13 novembre 2009

Littérature et internet...

Magazine des Livres, 20_2.jpg

Le blog du Magazine des livres vient de mettre en ligne un long entretien entre Marc Villemain et Éric Bonnargent (alias Bartleby) consacré au lien entre littérature et internet.

 

Dialogue passionnant qui, malgré les réels efforts mis en œuvre par les deux interlocuteurs pour se comprendre, ne fait que confirmer l’importance de la rupture qui existe depuis toujours entre deux approches de la littérature : l’approche élitiste et l’approche populaire. D’un côté, ceux qui tracent une frontière nette entre les bons écrivains et les mauvais, les bons livres et les mauvais, les bons lecteurs et les mauvais, les bons critiques et les mauvais, les bons éditeurs et les mauvais, les bons bloggeurs et les mauvais etc. ; de l’autre, ceux qui se refusent à trancher dans le vif, qui préfèrent jouer la carte de la diversité plutôt que celle de l’opposition, et qui mettent en avant le caractère subjectif et discutable d’une telle dichotomie.

 

Deux positions inébranlables, hélas, deux visions des choses qui, de toute manière s’excluent. Pour ma part je me sens beaucoup plus en phase avec l’approche de Marc Villemain qui me paraît être plus humaine, plus compréhensive, plus subtile et plus respectueuse de chacun. Mais je sais aussi que l’intransigeance d’Éric Bonnargent en ravira beaucoup d’autres (à commencer par tous ceux qui considèrent qu’ils font eux même partie, bien sûr, de cette élite intellectuelle qu’il encense)

 

C’est à lire ICI.

17:10 Publié dans En vrac | Lien permanent | Commentaires (39)

Commentaires

Ne me croyez pas si intransigeant. Pas de manière aussi caricaturale... Il y a un tabou dans les milieux intellectuels à propos des livres. On trouve scandaleux, élitiste de faire les distinctions que je fais. Mais tout ne se vaut pas. Qu'on fasse ces mêmes distinctions au niveau du cinéma et de la musique et tout le monde est d'accord : Copolla, ce n'est pas Jugnot ; les Stones, ce n'est pas Laurie. Pourquoi donc, dans le domaine littéraire, tout devrait être égal ? L'égalité est trompeuse. Et contrairement à ce que vous pouvez penser, mais peut-être me suis-je mal exprimé, je n'ai rien contre Jugnot, Laurie, Marc Levy et tel ou tel blog de lecture. C'est juste que cela ne m'intéresse pas, même si j'ai vu des films de Jugnot, écouté (contraint et forcé, je dois l'avouer) Laurie et lu Levy. Avec Marc Villemain, nous sommes amis et nous comprenons l'un l'autre nos positions. Ici, elles sont plus tranchées parce que nous avons voulu être polémiques.
Bien à vous.

Écrit par : Bartleby | 14 novembre 2009

Mon résumé est certes trop rapide, donc caricatural et j'invite effectivement les lecteurs à lire vos propos directement dans l'entretien et à ne pas s'arrêter à mon jugement un peu lapidaire. Je précise également, pour lever toute ambiguïté que ma présentation ne visait pas non plus à dénigrer votre travail de critique car je prends toujours un réel plaisir à lire vos textes aussi bien sur votre blog que dans le Magazine des livres.

Ces mises au point faites, vous mettez en tout cas clairement le doigt sur ce qui nous sépare lorsque vous dites que « tout ne se vaut pas ». Personnellement, cette idée de valeur, de comparaison de valeur, de hiérarchie des valeurs m’est complètement étrangère. Je sais ce que j’aime et ce qu je n’aime pas et je me fous de savoir si mes goûts valent mieux ou moins que ceux des autres. Au « tout ne se vaut pas » je préfère le « rien n’est comparable ». De la même manière, la distinction que vous faites entre « intérêt » et « plaisir » ne me parle pas. Je prends parfois plaisir à lire des livres que quasiment personne ne connaît et je trouve intérêt un intérêt à lire des livres « populaires ». Et inversement.

D’ailleurs ce besoin de « distinction » (dans les deux sens du terme : idée de tri et idée de validation d’une supériorité) qui est le votre n’est pas neutre. On sent bien qu’en arrière plan, et malgré la grande mansuétude dont vous faites preuve à l’égard des fans de Laurie (Lorie ?) Marc Lévy ou Gérard Jugnot, il y a quand même ce besoin de faire entendre que, merde, je « vaux » quand même mieux que ceux qui aiment ça ! Et j’ai du mal à souscrire à cela… Je connais des archi-cons qui ont des lectures très élitistes et des types très subtils et humainement très profonds qui n’ont peut-être même pas lu trois livres dans leur vie (dont deux Picsou Magazine quand ils étaient gamins). Votre hiérarchie des valeurs est quand même très centrée sur la valeur que vous vous accordez vous-même et à vos propres goûts. On fonctionne tous plus ou moins comme cela, je le sais, mais on peut aussi essayer de prendre un peu de recul...

Et quand vous dites que les Musso Levy, Gavalda et Cie (que je me garde bien de « critiquer » vu que, pour la plupart, je ne les ai pas lus) ne vous intéressent pas, on sent bien quand même qu’ils vous agacent un peu… Et cet agacement est très parlant…

Écrit par : stephane | 14 novembre 2009

Si vous saviez à quel point je n'ai aucune confiance en moi et dans mes jugements... Je sais que ce n'est apparemment pas ce qui transparaît dans mes propos, mais j'en ai l'habitude. Par contre, oui, et c'est ce qui nous sépare, je tiens à cette distinction. Je n'aime pas l'uniformisation. Ce n'est pas moi qui ait une valeur supérieure aux autres, oh non..., mais il y a des auteurs qui ont plus de valeur que d'autres, ça oui. Ce qui vous dérange peut-être est que nous parlions de contemporains. Mais enfin, qui se souvient des auteurs "populaires" du temps où Flaubert ne parvenait à vendre qu'une centaine d'exemplaires.
Je ne confonds pas le lecteur et ce qu'il lit. Un lecteur de Bolano ou de McCarthy n'est pas forcément plus intelligent qu'une personne qui ne lit pas. Je suis bien ennuyé de ce que vous sous-entendez. Encore une fois, je vous le garantis, je ne souffre d'aucun sentiment de supériorité, bien au contraire.

Écrit par : Bartleby | 14 novembre 2009

Je te rejoins Stéphane sur ce besoin - que je lis dans cet entretien mais aussi pas mal ailleurs - de s'affirmer comme étant LE lecteur, critique, écrivain, etc. qui sait tout mieux que les autres. Ces jugements de valeur me font rire. Un peu d'humilité, que diantre ! A chacun ses livres, ses écritures, ses plaisirs ! Peut-être n'ai-je rien compris à cet entretien car je fuis la polémique et il s'inscrit très clairement dans cette rubrique, et dans un jugement de valeur qui me déplaît fortement.

Qui est-on pour se permettre de juger, moi la première ? On peut partager sans pour autant défoncer le voisin. C'est ce que je reproche à cet entretien qui ne donne pas envie de lire, en tout cas pas à moi, et je l'ai déjà dit à Marc Villemain (dont je suis bien plus proche que ce message pourrait le faire croire) que c'est un long bavardage, assez ennuyeux, bien trop amer. Je n'y apprends rien, pour tout dire, et les éternels clichés, rancœurs et consœurs développés ne m'attirent pas. Les questionnements de Marc Vilemain beaucoup plus.

Pourquoi éprouver et, plus grave à mon sens, étaler ce besoin de se justifier, soi, d’expliquer ses choix ? Peut-être parce que lorsqu’on attend trop du quand dira-t-on, de l’image qu’on aimerait avoir ou donner, ou tout simplement dire qu’on existe, on finit par se fourvoyer. L’écriture, la lecture sont pour moi des chemins de solitude. Il faut savoir s’en contenter et faire son travail, du mieux possible, en son âme et conscience, et surtout ne rien attendre des autres.

Écrit par : Pascale | 14 novembre 2009

Effectivement, vous n'avez rien compris...

Écrit par : Bartleby | 14 novembre 2009

"Si vous saviez à quel point je n'ai aucune confiance en moi et dans mes jugements... Je sais que ce n'est apparemment pas ce qui transparaît dans mes propos, mais j'en ai l'habitude."

Aveu révélateur qui explique peut-être votre arrogance envers les lecteurs qui ont l'habitude de mal vous lire et ceux qui ne savent pas faire le tri entre bons et mauvais écrivains (où est précisément l'échelle de valeurs en littérature, qui détient la bonne, n'y en a-t-il pas plusieurs ?). Je suis contente donc de n'avoir rien compris à cet entretien, ouf, sauvée, mais je ne perds pas de vue que de nombreux blogs "navrants" affichent très clairement n'avoir aucune prétention littéraire contrairement à ce que vous pensez d'eux.

Pacifiste et non polémiste, mauvaise lectrice, je cumule décidément... mais j'ose vous souhaiter tout le bonheur du monde dans vos lectures et moi dans les miennes, qui certainement se rejoignent de temps en temps, j'en suis sûre.

Écrit par : Pascale | 14 novembre 2009

Entretien très dense! Leurs auteurs ne feront croire à personne qu'on puisse en dire aussi long autour de quelques bières! Il aura fallu en écluser, quand même, une quantité prodigieuse!
Et je trouve que Marc Villemain finit par poser les bases d'une réflexion sérieuse sur le réel dans le virtuel, le réel et le virtuel etc... A creuser.

Bon. Si je fais partie de l'élite encensée par M. Bartleby, personne ne m'en aura averti. (On nous cache tout!) Je suis pourtant assez d'accord avec lui, et je trouve que dans la littérature populaire, intello, ou expérimentale, comme dans toute écriture, il y a "de la bonne", et "de la quelconque". (l'écriture critique n'y échappe évidemment pas.) C'est bien pour ça que j'ai du mal avec les genres littéraires. Bicher pour Hammett, Stevenson, London, Simenon etc... n'implique pas une adhésion inconditionnelle au polar ou au roman noir. L'essentiel, ici comme ailleurs, se constitue de daubes.

On ne peut pas reprocher à un "petit écrivain" d'écrire des mauvais livres qui se vendent plutôt que d'en commettre d'aussi mauvais qui ne se venderaient pas. Marc Lévy, Anna Gavalda... Mais c'est tout de même un coup éditorial assez vicelard que de faire passer la seconde pour une auteure, une vraie de vrai, et le premier pour un épicier; l'étiquette exceptée, il s'agit quand même bien de la même salade, sans goût et qui ne tient pas. Et voilà bien, quand même, un effet assez net du refus de trancher. Il suffit qu'un éditeur, réputé pour publier de la littérature, et pas la moindre, publie une daube, pour que celle-ci soit tenue elle-même pour de la littérature authentique, authentifiée par défaut. A l'évidence il s'agit là du fantasme éditorial du best seller, ambition première des éditeurs, y compris réputés les plus exigent(e)s, et là je me rangerais nettement du côté de Marc Villemain quand il remet en cause une vision manichéiste de l'édition (ce porc d'éditeur industriel et ce pur éditeur artisanal). Je pense que la plupart des éditeurs songent (de manière plus ou moins obsessionnelle) à publier une "bonne vieille merde des familles" qui se vende. Voilà pourquoi je ne partagerais pas le combat petits éditeurs/ grands éditeurs. Là encore, gros ou petits, il y a les bons et il y a les médiocres. (Sans d'ailleurs qu'on puisse mettre en cause la nécessité qu'ils ressentent pour faire leurs livres, pas plus qu'on ne peut nier celle d'un écrivain jugé mauvais.) Pourtant, je trouve que le monde littéraire dans son ensemble est comme gangréné par cette idée qu'on ne saurait distinguer le bon grain du mauvais proverbe. Si le livre va si bas, c'est paradoxalement que la littérature est placée, plus ou moins explicitement, au-dessus des autres arts et de la critique, ce qui est une absurdité. (C'est néanmoins également vrai pour la peinture, la sculpture, les arts plastiques ou graphiques, qui se placent volontiers au dessus du regard qu'ils quémandent.)
Et par un contre-coup assez logique, concernant l'écriture, on verra élistisme, dureté, pédantisme ou mégalomanie là où il n'y a qu'esprit critique, ironie, distance. J'ajoute en passant que Marc Villemain offre une eau constante constante au moulin de M.Bartleby, ne passant pas l'essentiel de ses papiers critiques à encenser les livres dont il parle, si bienveillant soit-il d'une manière générale. Car je crois que c'est le point essentiel que M. Bartleby pose ici, celui de la critique, d'une critique qui ne fasse pas semblant de critiquer et qui tranche...

Le problème est si cuisant qu'il y a quelques années la revue Le Matricule des Anges avait mis en place une chronique destinée à descendre les best seller. (Les véritables écrivains qui avaient le malheur de passer à la télé ou de connaître un succès public n'y échappaient pas) J'ignore si cette chronique existe toujours, mais je me souviens d'un exercice particulièrement pathétique, pêchant notamment par l'objet manquant de leur critique : l'écriture. (Et "ce que je n'aime pas" y devenait immédiatement "une daube") Ils oubliaient selon moi le principe que rappelle M. Bartleby, à savoir qu'il est absolument inutile de parler d'une daube, et que dans la sélection seule la critique a une chance de s'installer : en critiquant tout simplement les livres qui méritent la critique, et ça fait déjà énormément de livres...

Écrit par : Stéphane Prat | 14 novembre 2009

Allons, allons, messieurs et mesdames les dignes représentants de l’élite littéraire, nous n’allons pas nous écharper comme de vulgaires lecteurs de Dan Brown que diable !

Et je vous crois sincère, Bartleby, quand vous dites que vous ne confondez pas le lecteur et ce qu’il lit. Mais où je n’arrive pas à vous suivre, c’est sur le fait qu’à la « distinction » vous opposez « l’égalité », et le « tout ne se vaut pas » à « l’uniformité ». L’idée d’égalité n’a jamais été ma tasse de thé et celle d’uniformité encore moins. Bien au contraire. D’ailleurs, j’ai même la prétention de penser que ma vision des choses est moins uniforme que la votre qui, au fond, se contente de diviser la « masse » en deux : d’un côté les bons auteurs, lecteurs, critiques, etc. ; de l’autre, le reste… Je défends plutôt la diversité la plus absolue, où chaque individualité est souveraine de ses choix, bons ou mauvais, de ses goûts, discutables ou non.

Votre échange vif avec Pascale Arguedas montre aussi que vos positions respectives vous amènent à concevoir la « critique littéraire » de manière très différente. Quand on part du principe qu’il y a une élite littéraire, la tentation est grande de ne concevoir la critique que comme un écrit adressé à des pairs qui partagent avec nous ce sentiment d’évoluer dans une sphère supérieure ou, tout du moins, « à part ». Ce qui n’est pas inutile et inintéressant et qui peut générer de superbes textes, mais ce qui entraîne à moyen terme un risque de communication en circuit fermé. On le voit notamment dans la sphère universitaire. J’avoue être plus sensible à l’approche de Pascale qui s’échine à faire découvrir des auteurs (dont je suis sûr que vous êtes d’accord pour reconnaître la qualité), à des lecteurs qui, sans elle, n’auraient jamais songé à lire de tels livres (lectures publiques, interventions en bibliothèques, en maisons de retraite, etc.).

Comment se fait-il, Bartleby, que votre sensibilité et que votre capacité à douter de vous même, vous poussent ainsi plus vers une logique de distinction que vers une logique de partage ? C’est cela qui reste pour moi un mystère !

Quant à toi, Stéphane (P), je viens juste de découvrir ton commentaire ! Je vais y réfléchir un peu avant d'y répondre.

a+

Écrit par : stephane | 14 novembre 2009

Donc, petit rajout suite au commentaire de SP.

N'empêche que, pas plus que Bartleby tu ne nous dit clairement ce qui permet de déterminer à coup sûr qu'un bouquin qui mérite l'estampille "bonne littérature" et celle de "merde des familles"... Je suis d'ailleurs un peu effrayé de constater qu'il n'y a pas de catégories intermédiaires !!! Tout ceci relève quand même d'une vision subjective que l'on essaie d'emballer dans de l'objectif...

Et ça ne m'empêche pas, par contre, de tenir des avis et des propos tranchés et pas forcément tendre avec certains livres dont je parle. Mais je reste néanmoins sur le registre du subjectif (du j'aime - j'aime pas, d'une certaine manière, même si cette approche est mal cotée)...

Écrit par : stephane | 14 novembre 2009

Bon, me voici loin de chez moi avec un tout petit ordinateur. Mais je vais essayer de répondre en n'oubliant rien.
Je ne crois pas avoir été aussi tranché que cela (bon/mauvais en ce qui concerne les éditeurs, les auteurs et les blogs) même s'il a fallu, pour les besoins de l'entretien, être parfois un peu rapide.
Il me semble avoir précisé que les grands éditeurs faisaient aussi du bon boulot et je prenais Fiction et Cie du Seuil en exemple. Je me moquais même de moi en disant que, bêtement il est vrai, je faisais moins attention au catalogue des grands. Hélas car il y a évidemment de belles choses (y a-t-il un titre à reprocher à Bourgois ?), mais que cela se perd parfois dans la masse, si bien qu'on a du mal à trouver la pépite. Inversement, chez les éditeurs qui m'intéressent le plus (Quidam, Allusifs, par ex), il y a parfois des livres qui ne me plaisent pas.
J'en viens alors à la distinction bon/mauvais livre. Je crois que ce qui les distingue, c'est avant tout une intention, une certaine idée de la littérature à l'origine de l'acte d'écrire. Je suis peut-être un peu romantique. En gros, je maintiendrais ma distinction sur cette intention. Musso n'a pas les mêmes objectifs littéraires que McCarthy. Maintenant, il y a du plus ou moins bon à l'intérieur de ces grandes classes. Il y a, par exemple, de grands écrivains que je n'apprécie pas, mais je les considère quand même comme des grands parce qu'ils ont un "dire" et une manière de le dire. Je pense à Duras par exemple. Ses livres ne me touchent pas, mais je dois reconnaître son talent. Inversement, j'ai lu le premier Levy : j'y ai pris un petit plaisir, mais voilà, il n'y a rien. J'ai même oublié le titre. Pas de style, pas de propos. C'est un peu comme au cinéma. Je peux passer un bon moment devant tel ou tel film grand public, c'est bien, c'est agréable, mais bon. Et après ?
Vous voyez ce que je veux dire ? Et contrairement à ce que l'on peut penser, Marc ne pense pas si différemment et j'espère qu'il interviendra bientôt ici même.
Enfin, je ne m'adresse pas à une élite et ne pense pas en faire partie. J'essaie, comme votre douce amie, de faire partager des impressions de lectures à propos de livres qui, à mon sens, sont stimulants et, tant qu'à faire, généralement ignorés de la critique traditionnelle. Il y a des écrivains français qui sont presque inconnus et qui méritent tellement d'être lus : Romain Verger, Sami Salhi, Pierre Escot, etc. Je crois me mettre à leur service, pas plus, en en parlant simplement, mais sans me contenter de dire "j'aime" ou "je n'aime pas" car ça me semble n'avoir aucun sens...
Elitisme, d'accord, si par élitisme on comprend exigences envers les livres et envers le travail que j'essaie de faire. Elitisme, pas d'accord, si vous pensez que je me crois supérieur (même à Clarabel ! ;)) et que je m'adresse à quelques-uns.
Pour ce qui est des blogs donc. Je discute actuellement avec certaines propriétaires de blog de lecture qui ont eu l'intelligence de comprendre ce que je voulais dire même si elles ne sont pas du tout d'accord avec moi. Il y a, je le maintiens, de très bons blogs de lecture. Mais ça ne m'intéresse pas. Ce que je fustige, c'est la prétention de certains d'entre eux. Levy (encore lui !) m'a paru intelligent lors d'une interview que j'ai dû entendre à la télévision : il disait qu'il ne prétendait pas être Flaubert, qu'il cherchait simplement à divertir ses lecteurs. Il n'est donc pas critiquable. Il sait ce qu'il fait et dans le genre il le fait bien.
Je ne sais pas si tout cela est bien clair...
Bien à vous tous.

Écrit par : Bartleby | 14 novembre 2009

@ SP : Vous avez raison : les bières ont été bues avant et après, l'entretien s'est fait par mails pendant plusieurs mois. Nous avions tous les deux des obligations diverses et ne pouvions y consacrer tout notre temps...

Écrit par : Bartleby | 14 novembre 2009

Vous semblez considérer que Bartleby, que je ne connais pas (je précise), prétend détenir le Vrai. Je n'ai rien lu de tel dans cet entretien. Pas plus que je ne prétends déterminer à coup sûr la "bonne littérature". Je n'en ai d'ailleurs jamais lue. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de "bonne littérature"?
Quant aux "merdes de famille", je te ferai une simple remarque, relative au Magazine des Livres, puisque l'entretien paraît sur son blog :

Si tu regardes le cahier des livres, il est quand même remarquable que les merdes en question en sont absentes. Je conviens qu'il y a une part d'incertitude dans le jugement esthétique, mais il semble bien que les subjectivités critiques s'accordent à écarter à peu près les mêmes choses, à quelques exceptions près, sans doute. D'ailleurs pas davantage qu'on ne peut prétendre à l'objectivité, la subjectivité pure n'est à notre portée. ( le jugement est largement faussé par le simple nom de l'auteur, celui de l'éditeur, les conditions de sa parution etc... L'accès à l'univers de l'auteur, que nous a offert, ou non, de précédentes présentations, de précédentes critiques etc... )
On n'emballe donc pas moins de l'objectif dans du subjectif. Et en réalité, Bartleby me semble simplement exprimer ce qu'est la critique et comment elle se pratique. Peut-être avec plus d'intransigeance, je ne sais pas, la tolérance du critique (écrivain parfois) a des limites plus ou moins étendues, mais le "j'aime" ou le "j'aime pas" de la présentation, même si elle guide la lecture et sa recension, doit quand même passer après le livre et la critique qu'on en fait, si positive soit-elle. c'est quand même le livre qui compte, non?

Je crois bien que Pascale Arguedas et toi-même réagissez essentiellement en écrivains. Exactement comme Marc Villemain, du reste, dans l'entretien. Le doute, l'humilité de l'écriture tempèrent vos critiques, les orientent, les modèrent. La nécessité d'écrire vous bluffe, vous appellent à la prudence, à l'indulgence. Bartleby, lui, se pose en lecteur (il est pourtant bien écrivain...), mais il semble demander : Pourquoi lire Gavalda quand on peut lire Bolano? - C'est dégueulasse pour celles et ceux qui lisent Gavalda, répondez-vous.
Je ne vois pas bien en quoi...
A ce moment-là, défendre les films d'Hitchcock équivaudrait à insulter les amateurs de documentaires mal filmés et accompagnés de commentaires ineptes.

Haut Bolano!
A bas Gavalda! (Là c'est moi qui parle)
Dilettante, mais quand même, faut pas abuser...

Écrit par : Stéphane Prat | 14 novembre 2009

C'est amusant cette façon de retraduire les choses. Où as-tu lu que je je reprochais à Bartleby de prétendre détenir le vrai ? J'ai juste dit qu'il instaurait dans le débat une notion de "valeur" que je ne souhaitais pas y mettre.

Par contre l'opposition entre "bonne" littérature et littérature "quelconque" est bien de toi : "dans la littérature populaire, intello, ou expérimentale, comme dans toute écriture, il y a "de la bonne", et "de la quelconque".

Et quand tu écris ceci : "Pourquoi lire Gavalda quand on peut lire Bolano? - C'est dégueulasse pour celles et ceux qui lisent Gavalda, répondez-vous.
Je ne vois pas bien en quoi..."

Il y a incompréhension sur mes propos et ma réponse ne serait sûrement pas celle que tu m'attribues gentiment mais tout simplement : "pourquoi vouloir comparer Gavalda et Bolano ? Pourquoi vouloir les intégrer à une même échelle de valeur ?"

Et cette question, (que vous vous évertuez à éviter, toi et Bartleby, avec beaucoup de malice d'ailleurs), reste posée !!!

Écrit par : stephane | 14 novembre 2009

D'accord, d'accord, je me demandais d'où tu sortais cette expression. J'écrivais simplement "de la bonne" dans le sens d'un bon spiritueux. (Eh oui, il y a quand même de la piquette en masse. Exemple : le Polar en Bretagne... Même s'il arrive de tomber sur de "la bonne".)

Mais autrement si, Bartleby se serait présenté comme "Le lecteur", lui qui vaudrait mieux que le con de lecteur d'Anna Gavalda (j'ai une dent décidément...), ce qui suppose bien que lui, saurait, aurait la science etc... J'aime bien jouer avec les mots, mais sur cette histoire de valeur, il y avait quand même un sacré glissement de sens, entre "ce pinard est meilleur que cet autre", et "je suis meilleur, moi qui boit du bon pinard, que cet autre qui en boit du dégueulasse. Et je suis tellement supérieur que je n'en bois plus que du bon..." (Je sens que ça va se régler autour d'une bonne bouteille ces histoires...) Bref, je n'avais pas du tout lu ça dans l'entretien.

Écrit par : Stéphane Prat | 14 novembre 2009

Stéphane (Prat), je suis lectrice pas écrivain, je ne pense qu'en lectrice jamais en écrivain. Pour moi, le plus beau compliment que l'on puisse me faire est celui de lectrice. Ce qui m'intéresse dans la vie littéraire, c'est de donner envie aux gens de lire, de leur ouvrir les horizons, car je me suis rendue compte en les fréquentant que je lisais des ouvrages peu connus, c'est tout. Les guerres intestines entre clans, quels qu'ils soient, ne m'intéressent pas. Jamais je ne juge publiquement, que ce soit dans mes critiques ou en public. Je partage mon enthousiasme qu'on n'est pas obligé de partager. Jamais je dirai que telle littérature c'est de la merde et celle-ci de la bonne. Quel intéret ? Quelle perte de temps ! J'ai eu en face de moi des lecteurs Gavalda qui, après des années d'écoute, d'ouverture, de discussions publiques en sont venus à des lectures exigeantes. C'est ça, la récompense, ils deviennent exigeants, seuls. Tu sèmes des graines et tu espères. Pas d'autre prétention. Aucune autre.

Écrit par : Pascale | 14 novembre 2009

Une lectrice, ici, avec mes compliments :

http://www.alphabet-espace.fr/pourquoi.html

Écrit par : Stéphane Prat | 14 novembre 2009

Et bien je vois qu'on n'a pas besoin de moi pour s'étriper joyeusement!!!!.. Je vous ai pas trop manqué, au moins? je bois du petit lait, inutile de dire...

PP

Écrit par : pépé | 14 novembre 2009

@ Pépé : Nous étriper ? Ne t'inquiète pas : nous sommes sur un blog civilisé et ici les opinions divergentes peuvent se confronter en bonne intelligence. Je trouve qu'il y a eu plutôt globalement des interventions intelligentes et argumentées...

@ Stéphane P : Désolé, j'étais passé à côté de la métaphore filée sur la dive bouteille !!! (et le vilain tacle contre Pascale avec le lien vers son bouquin... Ouh... J'ai hésité à sortir le carton jaune...)

Écrit par : stephane | 14 novembre 2009

Stéphane (Prat): cette nouvelle ne fait pas de moi un écrivain - en tout cas dans ma tête je n'en suis pas un, mais garde le lien vers cette maison d'édition car en juin je sors un autre bouquin et celui-là, oui, tu pourras faire un lien car j'y tiens beaucoup, ce sera un livre d'interviews où je mets en avant des écrivains que j'estime.

Écrit par : Pascale | 14 novembre 2009

pas en juin, en avril !

Écrit par : Pascale | 14 novembre 2009

Je reprends ce que tu as dis dans ton dernier message, Stéphane (P).

Bien sûr que Bartleby n'a pas dit "je suis moins con que le lecteur de Gavalda (puisque c'est elle qu'on a choisi comme sac de boxe)". Et je suis persuadé qu'il ne le pense absolument pas. Remettons une fois de plus les pendules à l'heure : je ne connais pas Bartleby personnellement, mais les échos que j'ai de lui confirment que c'est quelqu'un de parfaitement charmant et humain. Et pour ce qui te concerne, je te connais un peu plus et là aussi, je sais que s'il y en a un qui sait être à l'écoute des plus exclus ou maltraités par la vie et la société, c'est bien toi. Donc le problème n'est pas là. Ou si, justement, puisque vous semblez soutenir ici des thèses qui ne me paraîssent pas coller avec votre philosophie de vie plus globale.

Cela explique peut-être pourquoi, tous les deux, vous vous débattez beaucoup pour éviter de répondre à mes interrogations qui sont aussi simples que sincères et qui ne visent pas à vous dénigrer mais véritablement à m'éclairer.

Et ces questions, tournent toujours autour de cette notion de valeur (qui, par définition sous-entend l'idée de mesure et, de ce fait, d'unité de mesure) que vous défendez et qui n'est toujours pas claire pour moi.

Je vous pose donc clairement deux questions :

1) Puisque vous insistez fortement sur le fait que tout ne se vaut pas et que certains livres sont, "objectivement" plus dignes de respect que d'autres, quels sont les critères qui vous permettent de dire que tel livre est plus légitime que tel autre ? (ça m'intéresse car il faut que je reclasse ma bibliothèque et normalement, en vous fournissant la liste des mes bouquins, vous devriez pouvoir me les reclasser du moins bon au meilleur...)

2) Si effectivement les livres peuvent être classés sur une échelle hiérarchique de valeur (du meilleur au moins bon ou inversement), ce que vos discours laissent quand même supposer, mais je me trompe peut-être), le fait d'être dans la catégorie de ceux qui lisent les "bons" livres est quand même plus valorisant pour l'égo que d'être dans celle de ceux qui lisent les "mauvais' livres, non ? Mais vous semblez quand même dire que ceux qui lisent les meilleurs livres ne sont pas pour autant meilleurs que ceux qui lisent les mauvais livres ? Tu refuses ce glissement de sens, Stéphane (P). Je veux bien, mais pourquoi ? En quoi n'est-il pas logique (même s'il est assez inavouable, je l'admets)

Écrit par : stephane | 15 novembre 2009

Aïe, au réveil, avec une légère gueule de bois... Essayons quand même de répondre...

Q1 : Dans l'entretien, je m'insurge contre la possibilité de donner des notes aux livres comme le font certaines "lectrices". Je trouve cette pratique insensée. Quelle note pour Don Quichotte ? Une meilleure ou une moins bonne qu'à Ulysse ?
Non, je ne pourrai donc pas vous aider à ranger votre bibliothèque... Je croyais avoir répondu : tout part de l'intention de l'auteur. A-t-il quelque chose à dire ? (pas des digressions sur sa petite personne, mais, carrémment, une vision du monde) et a-t-il un style, une manière de le dire qui lui soit propre. Beaucoup de livres en effet n'ont rien à dire et, en ce qui concerne l'écriture, il y a deux écueils : ceux qui ne savent pas écrire et ceux qui écrivent comme des profs de français (c'est grammaticalement, syntaxiquement juste, mais...).

Pour les lecteurs de Gavalda (le plus grand écart que je connaisse entre l'indigence du propos et la surdimention de l'ego), je ne me pose pas supérieur, mais différent. Ce n'est pas (je vais faire plaisir à Steph. Prat) parce que je bois du rouge que les buveurs de blanc sont des cons. C'est un peu comme le problème des cultures : ce n'est pas parce qu'une culture est différente de la mienne et qu'elle ne m'intéresse pas que j'estime que ma culture est supérieure. Penser ainsi, c'est être fasciste. Je ne le suis pas.

Je vais chercher de l'(ibuprofène en espérant m'être fait comprendre.En tout cas, je suis bien content d'avoir fait notre connaissance. Il n'est pas toujours évident de pouvoir dialoguer.

Écrit par : Bartleby | 15 novembre 2009

Je me glisse dans la conversation même si les questions ne me sont pas posées car je souhaite rebondir : en quoi cela vous gène que d'autres ne lisent pas les "bons" livres - ceux qui ont quelque chose à dire et un style ? Car ce que vous énoncez, on le sait tous depuis longtemps, ça a toujours existé, rien de nouveau.
C'est ce qui me choque dans vos propos, ce besoin de classer les individus, laissez les lecteurs lire ce qu'ils veulent sans pour autant les enfoncer, les montrer du doigt, les accuser de ne pas savoir lire.
(Entre nous, il y a bien pire que Gavalda, vous devez être jeune, je suis vieille, lis depuis 40 ans).

Écrit par : Pascale | 15 novembre 2009

Pascale, vous ne comprenez toujours pas. J'ai l'impression que vous me lisez avec une grille de lecture... Où est-il écrit, où ai-je dit que cela me dérange qu'on lise Gavalda ? C'est quand même dingue, ça... Jeune ? Oui, je vais essayer de me le dire...

Écrit par : Bartleby | 15 novembre 2009

Pardon Bartleby mais oui, je viens de relire vos argumentations et je persite et signe, je ne dois pas savoir vous lire. Bon je vous laisse, continuez sans moi...

Écrit par : Pascale | 15 novembre 2009

Avant de partir... Je relis dans votre entretien une gène évidente et une volonté claire de dire à tous ceux qui vous lisent que vous, vous lisez et écrivez sur vos "bons" livres. C'est bien et après ? Est-ce utile de le dire ? Vos écrits ne suffisent-ils pas à le prouver (je ne les juge pas, je ne les connais pas) ? Mais la démarche me trouble.

Gavalda n'est qu'un détail relevé dans votre post précédent (Gavalda (le plus grand écart que je connaisse entre l'indigence du propos et la surdimention de l'ego). Elle n'occupe aucune de mes pensées, je ne la défends certainement pas, elle m'indiffère totalement. Voilà, en l'écrivant, je comprends ce qui nous sépare : je me fous totalement de ce que les gens pensent et lisent (je rejoins encore Stéphane) alors que vous non. Je partage avec qui veut, le reste m'importe peu. Sur ce, bon dimanche à tous!

Écrit par : Pascale | 15 novembre 2009

C'est bien. Vous persistez et signez sans vous justifier. J'espère que vous ne faites pas la même chose lorsque vous chroniquez un livre...

Écrit par : Bartleby | 15 novembre 2009

Je serais moins sévère que Pascale, mais je crois que je comprends son trouble.

Bartleby, vous diriez tout simplement : « voilà, il y a des auteurs que j’aime, ils se nomment Solstad, Bolano, McCarthy. Je me sens en phase avec ce qu’ils écrivent, avec leurs intentions, leurs styles, etc. et je m’efforce, en tant que critique à mieux les faire connaître, à approfondir la réflexion sur leurs œuvres et à échanger des points de vues avec d’autres lecteurs qui les aiment aussi. » Là, je dirais : « tope là ». (Le pire, ou le meilleur d’ailleurs, c’est que j’ai l’impression que c’est cette option qui est la plus proche de ce que vous faites)

De la même manière, un peu comme le fait Juan Asensio (je vais un peu caricaturer, d’accord), vous diriez : « Tel auteur est au dessus du lot et si vous n’êtes pas d’accord avec moi c’est que vous n’êtes qu’un con inculte », je dirais encore : « bon, je ne suis pas d’accord, mais au moins votre position est claire et assumée ».

Mais en fait, vous restez le cul entre deux chaises (position parfaitement inconfortable)

Vous prétendez dans l’entretien, qu’en matière de littérature, il y a moyen de séparer le « bon grain de l’ivaie ». Mais quand il s’agit d’assumer les conséquences de cela, vous faites marche arrière. Pourtant le choix de l’image, « le bon grain et l’ivraie » est loin d’être anodine. C’est quand même une référence évangélique qui sous entend qu’on peut distinguer, parmi les hommes, ceux qui méritent d’être sauvés et ceux qui ne le méritent pas. A partir du moment ou l’on induit qu’une coupure existe en terme de valeur entre les hommes dans un domaine (la littérature par exemple), on valide le fait, même si c’est implicite, que cette coupure peut être légitime dans d’autres domaines. Il y aurait de bons et de mauvais livres, donc de bons et de mauvais auteurs, de bons et de mauvais lecteurs (que l’on ne juge pas, chacun est libre, certes, mais quand même…). Partant de là, on peut aussi dire qu’il y a des humains qui ont meilleurs goûts que les autres (en terme de culture, d’alimentation, de façon de se vêtir, de se meubler, de réfléchir, de penser, de croire… ?). Puisqu’il est possible de trier le bon grain de l’ivraie dans le champ littéraire, pourquoi ne pourrions nous pas le faire aussi dans tous les champs humains ? Trier les bons et les mauvais français, les bons et les mauvais immigrés, les bonnes épouses et les mauvaises mégères, les jeunes hommes dignes de diriger l’EPAD et ceux qui doivent être passés au Karcher… Je sais bien que votre vision dichotomique ne va pas aussi loin que cela et je ne vous fais nullement un procès d’intention. Mais de quel droit allez vous oser vous opposer à ceux qui tendent à produire un discours d’exclusion qui, sur le fond, repose toujours sur le même fondement que le votre en matière de livre : il y a le bon grain, et il y a l’ivraie.

Je sais que je pousse le bouchon très loin, mais il me semblait important de vous exprimer toutes les dimensions de mon « trouble ».

Écrit par : stephane | 15 novembre 2009

Bon... La métaphore du bon grain et de l'ivraie est utilisée par Marc et je ne fais que répondre à sa question. Il y a de bons livres et de mauvais livres, je le maintiens. Vous ne croyez pas que c'est le cas ? Donc oui, j'insiste. Mais je crois que les distinctions qui sont faites à ce sujet n'ont strictement rien à voir avec ce que vous en tirez (là, j'avoue, j'hallucine complètement...). Je ne sais plus comment vous le dire, comment vous l'expliquer... Je ne porte aucun jugement sur celui qui ne lit pas Bolano et qui préfère lire autre chose, Musso par exemple et pour changer (votre amie croit que je m'intéresse à Gavalda...). Je m'en fous, c'est tout !
Est-ce que vous croyez que les personnes qui m'entourent, mes amis, ma famille lisent Bolano ? Ils lisent Musso pour la plupart. Et je continue de les aimer sans me sentir incohérent...

Écrit par : Bartleby | 15 novembre 2009

Bon... Il y a sans doute un seuil au delà duquel tout débat atteint sa limite. Nous y sommes sans doute parvenu. Le but n'était pas forcément de parvenir à un accord...

Écrit par : stephane | 15 novembre 2009

je sais déjà que je vais me faire tuer mais... je ne peux pas m'empêcher... Quelle mauvaise foi!... Que d'arguments pervers!... Que de tentatives d'mporter le débat aux limites qui n'ont jamais été fixées par ses intervenants!... Il reste une question qui n'a pas été posée.. Imaginons que nous devions fabriquer un "coffret" dont la destiné serait d'être ouvert à 50 ans de là et dans lequel nous enfermerions les livres qui nous paraissent essentiels... Qu'y mettrions-nous? Gavalda? Allons, allons... Un peu de "scrupules" et de "probité", tout de même...

PP

Écrit par : pépé | 15 novembre 2009

:-)

Écrit par : stephane | 15 novembre 2009

Je vois deux raisons pour refuser ce glissement de sens, Stéphane : soit il est faux, soit on s'en défend. Tu as reconnu à plusieurs reprises que Bartleby n'opère pas ce glissement (qu'il ne prend pas pour des connes et des cons celles et ceux qui lisent des conneries) mais tu continues de lui demander comment il s'y prend (et comment je m'y prends moi-même) pour déterminer des critères objectifs qui nous permettent d'opérer une discrimination (bon/mauvais) et finalement ce fameux glissement lui-même, en douce, en sous main. Donc implicitement que ce glissement n'est pas faux, mais qu'on s'en défend au contraire. Dire un "bon livre", et dire un "bon français", finalement, c'est du pareil au même. La discrimination esthétique (beau/môche, bon/dégueulasse âpre/doux) interdit même de s'affronter aux discriminations raciales, sociales, ethniques etc... Il n'y a pas davantage de raison de juger un livre bon qu'une personne bonne, à moins de se comporter comme un curé envers la création terrestre, en appliquant les préceptes d'un dogme lui-même fort douteux etc...

Mais selon toute apparence, si Bartleby ne parvient pas à se déprendre de ce fameux glissement (que tu mènes quand même très loin), c'est qu'il est tout simplement faux, qu'il n'est en tous les cas pas sien, et ne nécessite donc pas de défense particulière de sa part. (Il ne peut que répéter les mêmes explications, plus ou moins, aux mêmes incompréhensions, plus ou moins.)

Alors comment donc déterminer les dites conneries, médiocrités, et merdes diverses et variées ? Puisque telle est la question. J'avoue que je n'avais jamais réellement essayé d'y répondre, n'étant pas moi-même critique, d'une part, et d’autre part ne cherchant pas un fondement scientifique au jugement de goût. (Quelques philosophes s'y sont déjà essayé, leurs réponses ne sont pas satisfaisantes et il est assez cocasse d'attendre une telle réponse sur le commentaire d'un blog. C'est selon moi une façon de clore le débat et non de l’ouvrir.)

Je crois qu'il faut lever un peu le nez du livre pour en parler. Le livre a probablement couvert aujourd’hui une large part du spectre de toutes les formes qu'il sera jamais capable de prendre. (Programme culturel ou politique, publicitaire, témoignages etc… .) Quelque soit le contenu, il s'agit toujours d'un livre. (C'est d'ailleurs aussi pour ça qu'on écrit aujourd'hui sur un écran, et celui qui entreprend de s'auto-publier aura bien du mal à rivaliser, techniquement, avec certains catalogues culturels de Noël. Les éditeurs également, du reste, dont les objets sont souvent moches. Et inversement un bel objet est loin de promettre une prose renversante ; il tient aussi du bel emballage etc...) Evidemment, quand l'auteur du contenu du livre aligne quelques phrases sans d'autre but que de les faire lire, on le classe instantanément dans la catégorie "littérature". Pourtant, nous dit Bartleby, même là, il y a livre et livre, et certains romans, récits, certaines romances ou fictions, ont autant de rapport avec l'écriture d'un roman, de romances et de fictions, que la rédaction d'un programme télé peut en avoir avec l'écriture d'un scénario de film. (Là l'image est de moi ; je prépare mes effets...) Il paraît quand même très singulier de tirer d'un tel constat, qui me semble de bon sens, des dérives discriminatoires.
Mais sortons un peu du livre pour parler du livre. Utilisons l'Image et comparons. Concernant le livre estampillé "littérature", nous sommes à peu près dans la situation où nos salles obscures projetteraient principalement les vidéos de vacances de nos stars, divers témoignages et compléments d'enquête criminelle ou morale, et des images d'actualité, plus ou moins officielle ou romancée, dans une surenchère réjouissante d’intimités et de sensations, bref de tout ce qui garantit l'épanouissement personnel comme de l'esprit critique… Et ici ou là, quand même, on passe des films, avec des langages, des styles, des univers singuliers. Les gens aiment ou n'aiment pas, mais on en parle et une critique s'instaure.
Dans le lot, certains se pointent et projettent un film de vacances, aussi niais et insipide que celui de nos stars, et disent : ça mon pote, c’est de l’art ! Ce que tu nous demandes, Stéphane, en fait, c’est : d’où tirez-vous les critères objectifs qui vous permettent de dire que ce film-là n’est pas un film mais un film de vacances ? Et même, ce qui est quand même étrange, DE QUEL DROIT pouvez-vous parler ainsi ? Là je te réponds que je regarde le film et que je n’y trouve rien à lire qui présente un intérêt dépassant la sphère personnelle de celui ou celle qui filme. Il s’agit d’un film de vacances, voilà, d’images insipides, et il n’y a objectivement rien d’autre à répondre.

J’ai déjà dit que Bartleby ne faisait pour moi que décrire le travail critique et que la discrimination que tu lui reproches, tu la pratiques toi-même. Que ça te gêne, c’est une autre histoire. J’ajoute à la remarque de PP que tous les penseurs dont on retrouve les ouvrages dans ton roman Le Coffret (Nietzsche, Montaigne, Junger, Palante, Freud, Crill…) sont des littérateurs, ce qui n’est pas le cas de tous les penseurs. Il y a quand même bien là, en plus de la vision du monde que ces auteurs ont insufflé, comme une esthétique. Il ne s’agit pas de l’imposer comme un dogme, d’accord, mais il s’agit quand même bien de s’y tenir, autant qu’on le peut.

Le débat était donc bien faussé. Pourtant je ne le trouve pas vain.

Ce que je rejette absolument c’est l’idée que le critique devrait se contenter de la sphère « j’aime » ou « j’aime pas ». Non que je lui attribue un droit que d’autres n’auraient pas, mais, pour rependre mon tableau réjouissant, quel intérêt pourrait-on trouver à présenter un film qui serait reçu selon ce seul critère, exactement comme toutes les autres merdes projetées, plus ou moins semblables aux images qui constituent notre quotidien. Ce serait peut-être un moyen efficace pour renflouer les caisses des complexes, mais il est probable qu’à plus ou moins long terme on n’y visionnerait plus le moindre film.

C’est selon moi ce qui se produit pour le livre. Et ça me rassure plutôt qu’un critique tranche et critique.

Écrit par : Stéphane Prat | 15 novembre 2009

Ah bah tiens, on dirait que .. Moi, j'appellerais ça, ce dernier message de SP, mettre les points sur le i du mot "sophisme"...

PP

Écrit par : pépé | 15 novembre 2009

Cela se confirme : ce débat arrive à son terme et risque de tourner à un dialogue de sourd. C’est ainsi. Je continue à percevoir dans votre discours une contradiction qui m’apparaît à moi, aussi évidente qu’un nez au milieu d’une figure. Apparemment, je ne parviens pas à vous la faire percevoir et vous vous acharnez à vouloir ménager la chèvre et le chou et à vouloir gagner sur les deux tableaux. Tant pis. Il y a quand même eu de riches échanges.

Je note quand même cette phrase que tu écris, Stéphane (P), avec laquelle je suis à 100% d’accord : « Il n'y a pas davantage de raison de juger un livre bon qu'une personne bonne, à moins de se comporter comme un curé envers la création terrestre, en appliquant les préceptes d'un dogme lui-même fort douteux etc. » Je trouve même amusant que tu me l’opposes puisque c’est justement ce que je vous reproche. Si au final vous en êtes arrivés là je me dis malgré tout que je n’ai pas complètement perdu mon temps. Mais bon, c’est peut-être aussi un signe que notre dialogue tourne plus à l’embrouillamini qu’au débat constructif…

Un petit mot sur Le Coffret, Stéphane, puisque tu en parles. Oui, j’y ai intégré quelques livres et quelques auteurs que j’aime et qui proposent une lecture du monde qui me parle… Où est le problème ? Bien sûr que j’ai mes propres goûts, ma propre vision de choses, mais je ne prétends pas qu’elle est supérieure aux autres. Je ne comprends pas le sens de cette "pique" de ta part…

Et quant à la discrimination que je pratique moi aussi, paraît-il (comme tout un chacun, hélas, à des degrés divers) je ne le fais en tout cas pas consciemment et j’accepterai avec intérêt que tu me la décrive plus précisément.

Écrit par : stephane | 15 novembre 2009

Mais je ne vois aucun problème dans ce choix de choix (je parle du Coffret) et je ne vois pas en quoi il montrerait que tu te considères supérieur dans tes goûts. Mais il y a choix et donc livres écartés. Et ne me dis pas que le coffret était trop petit!... Pour tes critiques, je dirais la même chose. Tu écartes des livres. C'est comme ça et ce n'est là encore pas seulement une question de place, mais du goût. (J'entendais discrimination dans le sens de la formation et l'expression du goût : le chaud/le froid etc... On est fait comme ça, je n'y peux rien)

Alors, je vois mal en quoi prétendre lire de bons livres et éviter d'en lire de mauvais pose problème et montre une prétention de ce genre non plus. A te lire, même, ça devient très suspect. Tu vas jusqu'à y voir une caution vis-à-vis de nos facismes. Le passage avec lequel tu te dis d'accord à 100% est évidemment ironique. Comment peux-tu passer d'une distinction bon-mauvais livre à une discrimination de type raciale, ou autre. ça ne tient pas. Et en quoi la distinction "j'aime/j'aime pas" serait moins suspecte que "ceci est un bon livre/celui-ci ne l'est pas". Je crois avoir longuement expliqué pourquoi, pour moi, elle me semblait infiniment creuse. Je ne me suis pourtant pas permis de tirer de conclusion idéologique à visée personnelle, ce qui n'aurait aucun sens. (Je suis bien obligé de relever que tu ne t'en es pas privé... Pas de procès d'intention, mais enfin quand même... L'intransigenace défendue par Bartleby légitime à tes yeux beaucoup de saloperies...) Et je me suis contenté de dire en quoi ce type de critique, telle que Bartleby la défend, était importante pour moi. J'y vois résistance. Et à mon tour je vois mal où est le problème.

Écrit par : Stéphane Prat | 16 novembre 2009

Dommage que vous preniez pour des attaques personnelles des considérations d'ordre général. Encore un regrettable "glissement"...

Admettons que je n'aie pas toujours été un très fin stratège. J'ai voulu élargir la réflexion et vous emmener sur des terrains annexes avant même d'avoir fini de défricher le premier carré.

Le premier de ces terrains annexes concernait le glissement entre jugement de valeur au sujet des livres et jugement de valeur au sujet des personnes. Je posais l'hypothèse que, lorsqu'on commence à faire des jugements de valeur sur les livres et sur les façons de les écrire, de les lire et de les critiquer, on induit quand même un minimum de jugement de valeur sur les personnes. Vous me jurez, la main sur le cœur, que non et que je devrais avoir honte de penser cela et de laisser planer au dessus de vos têtes le poids d’un tel soupçon. Bon. J’en prends acte, même si je pense que la réflexion sur ce point aurait pu aller plus loin.

Second glissement : la dérive « fasciste » (puisque c'est toi, Stéphane (P), qui emploie le terme) que vous avez effectivement pris là encore comme étant une attaque personnelle. J’ai sans doute, en effet, exposé le problème dans le mauvais sens en laissant supposer qu’il y avait une forme de progression en la matière : « attention, on commence à séparer les livres, puis on fini par séparer les hommes et à en envoyer la moitié dans des fours crématoires ». (De la même manière que quand j’étais gamin on me disait : « attention, on commence par une cigarette et on finit accro à la cocaïne… »). En fait, je partais d’une conviction forte qui est mienne, et qui est qu’à partir du moment où l’on intègre un découpage lié à des valeurs dans le domaine humain, on pose les bases d’un possible fascisme. Oui. Je me trompe peut-être, mais c’est ce que je pense. Tous les fascismes (économiques, politiques, éthiques, religieux et même domestiques) reposent sur ce principe de découpage hiérarchique de valeurs. Et selon moi, en créant un découpage en terme de valeur dans le domaine littéraire on fonctionne « essentiellement » de la même manière, même si c’est à une toute petite échelle et même si les intentions sont louables à la base. Là encore vous dites que vous n’êtes pas d’accord, et vous préférez mettre le holà sous prétexte que ce sont là des attaques personnelles… D’ailleurs, la meilleure preuve, selon vous, que mes allégations au sujet d’un tel possible glissement sont fausses c’est que vous ne parvenez pas à y répondre… Et ce serait moi le sophiste !… Bon. Admettons, si cela peut vous faire plaisir. Mais je pense que, là encore la réflexion aurait pu aller plus loin.

Ma principale erreur, dans ce débat, aura sans doute de ne pas m’en tenir à mon projet de base qui était de pointer du doigt la contradiction première de votre position, contradiction que l’on pourrait résumer de la manière suivante : « il y a des bons livres, il y a de mauvais livres, tout le monde le sait, c’est une évidence, et cette distinction entre bons et mauvais livres n’a rien de subjectif. Par contre, nous ne pouvons pas vous dire comment on fait pour dire qu’un livre est bon ou qu’il est mauvais. Nous avons bien quelques pistes nébuleuses (l’intention de l’auteur, le style…) mais comme de toute manière même les plus grands philosophes se sont cassé les dents sur cette question il est inutile (voire « cocasse ») de vouloir la poser… » Et c’est moi qu’on traite de sophiste, encore une fois ! C’est amusant.

Mais moi, ce que je retiens de ce débat (et grâce à vous mon sentiment s’est même conforté sur ce point, ce qui n’est pas rien après tout) c’est que parler de bons ou de mauvais livres n’a aucun fondement logique, donc aucun intérêt. Après, si pour vous, et malgré cela c’est important de continuer à « croire » (presque au sens religieux du terme) en cette distinction et à la revendiquer, on entre effectivement, là, réellement cette fois, dans la sphère du personnel, et cela, je vous le confirme, ne me concerne plus.

Écrit par : stephane | 16 novembre 2009

Cher Stéphane, je ne suis pas kantien, loin de là. Il n'empêche que Kant avance quelque chose de fort juste : il ne saurait y avoir de raisonnement logique dans le domaine de l'esthétique. Et heureusement, non ? Sinon, il n'y aurait plus de critique, plus de réflexion. Qu'est-ce que la critique ? Elle consiste à analyser un texte et à l'interpréter ; pas à dire "j'aime" ou "je n'aime pas" ou bien "c'est bon" ou "ce n'est pas bon". Par définition, un texte de valeur est un texte qui suscite l'interprétation. Alors bien sûr mes critères sont nébuleux. Ils le resteront. Il n'y a pas de règle logique, j'insiste, mais quand je te dis qu'un bon texte se reconnaît à la beauté du style et à l'intelligence du propos, tu n'as qu'à comparer un vers écrit par un adolescent quelque part sur Skyblog et ça :

"Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux et je l'ai trouvée amère et je l'ai injuriée".

Pourquoi Rimbaud écrit mieux que Cindy ? Je ne sais pas. Mais ça se voit. Tu lis ce vers et tu es époustouflé. C'est comme ça.
Et une dernière fois : non, non et non. Il n'y a aucun rapport entre distinguer la valeur des textes et celle des personnes. Non. Toute distinction au niveau des valeurs n'est pas un fascisme. Tu généralises de manière excessive. N'oublions pas que nous sommes dans le domaine de l'esthétique.
Amicalement.

PS : désolé, je me rends compte que j'ai employé le tutoiement, mais je dois aller bosser et je n'ai pas le temps de reprendre...

Écrit par : Bartleby | 16 novembre 2009

Aucun problème pour le tutoiement, bien au contraire, je l'accepte avec plaisir.

Surtout que, même si j'aime pinailler chercher la petite bête, je vois bien qu'il y a quand même de vastes pans sur lesquels nous sommes d'accord.

Notamment sur le fait que nous aimons tous ici les livres et que cette passion occupe une place très importante dans notre vie (trop parfois ? Ce serait un autre débat !).

Nous sommes aussi tous d'accord pour dire qu'il y a des livres qui nous parlent, nous touchent, nous interpellent, nous questionnent, que nous avons envie de questionner en retour, d'analyser, de disséquer. Des coups de coeur pour des livres que nous nous avons envie de faire partager, notamment par le biais de la critique.

A l'inverse, nous sommes d'accord pour dire qu'il y a des livres et des auteurs qui nous intéressent moins, des écritures qui ne nous causent pas...

Après, pour le reste... Je crois que nous avons fait le tour.

Et en tout cas, si on se base sur un des critères que tu mets en avant pour déterminer ce qu'est un "bon texte", à savoir le fait qu'il suscite des interprétations importantes, on peut sans problème dire que, sur ce plan là, ton entretien avec Marc est un "très bon texte" !!!!

Amicalement

Stéphane (B)

Écrit par : stephane | 16 novembre 2009

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