur tout ce qu’il écrit.

Sa langue, enfin, fait souvent mouche et son sens de la formule nous conforte dans l’idée qu’il s’agissait bien là d’un vrai écrivain et que sa redécouverte est parfaitement légitime. Quelques extraits devraient suffire pour vous en convaincre.

« En ce temps là, l’Etoile Polaire fuyait dans le ciel, poursuivie par la Grande Ourse qui voulait la dévorer (car les étoiles n’ont point toujours été immobiles, mais jadis elles se faisaient la guerre). »

« Les choses sont éternelles : celles qui demeurent et celles qui recommencent. »

« A l’heure la plus noire, un corbeau, volant bas, rôda dans la clairière, avec un bruit mou des ailes dans l’air humide, comme une pâte qu’on pétrit dans la maie. »

« Devant le soleil qui montait, j’ai su le grand orgueil de la vie, et j’ai levé la tête pour respirer plus profondément encore le parfum des moissons mûres et des forêts bleues. J’ai vu les tâches rouges des coquelicots sur les nappes d’or des blés, et très bien, au-delà du ruisseau, les vieilles portes des maisons grises s’ouvrant à la lumière. »

Bernard Marcotte, La Dernière chevauchée des Rois Mages,
Thélès, 2011, 164 pages, 16,50 €

23 octobre 2011

ROSSET ET LES ANAGNOSTES...

anagnoste.JPG

Pour faire suite à notre note du 21 octobre, consacrée à un compte rendu du Grognard spécial Rosset paru sur le blog Issue21, nous vous proposons de lire le texte complet de la contribution d'Eric Bonnargent à ce numéro (coordonné par Stéphane Prat) sur le blog de L'Anagnoste.

22 octobre 2011

KOESTLER ET LE SENTIMENT OCEANIQUE

zero.jpgDeux extraits issus du Zéro et l’infini d’Arthur Koestler, en complément du dernier numéro du Grognard consacré au Sentiment océanique.

« Il lui arrivait de réagir à l'improviste à une mélodie et même au simple souvenir d'une mélodie, aux mains jointes de la Pietà, à certaines scènes de son enfance. Ses harmoniques répondaient à certains appels comme à un diapason, et, une fois ces échos éveillés, il se produisait un de ces états que les mystiques appellent " extase " et les saints " contemplation " ; les plus grands et les plus posés des psychologues modernes avaient reconnu comme un fait l'existence de cet état et l'a­vaient appelé " sentiment océanique ". Et en vérité, la per­sonnalité s'y dissolvait comme un grain de sel dans la mer; mais au même moment, l'infini de la mer semblait être con­tenu dans le grain de sable. Le grain ne se localisait plus ni dans le temps ni dans l'espace. C'était un état dans lequel la pensée perdait toute direction et se mettait à tourner en rond, comme l'aiguille de la boussole au pôle magnétique ; et en fin de compte, elle se détachait de son axe et voyageait librement à travers l'espace, comme un faisceau de lumière dans la nuit ; et il semblait alors que toutes les pensées et toutes les sensa­tions, et jusqu'à la douleur et jusqu'à la joie, n'étaient plus que des raies spectrales du même rayon de lumière, décomposé au prisme de la conscience. »

« Apparemment, même un coin de ciel bleu suffisait à pro­voquer " l'état océanique " »

21 octobre 2011

LE GROGNARD, SOLITAIRE OU SOLIDAIRE !

issue21.JPGStéphane Prat nous signale l’article ci-dessous, paru sur le site Issue21 (Revues et création) le 17 mars 2011. Merci à l’auteur (anonyme) de cet article.

* * *

La revue Le Grognard a été fondée au 21e siècle mais aurait très bien pu l’être au 19e. C’est d’ailleurs plus ou moins ce que proclame la charte de l’association du même nom où se mêle des formules qui sentent la nostalgie comme d’autres la naphtaline : « loin des modes, des avant-gardes », « trésors oubliés », « résolument inactuel », « revues mythiques du 19e siècle »… Le Grognard a des yeux à l’arrière du crâne. Mais il ne faudrait pas pour autant faire de lui un soldat de l’arrière-garde. De sensibilité anarchiste et individualiste, c’est plutôt un irréductible poète qui pense ce qu’il veut, quand il en a envie, à l’écart, et qui préfèrerait ne pas écrire plutôt que d’écrire ce qu’on lui dicte.

Les noms qui émaillent les sommaires des seize numéros et autres publications dérivées parus depuis 2007 forment donc une sorte de manifeste à relier selon les pointillés. On y croise nombre de figures rebelles méconnues, qu’elles soient philosophes comme Georges Palante, penseurs à contre-courant, ou encore anarchistes et libertaires américains (Lucy Parsons, Margaret Fuller, W.-L. Garrison, Jerry Farber…). Le titre du numéro spécial de mars 2008 résume je crois assez bien la nature du Grognard : Solitaire ou solidaire.

Il n’est donc pas étonnant de trouver un certain Clément Rosset à la une de la quatorzième livraison (juin 2010).

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Rosset (né en 1939) est un philosophe des bords de route, un franc-tireur, connu pour deux de ses penchants : sa méthode d’écriture qui consiste à convoquer dans ses essais des références souvent assez (voire très) éloignées à première vue du domaine philosophique, et son travail passionnant sur le réel débuté en 1976 par son désormais fameux Le réel et son double.

Rosset explique très bien lui-même sa démarche, laquelle est détaillée dans un article paru sur Fabula : « Certains pensent qu’entre deux citations de Heidegger faire intervenir un mot d’un album de Tintin et Milou est une manière de se moquer du monde, et de Heidegger en particulier. Au contraire, je ne vois pas en quoi ce serait amoindrir Heidegger que de le faire succéder ou précéder par Hergé. Je pense en outre qu’il y a une profonde pertinence dans ce rapprochement qui me sert à éclairer ce que je veux dire. »

Cette façon de faire de la philosophie, mise en œuvre par un homme qui se veut autant écrivain que philosophe, est mise au service d’un objectif qui prend tout son sens à partir du Réel et son double : la critique en règle de la métaphysique. Trop souvent on crée un double au réel (une représentation) en croyant débusquer son sens alors qu’il n’en a pas et se suffit à lui-même. C’est notre façon de se protéger de lui. Or c’est un piège et le meilleur moyen en s’éloignant du réel de se perdre soi-même. Le réel est ce qui n’a pas de double, il est unique (dit autrement : il est idiot). C’est l’illusion qui est double.

A cet égard, l’article le plus intéressant du numéro 14 du Grognard est sans conteste celui d’Éric qui à la façon de Rosset ose un rapprochement dont on aurait difficilement pu se douter : la pensée de Rosset et celle du poète Alberto Caeiro, l’un des principaux hétéronymes de Fernando Pessoa, auteur notamment du Gardeur de troupeaux.

Comme Rosset s’oppose à la métaphysique qui cherche quelque chose (un sens) là où il n’y a rien, Caeiro, qui d’après ce qu’on sait de lui est un homme simple, ignore tout mysticisme ou occultisme poétiques. Ses vers d’une limpidité extrême en témoignent :

Pour moi, grâce à mes yeux faits seulement pour voir,
Je vois l’absence de signification en toute chose ;
Je vois cela et je m’aime, puisque être une chose c’est ne rien signifier du tout

Le réel est sans qualités. Il est. Tel est le principe d’identité défini par Rosset : A est A.

Le papillon, est, sans plus, papillon
il n’est pas vert, c’est le vert qui est vert

La tautologie élimine le double du réel, ce qui le parasite en croyant lui donner du sens. De toute façon :

Penser c’est avoir mal aux yeux

Caeiro comme Rosset privilégie les sensations sur la raison :

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Ou :
La lumière est pour moi une réalité immédiate

Caeiro croit à la joie, à l’adhésion consciente au réel dont Rosset a traité dans La Force majeure. Rien ne sert d’espérer, le réel est tel qu’il est. C’est en fréquentant le tragique des choses que la joie peut advenir :

L’effarante réalité des choses est ma découverte de tous les jours

Cet article est une merveille. En organisant la tranquille collision de deux écrivains que tout oppose à première vue (y compris dans leur existence physique), il révèle les deux œuvres d’une façon inattendue. Chacune est éclairée à la lumière de l’autre. Le procédé est-il fondé ? On s’en moque. La lecture et la pensée sont choses intimes avant d’être science. Peu importe la preuve. Voilà l’expérience grandeur nature de ce que Pessoa/Alvaro de Campos écrivait au sujet de Caeiro : je sentis de façon charnelle que j’étais en train de discuter, non avec un autre homme, mais avec un autre univers.
Voilà le plaisir qu’on est à-même de ressentir au contact de toute œuvre, de tout être.

20 octobre 2011

QUE FAISIEZ-VOUS A 23h23 ?

clip_image002.jpgRessenti de lecture de 23h23 Pavillon A par Jean-Louis Millet. Un grand merci à lui. (L’illustration a été proposée par lui pour préciser sa vision des deux espace-temps qui cohabitent dans le roman « concomitamment... comme deux dimensions impliées mais distinctes, genre position au-dessus et au-dessous dans un ruban de Möbius. Le même endroit, mais pas la même orientation... comme les fourmis sur le dessin ».

* * *

23 h 23 Pavillon A !

Ça sonne comme le titre d’un polar. C’est presque ça, mais pas vraiment. Oui, bien sûr, il y a le suspens – quasi hitchcockien – avec sous jacente cette idée d’êtres démunis pris dans un truc qui les dépasse.

Voilà ce que Stéphane Beau nous a cette fois concocté de belle manière et qui nous est proposé dans une présentation remarquable par les éditions du Petit Véhicule…

… une petite musique de nuit noire comme une distorsion de l’espace-temps. Une distorsion jusqu’à la rupture, la faille où s’abriter dans un art de la fugue loin des addictions-refuges habituelles.

Imaginez-vous dans un CHS tout à fait ordinaire – un asile d’aliénés quoi – des « pavillons fonctionnels » dispersés dans un parc et malgré cette nature, l’ambiance, les chambres, les couloirs, les cris, les crises, la chape chimique, les errances dans… 

C’est une nuit ordinaire mais pafff, une panne d’électricité. Il est 23 h 23.

Il fait noir, tout noir, partout. L’effacement d’un réel. Tout bascule pour ces internés contraints de corps et enfermés de têtes. C’est l’évasion spontanée. Au moins pour deux puis trois d’entre eux.

 

Oui, que trois. Tout le reste de l’humanité s’est évaporé sans laisser de cadavre. Un abandon libérateur, le regard-miroir de l’Autre s’est – enfin – brisé, comme un verre d’eau ou comme une vitre. Plus de jugement, d’à priori.

 Alors les barrières tombent. Ils se rencontrent, se racontent, se livrent, se confessent, se vivent, s’existent dans cette aventure de toute une journée. Ils se délivrent…   Soudain, la lumière revient. La coupure de courant n’a duré qu’un peu moins de six heures. Ici le temps n’est pas le même. Mais deux des trois, pfouittt… disparus. L’abandon pour celui qui reste…  

Alors ?

Au fait, vous, oui, vous qui lisez ces lignes, ce jour là, à 23 h 23 vous étiez où ?  

Jean-Louis Millet