Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09 décembre 2008

L'Esprit Nomade

white.jpgPioché dans le très bel Esprit Nomade de Kenneth White (tout juste réédité au Livre de poche), ces deux vers de MacDiarmid

Mieux vaut un poème réussi
Qu’un problème social résolu

Commentaires

Well... c'est le genre de réflexion aphoristique que l'on trouve belle si l'on se place strictement côté littéraire et qu'on ne peut s'empêcher de trouver profondément idiote si l'on vit dans la rue.

Écrit par : Pascale | 10 décembre 2008

Inconsciemment, je suis peut-être influencée par ma lecture en cours où je lis à l'instant, soit longtemps après avoir écrit le gentil mot ci-dessus: "Je ne renie aucun des pouvoirs de la poésie qui est toute ma vie, cependant j'ai connu là ses limites: dans l'attente anxieuse, le froid, les privations, la poésie n'agit qu'un temps restreint, comme un charme. Quand on se retrouve seul, quand le ventre grogne de nouveau, quand les mauvaises nouvelles s'entassent les unes sur les autres, elle s'évapore en ne laissant pas même derrière elle une buée sucrée." L'attente du soir de Tatiana Arfel (Corti, 2009)

Écrit par : Pascale | 10 décembre 2008

Ces deux vers m'ont interpellé quand je les ai lus. Ils ont éveillé en moi, simultanément, deux sentiments absolument contradictoires :

1) une première impression d'évidence, d'idée qu'il y a, au dessus des contingences sociales un ordre supérieur dont la poésie peut être une des portes d'entrée.

2) Aussitôt après, une réaction de colère : "va donc dire ça au gars qui crève de faim et de froid dans la rue ou au clandestin qui se retrouve embarqué dans un charter avant d'avoir eu le temps de dire ouf."

Ces deux vers mettent ainsi le doigt sur un ensemble de questions complexes : où est- la dignité humaine ? Dans ses constructions sociales, toujours bancales, toujours injuste, ou dans les rares moments ou elle peut s'élever à d'autres dimensions ? Que veut dire "un problème social résolu" ? résolu pour qui ? Pour la société qui aura réussi à étouffer l'affaire ou pour un poignée d'individus dont la vie sera plus douce ?

Compliqué tout cela. Idée en arrière plan que les questions sociales sont inhérentes à la condition humaine, qu'aucune mesure, qu'aucune politique, idéologie, utopie ne pourra résoudre le problème fondamental de l'homme qui est qu'il est mortel. Seul la poésie peut l'aider à dépasser cela...

Bref, deux vers pas si simples à déchiffrer que cela...

Écrit par : stephane | 10 décembre 2008

Nous sommes d'accord...

Écrit par : Pascale | 10 décembre 2008

« La poésie n'aurait pour moi aucun intérêt si je ne m'attendais pas à ce qu'elle suggère à quelques-uns de mes amis et à moi-même une solution particulière du problème de notre vie. »

- André Breton -
(Réponse à une enquête)

Écrit par : Christian Cottet-Emard | 11 décembre 2008

Tiens, Mr Cottet-Emard, voici une petite visite qui me fait bien plaisir (ce qui ne veut pas dire que les autres visites ne me font pas plaisir, ménageons les susceptibilités ! mais la votre est plus rare).

Pour travailler au quotidien dans le social, je ne suis pas trop mal placé, je crois, pour savoir que lorsque des hommes politiques, des penseurs, des médias disent quun problème social est "résolu", il y a matière à s'inquiéter. Et, pour pousuivre dans le domaine des citations, je suis plutôt, sur ce point, en accord avec ce qu'énonçait Edward Carpenter à la fin du XIXe : "Tout progrès social s'achète par une perte équivalente"

Bref. Assez intimement persuadé, au final, comme l'écrit Nietzsche dans cette phrase ultra célèbre (mais toujours incontournable), du 5eme § de La Naissance de la Tragédie que : "c'est seulement comme phénomène esthétique que peuvent se justifier éter­nellement l'existence et le monde"...

Écrit par : stephane | 11 décembre 2008

Tout réside dans la fameuse loi des compensations si chère aux penseurs chinois...

Personnellement, quand plus rien ne va, seule la poésie me soulage.

(coucou Christian! contente de te lire ici)

Écrit par : Pascale | 11 décembre 2008

Bonjour,

Il me semble que ces deux vers de Mac Diarmid donnent une solution toute bête au paradoxe relevé par JMG Le Clézio dans son discours de réception du Nobel :
... "Agir, c’est ce que l’écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères"... Mieux vaut un poème réussi !

Écrit par : Goulven | 12 décembre 2008

Beau résumé ma foi... Il va quand même falloir que je me résolve à lire quelque chose de Le Clézio, un jour !!!

Écrit par : stephane | 12 décembre 2008

Les commentaires sont fermés.