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04 mars 2010

Y COMME... YOGHI

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Y comme… YOGHI

 

 

LA RESURECTION D’UN YOGHI APRES PLUSIEURS JOURS D’ENSEVELISSEMENT

 

[…] Haridès le yoghi, fit ses derniers préparatifs. Il purifia son corps extérieurement par les ablutions et intérieurement par le jeûne et le suc des plantes sacrées, il nettoya son estomac non avec un tube, comme dans le lavage moderne, mais avec de longues bandes de toile fine qu’il avala et retira ensuite par la bouche.

 

Lorsque le jour arrêté fut venu, une foule immense s’assembla. Haridès, entouré de ses disciples et accompagné par le rajah et sa Cour, s’avança gravement sur le lieu de l’épreuve. Après qu’on eut étendu un linceul de lin sur le sol, il se plaça au milieu et tournant son visage vers l’Orient, il s’assit en croisant les jambes dans l’attitude pamadzan de Brahmâ assis sur le lotus. Il parut se recueillir un instant, puis il fixa ses regards sur la pointe de son nez après avoir renversé sa langue dans le fond de sa gorge. Bientôt ses yeux se fermèrent, ses membres se raidirent : la catalepsie ou plutôt la Thanatoïdie, (mot nouveau que je propose), c’est-à-dire un état semblable à la mort, se présenta.

 

Les disciples du solitaire s’empressèrent alors de lui aviver les lèvres et de lui fermer les oreilles et les narines avec des tampons de lin enduits de cire, sans doute pour le protéger contre les insectes. Ils réunirent les quatre coins du linceul au-dessus de sa tête et les nouèrent ensemble. Le sceau du rajah fut mis sur les nœuds et le corps fut enfermé dans une caisse en bois, de quatre pieds sur trois, que l’on ferma hermétiquement et qui fut également recouverte du sceau royal.

 

Un caveau muré, préparé à trois pieds sous terre pour contenir le corps du yoghi, reçut la caisse, dont les dimensions s’adaptaient exactement à ce tombeau. La porte fut fermée, scellée et bouchée complètement, avec de la terre glaise.

 

Cependant, des sentinelles étaient ordonnées pour veiller nuit et jour autour du sépulcre, qu’entouraient d’ailleurs des milliers d’Indous accourus pieusement, comme à un pèlerinage, à l’ensevelissement du saint.

 

Au bout de six semaines, terme convenu pour l’exhumation, une affluence de spectateurs encore plus grande accourut sur le lieu de l’événement. Le rajah fit enlever la terre glaise qui murait la porte et reconnut que son cachet, qui la fermait, était intact.

 

On ouvrit la porte, la caisse fut sortie avec son contenu, et quand il fut constaté que le cachet dont elle avait été scellée était également intact, on l’ouvrit.

 

Le docteur Honigberger fit la remarque que le linceul était recouvert de moisissures, ce qui s’expliquait par l’humidité du caveau. Le corps du solitaire, hissé hors de la caisse par ses disciples, et toujours entouré de son linceul, fut appuyé contre le couvercle ; puis, sans le découvrir on lui versa de l’eau chaude sur la tête. Enfin, on le dépouilla du suaire qui l’enveloppait, après en avoir vérifié et brisé les scellés.

 

Alors le docteur Honigberger l’examina avec soin. Il était dans la même attitude que le jour de l’ensevelissement, seulement la tête reposait sur une épaule. La peau était plissée ; les membres étaient raides.

 

Tout le corps était froid, à l’exception de la tête, qui avait été arrosée d’eau chaude. Le pouls ne put être perçu aux radiales pas plus qu’au bras ni aux tempes. L’auscultation du cœur n’indiquait autre chose que le silence de la mort...

 

La paupière soulevée ne montra qu’un œil vitreux et éteint comme celui d’un cadavre.

 

Les disciples et les serviteurs lavèrent le corps et frictionnèrent les membres. L’un d’eux appliqua sur le crâne du yoghi une couche de pâte de froment chaude, que l’on renouvela plusieurs fois, pendant qu’un autre disciple enlevait les tampons des oreilles et du nez et ouvrait la bouche avec un couteau. Haridès, semblable à une statue de cire, ne donnait aucun signe indiquant qu’il allait revenir à la vie.

 

Après lui avoir ouvert la bouche, le disciple lui prit la langue et la ramena dans sa position normale, où il la maintint, car elle tendait sans cesse à retomber sur le larynx. On lui frictionna les paupières avec de la graisse, et une dernière application de pâte chaude fut faite sur la tête. A ce moment, le corps de l’ascète fut secoué par un tressaillement, ses narines se dilatèrent, une profonde inspiration s’en suivit, son pouls battit lentement et ses membres tiédirent.

 

Un peu de beurre fondu fut mis sur la langue, et après cette scène pénible, dont l’issue paraissait douteuse, « les yeux reprirent tout à coup leur éclat. »

 

La résurrection du yoghi était accomplie.

 

Physiologie transcendantale. Analyse des choses. Essai sur la science future, son influence certaine sur les religions, les philosophies, les sciences et les arts, 1889
Dr Paul Gibier

Commentaires

Superbe ! Où peut-on trouver ce texte ? Sur Gallica ?

Écrit par : oniromancies | 05 mars 2010

Sur Gallica, oui oui, en reprenant le titre ou le nom de l'auteur tu trouveras sans peine

Écrit par : stephane | 05 mars 2010

D'ailleurs, rien que le titre du livre est une oeuvre d'art en soi ! J'adore ces titres déjantés comme on n'en ose plus de nos jours : "Physiologie transcendantale. Analyse des choses. Essai sur la science future, son influence certaine sur les religions, les philosophies, les sciences et les arts" Faut une sacrée couverture pour écrire tout ça !!!

Écrit par : stephane | 05 mars 2010

C'est clair ! Euh... Non, en fait, c'est pas très clair comme titre ! En tout cas, rien que ce titre fait rêver en effet. C'est de la "métaphysique imaginaire", un truc très mal vu en ce moment ;-) On dirait le titre d'un livre écrit par un philosophe fou de JC Powys...

Écrit par : oniromancies | 06 mars 2010

En parlant de Powys, j'ai lu dernièrement un nouvel opus traduit :"Psychanalyse et moralité" de JC Powys, éd. Presses Universitaires de France. Vraiment très bien !

Écrit par : Pascale | 08 mars 2010

"Psychanalyse et moralité" ! Le titre donne envie, en tout cas !

Écrit par : stephane | 09 mars 2010

Merci pour la référence : encore un titre intriguant effectivement.

Écrit par : oniromancies | 09 mars 2010

Les commentaires sont fermés.