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03 avril 2010

SUR LA LITTERATURE # 2/3

dialogue.jpgSur la littérature # 1/3

 

Globalement Éric Bonnargent, Juan Asensio et François Monti semblent être d’accord sur le fait qu’il existe de « bons livres » et de « mauvais livres », de « bons auteurs » et de « mauvais auteurs » (et par ricochet, si j’ai bien compris, de « bons éditeurs » et de « mauvais éditeurs », de « bons critiques » et de « mauvais critiques »… Même Paméla Ramos, qui préface leurs échanges, semble confirmer ce point : « Le secret, ne vous en déplaise, est très vite éventé dans les pages qui vont suivre : figurez-vous que oui, il existe de grands et de bien mauvais livres. De grands et de bien mauvais auteurs. Lecteurs. Critiques. »

Le problème, c’est que lorsqu’on a dit cela, on n’a rien dit. Qu’est-ce qu’un bon livre ? Un bon auteur ? Un bon critique ? Ces questions se heurtent – au minimum – chez moi à un triple questionnement autour de la notion de « valeur », de la notion « d’objectivité » (et de ce fait, de celle de « subjectivité »), et de la notion d’« élitisme ».

Commençons par la question de la valeur, puisqu’elle semble être essentielle dans l’énoncé même de l’objet du débat (nos trois compères semblent se retrouver pour dire qu’en matière de littérature, « tout ne se vaut pas »). Mais curieusement, alors qu’ils posent ainsi très ouvertement leur discours sur le plan des « valeurs » (Éric Bonnargent parle même de « jugement de valeur » dans son introduction), force est de constater que le terme de « valeur » ne réapparaît pour ainsi dire plus jamais dans leurs propos. Ce qui est quand même étonnant quand on sait que c’est justement, je le répète, sur cette idée initiale que « tout ne se vaut pas » qu’ils font reposer presque tout l’ensemble de leurs échanges. Il y a des silences quand-même très parlants… Certes, ils réintègrent bien à un moment l’hypothèse d’une certaine valeur marchande des livres, avec en arrière plan l’idée que l’écrivain qui vend beaucoup de livres (et qui touche par conséquent des droits d’auteur conséquents) est forcément suspect d’avoir eu des visées plus mercantiles que littéraires ; mais ce n’est pas la même chose. La seule allusion directe à une idée de valeur en lien précis avec ce que peut être de la « bonne » ou de la « mauvaise » littérature se retrouve seulement dans le quatrième entretien, sous la plume de Juan Asensio qui s’en prend à François Monti : « Je ne dis pas que votre critique ne vaut rien, je ne dis pas qu’elle n’est pas sérieuse. Le fait même que je m’entretiens ici longuement avec vous, et avec beaucoup de plaisir n’en doutez pas, infirmerait de pareilles stupidités. ». Curieuse phrase d’ailleurs. Lourde de sens, car elle implique quand même que le droit de pouvoir participer à ce débat est lié à une certaine « valeur » de ses participants (valeur reposant sur quoi ? Sur la qualité d’analyse des intéressés ? Sur leurs références littéraires ? Sur la conformité de leurs convictions avec le principe de base disant qu’il y a « livre et livre » ?).

Implication dont François Monti, en tout cas, semble être le seul à percevoir à quel point elle fragilise leur postulat de départ : « Vous dites ensuite qu’il n’y a point de critique sans métaphysique. Étant donné mon peu d’intérêt envers celle-ci, je devrais conclure que ce que je fais, c’est peau de balle. Mais non ! Vous me faites l’honneur de préciser ou de sous-entendre qu’il y a une certaine valeur à ma pratique de cet art. De là, deux possibilités : soit la critique sans métaphysique existe, soit ma critique est au moins un peu métaphysique à l’insu de mon plein gré comme l’aurait dit un métaphysicien du deux roues. »

Bon, tant pis pour les valeurs… Je ne sais pas s’il est possible d’aboutir à des vérités définitives sur ce point, mais je suis en tout cas sûr que la question méritait d’être plus finement étudiée. À moins de se contenter d’admettre sans discuter, comme semblent finalement le demander Éric Bonnargent, Juan Asensio et François Monti que « tout ne se vaut pas ».

*

Car, si cette question des valeurs n’est pas démêlée, qu’est-ce qui permet aux trois débateurs d’affirmer avec une telle certitude qu’il y a de « bons » livres et de « mauvais » livres, de « bons » auteurs et de « mauvais » auteurs, etc. Cette certitude « indiscutable » (pour reprendre le mot très explicite d’Éric Bonnargent) doit bien reposer quand même sur quelques éléments « objectifs » ?

Sur cette question de l’objectivité (qui s’entremêle de plus en plus, dans les derniers entretiens, avec celle de la « vérité »), Juan Asensio répond clairement : « À quoi bon perdre son temps pour tenter de trouver des critères objectifs, universels, du goût, singulièrement, du bon goût ? Cette querelle est vieille de plusieurs siècles, nous n’allons pas la rejouer à trois et il y a toujours eu, il y a et il y aura toujours des imbéciles pour affirmer qu’Amélie Nothomb et Cristina Campo ont chacune leurs mérites, qu’il ne faut absolument pas affirmer que l’une, la seconde bien sûr, est infiniment supérieure à l’autre, la première, que tout est affaire d’intime conviction, de goût justement (et les goûts et les couleurs, n’est-ce pas…) ». Ce qu’il résume ailleurs en une formule aussi concise que claire : « Personnellement, je me contrefous de tenter d’être objectif ».

Sur le même thème, la position d’Éric Bonnargent est beaucoup plus confuse et comme c’est régulièrement le cas chez lui, sa tentation est forte d’essayer de gagner sur les deux tableaux. Ainsi, dans un premier temps, il affirme clairement sa subjectivité : « J’aborde les textes non pas objectivement, mais à partir des problèmes qui m’intéressent. Je revendique une totale subjectivité. » Il reconnaît même explicitement qu’évidemment « nous ne pouvons avoir la prétention de dévoiler le critère objectif qui permettrait de distinguer un bon d’un mauvais livre » car « il n’y a pas d’objectivité et les points de vue, les explications ont beau se multiplier, l’essentiel reste inconnu. ». Et il conclut : « Je veux simplement dire que le réel en tant que donnée objective n’existe pas, qu’il n’y a que des points de vue, des perspectives sur le monde. » Ce qui ne l’empêche pas, parallèlement à cela, de soutenir qu’il y a quand même une vérité « indiscutable » qui est qu’il y a de grands et bons livres, de grands et bons auteurs, de grands et bons lecteurs, critiques…

Alors quoi ? Pour moi il n’y a pas trente-six alternatives : si on soutient qu’il y a une vérité objective dans le domaine de la hiérarchie des goûts en matière de littérature, on ne peut baser cette objectivité que sur deux supports : la raison ou la foi. Juan Asensio a choisi la seconde et il assume son choix : « Je vous accorde amplement le fait que cette certitude est un acte de foi, une lecture comme si ». Croire en Dieu ou à la littérature, c’est toujours croire, c’est-à-dire admettre qu’il y a une vérité supérieure qui nous échappe et à laquelle nous n’avons d’autre choix que de nous soumettre. Je ne suis pas d’accord avec lui, mais c’est un autre problème : il est cohérent avec lui-même, c’est pour moi, ici, l’essentiel.

Mais Éric Bonnargent est plus ambigu : il ne semble pas vouloir accepter l’étiquette de « croyant » mais cela ne l’empêche pas de lâcher, à l’occasion, des petites phrases du type : « Je vous rejoins, Juan, lorsque vous dites que la question du sens est essentielle et qu’il n’y a pas de littérature athée. » J’ai bien l’impression que d’une certaine manière, Éric Bonnargent fait partie de ces croyants honteux qui, ne parvenant pas sérieusement à croire en Dieu, se fabriquent d’autres croyances, d’apparence plus rationnelles (comme la croyance en un Art majeur, supérieur, en un Beau, un Bien, un Vrai) et qui, lorsqu’on leur demande quelques ébauches d’explications logiques répondent, comme Pamela Ramos, qu’il faut savoir « renoncer à cette fausse idole : l’objectivité »… Belle esquive…

Au final, c’est François Monti, le membre du trio le plus intéressé par la question scientifique et par le principe de rationalité qui lui est rattaché, qui ose pointer du doigt les incohérences du modèle proposé par Éric Bonnargent qui ne cesse de répéter un « "il n’y a pas de vérité, il n’y a PAS de vérité", dont le sens n’est finalement pas si compliqué à décrypter : "il n’y a pas de vérité plus légitime que la mienne". ». FrançoisMonti a également très bien perçu le croyant honteux qui se cache en Éric Bonnargent : « Et comment qualifier autrement quelqu’un qui, comme vous, nous dit que s’il revient les mains vides de la chasse au trésor, c’est nécessairement… qu’il n’y a pas de trésor ! Ce qui, au bout du compte, m’attriste le plus, c’est le sous-entendu grotesque qui voudrait que vous, sur la mer de l’incertitude, n’avez pas besoin de planche. ». Enfin, il n’est pas dupe de la manière dont Éric Bonnargent sait astucieusement modifier ses convictions en fonction de ses besoins « Je me demande si vous n’êtes pas en train de retourner votre veste. »

La réponse d’Éric Bonnargent face à ces remarques est parfaitement conforme à ce que nous avons pu voir jusque là de son mode de fonctionnement. Ses opposants ne comprennent rien : « Vous ne m’avez visiblement pas compris et cela explique que vous voyiez une contradiction dans mes propos. » Sauf que j’ai bien l’impression que nous sommes plusieurs à comprendre Éric Bonnargent mieux qu’il ne se comprend lui-même…

 

Stéphane Beau

A suivre...

 

09:32 Publié dans En vrac | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Je vois bien le propos : croire qu’il existe de bons et de mauvais livre, ce serait, d’abord, donc, pour toi, croire. On peut effectivement se fixer sur ce terme, même si ce n’est que pour remettre la suite à plus tard. En bon athée péremptoire, qui affirme à qui veut l’entendre que, quant à lui, il ne croit en rien, tu pourfends donc tes interlocuteurs en démontrant qu’ils sont effectivement très douteux sur le sujet. Ils “croient” effectivement, en particulier qu’il y a de bons et de mauvais livres. Bien!.. Démonstration pliée? A mon avis, c’est un peu faible. Parce que le fait que ces trois-là croient ne démontre pas qu’il pourrait y avoir ou non de bons ou de mauvais livres. On peut simplement en déduire que leur démonstration ne tient pas. Mais pas que ce serait faux. Dans ton dernier paragraphe, tu en appelles à “la question scientifique”.... Le propos, cette fois, ce serait de dire, en manière de provocation: si vous avez raison, donnez-nous les critères, scientifiques, donc, qui vous permettent de conclure. Et, là, j’ai un problème. De quelle science est-il question? Une science dure? Je ne vois guère que la statistique qui puisse nous parler de toutes les manières de combiner les 26 lettres de l’alphabet pour former des mots et, ensuite, de toutes les manières d’arranger ces mots, une infinité, pour le coup, entre eux, c’est à dire, de nouveau, une infinité. Ensuite, il faudrait ajouter le critère du sens. Ce qui précède a du sens, du moins je le crois. J’aurais pu écrire: Fgetrzsc, jtyadpmino te anans vivognil. Mais, introduisant le critère du sens, d’un coup, je fais un saut dans autre chose. Or, tu m’accorderas que nous avons tous plus ou moins la même notion du sens des écrits. Non que nous puissions nier en quoi que ce soit que chacun d’entre nous ait sa vision personnelle du sens d’un texte mais, pour le moins, nous sommes tous d’accord pour reconnaître qu’il y a sens. Je ne vois pas en quoi la science peut intervenir dans ce processus. Ou alors pour dire, par exemple, quelle zone du cerveau est stimulée à la lecture de tel ou tel mot. Définir des critères pour juger du fait qu’un livre soit ou non bon n’est en rien une question scientifique. Et, pour le coup, ce serait cela, la dictature. Certains régimes s’y entendent pour définir selon des critères la qualité d’un livre. Et, curieusement, les mêmes s’y entendent également pour produire des “scientifiques” capables d’étayer leurs choix. Ainsi, tu me parais avoir le cul entre deux chaises. Certes, nos trois compères n’ont pas le coin de l’oeil très frais pour ce qui concerne la croyance mais, quant à toi, en en appelant à la science, tu ne fais que te situer sur un autre coin de l’échiquier, et guère plus sympathique.

Dans un autre chapitre, tu invites tes trois ennemis intimes à définir leurs valeurs, en suggérant au passage qu’elles pourraient ne dépendre que de leur éducation, de leurs lectures antérieures, de leur milieu d’origine. Tu viens de découvrir quoi, là? C’est une nouveauté, ça, que la littérature est une affaire de classe sociale? Et qu’est-ce que tu apportes de nouveau en affirmant, en somme, que quelqu’un qui a lu énormément sait reconnaître, par exemple, ce qui est neuf, d’un point de vue stylistique ou du point de vue construction, forme, ou bien encore du point de vue du sujet abordé? C’est quand même une évidence, ça, non? Je n’ai pas dit un sophisme, tu le prends mal. Tu me répondras qu’une personne qui lit son premier livre peut le trouver bon, même si c’est un “Harlequin”. Certes.... Cela fait-il de ce livre un bon livre? Je crois qu’on tient ici une limite de ton raisonnement. Ton raisonnement définitivement et presque dogmatiquement individualiste. On sent bien, en arrière plan de tes textes très nombreux, maintenant, sur le sujet du bon ou du mauvais livre, on sent que la question est unique: le jugement personnel. Le débat sur le “beau” est ouvert depuis longtemps, depuis l’origine de la pensée, même. Et nous n’allons sûrement pas le régler. Le fond de ta pensée semble bien être que l’on ne peut rien définir, ou alors scientifiquement, ce qui est une horreur, comme je pense l’avoir montré, et que le seul critère est “ça me plaît, ça me plaît pas”. Du moins serait-ce le seul que tu envisages d’accepter en attendant mieux, plus convaincant, plus étayé, plus “scientifique”. Or, il se trouve que l’être humain n’existe, sur cette planète, que sous la forme d’un groupe. Jamais seul. Vivre seul, penser seul, exister seul, tout cela n’est qu’illusion. Les autres me déterminent. Ne serait-ce, d’ailleurs, qu’en autorisant ou non ma vie. Les enfants qui meurent dans des attentats, sous les bombes, de faim, sont déterminés par d’autres. Toi-même, d’ailleurs, saurais-tu expliquer, de manière scientifique, ta présence au monde? Je suis certain que sur cette simple question pourtant fondamentale, toi-même, je parviendrais à te faire toucher la limite de ta soi-disante absence totale de croyances. Je ne m’exclus pas.. Je crois certaines choses non démontrées sur l’origine de l’Homme. Mais je suis certain que ma limite est plus proche de la vérité, sur ce sujet, que la tienne. Aucun penseur ne peut sérieusement affirmer qu’il ne doit rien à ceux qui l’ont précédé. Le sujet même de l’étude est souvent entaché des débats qui l’auront précédé. Pourquoi la croyance, par exemple, est-elle ta bête noire? Donc, conditionnés par notre appartenance au monde des humains, nous le sommes, évidemment, et tous, sans exception. Le livre même nous vient de l’histoire de l’Homme... Pourquoi le livre? Et pourquoi, par exemple, vouloir le sauver à tout prix ou bien décrire le monde sans lui comme invivable?..... Ainsi, il me semble que tu es une nouvelle fois le cul entre deux chaises. Certes, le jugement personnel est le seul critère. Cela suppose d’ailleurs qu’on se trompe. Qu’on nomme “bon” un mauvais livre et l’inverse. Mais notre jugement n’est en rien libre. Il dépend, et pour tous, de ce qui aura été défini, auparavant, comme “bon” ou “mauvais”. Cela, du fait que nous sommes un groupe, une humanité, qui reproduit, qui perpétue, qui partage quelque chose. Quelque chose de flou, de non scientifique, et, ne t’en déplaise, de pas forcément mystique.

Écrit par : pépé | 03 avril 2010

Je pense que tu vas trop vite en me traitant de « bon athée péremptoire, qui affirme à qui veut l’entendre que, quant à lui, il ne croit en rien ». Tu sais mon intérêt pour le bovarysme qui dit exactement le contraire : il est impossible de ne pas croire. Je ne pourfends donc pas les croyants (la preuve, je fiche même plutôt la paix à Juan Asensio) mais les croyants qui veulent nous faire croire qu’ils ne sont pas croyants.

Par contre je suis d’accord avec toi (si si, pas la peine de te pincer !) quand tu écris : « On peut simplement en déduire que leur démonstration ne tient pas. Mais pas que ce serait faux ». Exact, (Pas plus d'ailleurs que ce serait juste), c’est ce que je ne cesse de dire depuis le début ! Leur démonstration ne tient pas, mais cela ne les empêche pas de trancher dans un sens : « il y a de bons et de mauvais livres ». Pourquoi tranchent-ils plutôt dans ce sens que dans un autre alors ? C’est ça que je veux qu’ils m’expliquent.

Concernant la « question scientifique », je dis juste que François Monti semble être celui qui lui accorde le plus d’importance. Je ne parle pas de science ailleurs il me semble… Je suis donc encore une fois d’accord avec toi (incroyable, non !) quand tu écris « Définir des critères pour juger du fait qu’un livre soit ou non bon n’est en rien une question scientifique.. »

Je n’ai jamais dit que la littérature devait être lue avec des lunettes scientifiques. Je ne suis pas particulièrement positiviste, comme tu le sais également pourtant. Je pointe juste du doigt le fait que c’est un peu facile de dire d’un côté qu’on se fout de l’objectivité et de l’autre que telle « réalité » est indiscutable. Pour moi, à, il y a un truc qui coince. Et pas la peine, comme tu le dis, d’en appeler à la science : je demande juste un minimum de logique et de cohérence… Est-ce à ce point monstrueux ?

Par contre, je ne suis pas d’accord avec toi quand tu écris que j’invite mes « trois ennemis intimes à définir leurs valeurs ». Je leur signale juste qu’ils mettent les « valeurs » au centre de leur débat et qu’ensuite ils n’en parlent plus. D’un point de vue logique, là encore, ça ne te dérange pas, toi ? Après, je n’ai pas la prétention d’inventer quoi que ce soit de neuf sur les valeurs. Mais si par exemple, là d’un seul coup, je dis que je « vaux » mieux que toi et que c’est « indiscutable », tu auras peut-être envie de me demander sur quoi je me base pour prétendre cela, non ? C’est aussi simple que ça !

La fin de ton commentaire nous écarte un peu du sujet. Je veux bien parler de mon supposé individualisme dogmatique avec toi, mais pas ici, pas maintenant. Car là, vu comment tu présentes les choses il y aurait beaucoup à dire nous nous écarterions trop de notre thème de départ. Je vais juste me contenter, une fois de plus (jamais deux sans trois) de dire que je suis d’accord avec toi quand tu écris : « Certes, le jugement personnel est le seul critère. Cela suppose d’ailleurs qu’on se trompe. Qu’on nomme “bon” un mauvais livre et l’inverse. Mais notre jugement n’est en rien libre. Il dépend, et pour tous, de ce qui aura été défini, auparavant, comme “bon” ou “mauvais”. » C’est parfaitement ça : mes goûts personnels sont toujours influencés par tout un tas d’interférence, de codes, de normes, de valeurs, de modes. Dire qu’on aime Nietzsche, Gavalda ou Bernanos, n’est pas neutre et cela en dit long sur qui nous sommes, sur notre identité sociale, culturelle, familiale, professionnelle… Mais dire qu’il y a une hiérarchie dans ces particularités « psychosociales », c’est quand même rajouter une autre dimension, non ?

Voilà. Merci en tout cas d’avoir abordé cet échange de manière posée et détaillée. J’apprécie.

Écrit par : stephane | 03 avril 2010

Stéphane, vous parlez à un moment d'une "curieuse phrase" de Juan Asensio. Vous la suivez vous-même de votre plus curieuse phrase de votre série de posts-commentaires:

"Lourde de sens, car elle implique quand même que le droit de pouvoir participer à ce débat est lié à une certaine « valeur » de ses participants."

Le droit? Il y a ici une question de droit? Il y a trois types qui se reconnaissent une certaine valeur et qui décident de se causer, c'est tout. Ce que votre utilisation de ce terme semble impliquer, c'est que la non-participation ou la non-invitation à la discussion forme, en fait, un déni de droit. Ne me dites pas que dans cette très curieuse phrase réside le problème principal de votre triple réponse...

Écrit par : François Monti | 04 avril 2010

@ François Monti : C'est exact, le mot "droit" que j'emploie" n'est pas le plus approprié. J'aurais dû utiliser le mot "fait" ou le mot "permission". Mais ce débat là, vous avez quand même bien choisi de le mener entre pairs (trois critiques qui sont d'accord sur le postulat de base qui est qu'il y a livre et livre) et pas avec des personnes qui auraient une autre vision des choses (quelqu'un qui tiendrait un "blog de lecture par exemple, ou un éditeur de livres "grand public"). C'est-à-dire que vous débattez d'un thème qui, pour vous trois, ne se discute pas sur le fond. Et votre conclusion, brillamment résumée par Eric Bonnargent, est logique : vous n'êtes pas d'accord sur tout, mais vous êtes au moins d'accord sur le fait qu'il y a livre et livre. La belle affaire : c'était votre postulat de départ !

C'est pour ça que je dis que c'est moins un débat d'idée qu'un débat d'identité.

Et sur cette idée de "valeur" qu'il faudrait avoir pour avoir la permission de s'exprimer sur le thème du débat, je ne suis pas le seul à la remarquer. Vous même, vous réagissez quand Juan asensio laisse planer le doûte que vos écrits ne valent pas les siens et interroge ainsi, d'une certaine manière, votre place dans le débat. Et un commentateur bien implanté sur le site du Stalker, d'ailleurs, ne se gêne même pas pour vous classer clairement du meilleur (Juan Asensio) au moins bon (vous) laissant ainsi planer l'idée que le débat aurait peut-être été plus riche sans vous (alors qu'à mon sens, le regard un peu décalé que vous apportez est plutôt le bienvenu.

Écrit par : stephane | 04 avril 2010

Stéphane, nos commentaires se croisent, puisque je viens d'en laisser un autre sur votre troisième entrée. Vous y verrez en quoi votre approche me dérange assez fort, tout comme mon regret que cette approche cache des choses qui auraient été plus riches et sur lesquels nous aurions pu discuter plus avant.

Ma réaction face au doute que laisserait planer Juan Asensio n'est pas une marque du besoin qu'il y aurait de me rassurer quand à ma valeur et à ma place dans ce dialogue, je crois que là encore vous laissez passer votre thèse avant les faits. Simplement, ne partageant pas certains des critères énoncés par Juan, je voulais lui donner l'opportunité d'aller plus loin et d'expliquer pourquoi il pensait du bien de mon travail alors que je ne corresponds pas à l'approche qu'il développait. L'idée n'était pas de me rassurer ni de faire part de mon doute ou de mon "trouble", l'idée était de le pousser à aller plus loin et à définir plus précisément ce dont il parlait. Je crois que vous avez tendance à nous définir comme une sorte de clique qui se félicite mutuellement et rejette les autres, les moins bons, les pas comme nous et que ça vous empêche de vraiment lire notre dialogue pour ce qu'il est.

Écrit par : François Monti | 04 avril 2010

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