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06 mai 2011

SUITES DE SURVIE...

emeutes_alanevar.jpg« Entre l’ennui et la mémoire »… Ces quelques mots, à mon sens, auraient constitué un titre plus parlant que Suites de survie, celui qu’a retenu Alanevar (quel drôle de nom !) pour son recueil de nouvelles fraîchement paru aux éditions Bouquinstinct. Car non seulement ses héros ne « survivent » pas souvent à leurs aventures, mais en plus, la notion même de « suite » leur est, la plupart du temps, absolument étrangère : ils sont tous frappés du sceau de la rupture. Le temps, dans les nouvelles d’Alanevar est fragmenté, éclaté, décousu. Soit son flux se ralenti tellement qu’il se mue en un incommensurable ennui, soit il se distend, s’effrite, et les souvenirs se glissent alors et se perdent entre les mailles de cette toile informe.

 

Mais que la mémoire s’efface (comme dans « Et pif, taf ») ou qu’elle revienne subitement (« Eugénie ou le retour des Poulpiquets ») la chute est toujours brutale, car la connexion ne se fait plus entre le passé et l’avenir : entre les deux, le présent ne tient plus ses promesses. C’est sans doute pour ça que la folie n’est jamais loin dans l’imaginaire d’Alanevar : quand le fil du temps tend à s’effilocher il n’y a plus guère d’autre moyen, pour le renouer, que de se réinventer un monde, un univers, une réalité autre, pas forcément plus joyeuse, juste un peu moins invivable (« le chat et les auvergnats », « Poncifs font font… »).

 

L’écriture d’Alanevar est soignée et ses phrases font souvent mouche : « L’homme saoul tente toujours de retrouver une dignité qu’il n’a pas forcément à jeun » ; ou encore « Notre vie, c’est de voir, toi, tu regardes ! ». Certaines nouvelles auraient peut-être gagné à être un peu plus resserrées (« Le fleuve charriait d’étranges lectures », par exemple) mais l’ensemble est, malgré cela, tout à fait réjouissant.

 

Seul motif d’agacement : le format du livre (A4), relié comme un mémoire de fac (j’en faisais déjà de semblables il y a plus de vingt ans de cela !). On a plus l’impression, en le lisant, de parcourir un manuscrit. A une époque ou la fabrication des livres est devenu un jeu d’enfant à la portée de tous, un tel mode de reliure est quasiment insupportable.

 

SB

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