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08 février 2011

LES CREVASSES NE MANQUENT PAS...

guillaume_siaudeau_crevasses.jpgLes premières jonquilles commencent à pointer le bout de leur nez jaune dans les jardins. Flotte dans l’air en ce début de février, dès que le soleil parvient à s’imposer, comme un avant-goût de printemps. Et grâce à Guillaume Siaudeau et Cathy Garcia, c’est même le Printemps des Poètes qui a de l’avance cette année !

 

A l’occasion d’un mini salon du livre organisé par les éditions du Petit Véhicule j’ai eu le plaisir, il y a quelques jours, de croiser « pour de vrai » Guillaume Siaudeau avec lequel j’avais déjà échangé quelques mails et dont j’avais déjà pu apprécier le talent via le net ou au travers de ses publications. Et le garçon est à l’image de ses poèmes : simple, chaleureux, discret et subtil.

 

Le premier mot qui m’est venu à l’esprit après avoir lu les poèmes réunis dans Quelques crevasses, le recueil qu’il vient de faire paraître aux éditions du Petit Véhicule, a été : « évidence ». Car c’est incroyable de voir comment, avec des mots de tous les jours, sans aucun artifice ni pauses affectées, il nous distille des instantanés de poésie avec autant d’aisance et de culot que s’il nous distribuait des sourires. Là où d’autres, laborieux, s’échineraient à construire de lourdes pyramides de mots, lui, en deux lignes, il nous balance la beauté en pleine poire, comme ça, en sifflotant et sans donner l’impression de peiner !

 

Allez, deux exemples, pour vous inciter à aller goûter au reste :

 

La mer sinusoïdale

et la symétrie complexe

du parcours

en dents de scie

des mouettes

sur la courbe de l’horizon

 

*

 

On arrive

comme on repart

avec la même surprise

faible

frêle

et la gueule

béante

 

179300_178910898813487_100000837353481_358858_635143_n.jpgC’est par le biais d’une publication chez Asphodèle que j’ai découvert Guillaume Siaudeau, et c’est chez ce même éditeur que j’ai le plaisir de retrouver Cathy Garcia, poétesse dont tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la poésie contemporaine connaissent forcément le nom. Son dernier né ? Celle qui manque.

 

A première vue, rien n’est plus éloigné de l’écriture de Guillaume Siaudeau que celle de Cathy Garcia. Alors que le premier semble porter sur la vie un regard doux et paisible, Cathy Garcia mène un combat sans pitié contre elle-même. Si j’ai parlé de « sourire » pour Guillaume Siaudeau, il convient plus de parler de « cri » à propos de Cathy Garcia (on retrouve d’ailleurs le célèbre personnage de Munch dans un de ses collages qui illustrent le volume). Même l’acte d’écrire, loin d’être l’expression d’une joyeuse harmonie, est chez elle bien souvent un aveu d’impuissance : « Ecrire. Ecrire quoi ? Tourner, tourner la même soupe, une connerie christique s’imaginant offrir ses tripes. Manquer de pudeur ? Mais c’est bien pire que ça ! Montrer ses fesses, sans culotte, certes c’est osé, mais les montrer sans peau ? ».

 

Et pourtant, malgré les différences de styles et de tonalités, Guillaume Siaudeau et Cathy Garcia se retrouvent sur l’essentiel : la sincérité et l’honnêteté. Aucun des deux n’écrit pour la gloire : s’ils se remettent à l’ouvrage chaque jour c’est parce que la béquille des mots leur est indispensable pour colmater les brèches de leurs crevasses intimes. Tous deux n’écrivent pas pour écrire, mais pour vivre, tout simplement. « Vivre et justifier quoi ? » Nous demande Cathy Garcia, avant de répondre pour nous : « Rien. Nothing. Nada. »

 

Stéphane Beau

Commentaires

Merci !

Écrit par : Cathy | 08 février 2011

De rien, for nothing, de nada !

Écrit par : stephane | 08 février 2011

j'aurais bien cliqué "j'aime" pour ta réponse mais on n'est pas sur fesse de bouc ;-))

Écrit par : Cathy | 09 février 2011

Les commentaires sont fermés.