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30 août 2008

Un Chasseur de lions - Olivier Rolin

lion.jpgUn Chasseur de lions d’Olivier Rolin est un des succès de cette rentrée littéraire. Et comme je suis par nature assez allergique aux mouvements de foule j’avais tout aussi naturellement fait l’impasse sur ce livre. Mais comme le Seuil en a adressé un exemplaire au Grognard dans le cadre du Service de Presse, j’ai donc pris, en bon élève, le temps de le lire.

 L’histoire ? Celle d’un aventurier français, Pertuiset, (chasseur de lion, trafiquant d’armes, et ami de Manet, curieux croisement de Tintin et de Tartarin) dont Olivier Rolin avait croisé le chemin, grace à un livre acheté 25 ans plus tôt en Patagonie et qui avait toujours gardé dans un coin de son esprit de romancier le souvenir de ce drôle de bonhomme. 

 

Le principal intérêt du livre de Rolin est qu’il nous offre une balade en plein XIXe siècle, notamment dans le Paris de la Commune, dans des salons ou dans des ateliers où l’on croise Charles Cros, Mallarmé, Verlaine, Catulle Mendès, Villiers de L’Isle Adam et plein d’autres noms dont l’évocation ne peuvent pas laisser indifférents les nostalgiques de ce temps – dont je suis.

Mais hélas, cela ne suffit pas pour faire du Chasseur de lions un grand livre. L’ensemble manque de volume, de puissance, de fougue. On imagine sans peine la fresque – on dirait aujourd’hui la "saga" – qui aurait pu jaillir de cette histoire qui nous entraîne un peu partout dans le monde, en France, en Algérie, au Pérou, en Patagonie et qui fourmille de personnalités étonnantes que Rolin ne prend jamais la peine de fignoler. Mais voilà, les chapitres s’enchaînent trop vite, toujours trop étriqués. Les personnages manquent d’épaisseur, de psychologie et les descriptions sont réduites à leurs versions congrues – quand elles ne se limitent pas à des inventaires.

Le plus affligeant est le constat qui nous reste, une fois le livre refermé : qu’en retiendrons-nous ? Rien ! L’ensemble est froid et n’invite ni à la réflexion, ni à l’émotion, ni à la rêverie. Et l’on demeure à la fin avec cette ultime question, qui reste irrésolue : pourquoi Olivier Rolin a-t-il pris la peine d’écrire un tel livre ? Sans doute parce qu’il est écrivain et que c’est son métier d’écrire des livres, comme c’est celui du maçon de monter des murs ou celui du boulanger de faire cuire du pain…

Un chasseur de lions, Olivier Rolin, Seuil, 2008.

Commentaires

Bien, maintenant tu es rayé des envois de SP du Seuil :-).

Écrit par : Pascale | 30 août 2008

S'ils n'ont pas mieux à m'envoyer, j'avoue que cela ne me chagrinera pas.

Mais si je me permets de taper un peu sur Rolin c'est aussi parce que je sais que ma petite critique ne changera pas grand chose.

Écrit par : stephane | 31 août 2008

Très franchement, ça ne me gène pas du tout que tu l'égratignes un peu et je partage complètement ton avis sur les envois de SP (quand tu n'écris rien ou quand tu descends, le résultat est le même chez les grands éditeurs: plus d'envois. Moi je dis: tant pis pour eux s'ils sont cons)
La seule chose qui m'habite par contre : ai-je su le lire, ne suis-je pas passée à côté. C'est pourquoi c'est extrêmement rare que je me prête à ce petit jeu de "descente".

Écrit par : Pascale | 31 août 2008

Je comprends ton scrupule car j’ai le même. D’ailleurs je ne pense jamais en terme de descendre (ou d’encenser) un auteur. J’essaye juste d’exposer ma réaction parfaitement subjective de lecteur. Cette lecture n’a donc rien d’absolue. Par contre, comme je l’écrivais dernièrement à Danielle Charest (qui n’a pas entièrement goûté ma recension de son "Haro sur les fumeurs" dans Le Grognard 7), je pense que je ne suis pas plus con qu’un autre et que si je perçois les choses de cette manière c’est que ma perception n’est pas complètement infondée.

Mes comptes rendus sont rarement ou blancs ou noirs car rares sont les livres qui me désolent ou me ravissent à 100%. Je m’efforce à chaque fois (et je me plante sans doute parfois) de ne pas attaquer directement les auteurs ni de condamner leur travail, mais d’ouvrir la porte à un éventuel dialogue. Car à quoi sert un livre s’il ne sert pas de tremplin à des échanges, à des débats ? La critique (même rude) ne peut descendre QUE les auteurs qui ne veulent pas percevoir tout ce qu'elle peut leur apporter de positif.

Après, ça dépend donc des auteurs. Certains partent du principe que tous ceux qui ne pensent pas comme eux ou n’apprécient pas pleinement leurs œuvres sont des imbéciles qui ne présentent aucun intérêt. Dans ce cas, le fait de les avoir égratigné ne changera de toute manière rien à la certitude qu’ils ont d’être au dessus du panier. D’autres fois, certains auteurs m’écrivent pour préciser leur pensée ou défendre leur projet. Plus rarement encore, ils entendent les critiques et reconnaissent que ce que j’ai dit peut, peut-être, être pris en compte. Je me souviens notamment d’une réaction de François de Singly face à une recension mitigée que j’avais faite (dans la revue Critique) de L’Individualisme est un Humanisme. Au lieu de se vexer ou de camper sur ses positions, il avait admis être troublé par une remarque que j’avais faite et il ne m’en a pas tenu rigueur. Et bien là, je dis chapeau et je me dis qu’un type comme ça, même si je ne suis pas d’accord à 100% avec ce qu’il écrit, est quelqu’un d’honnête et qui mérite tout mon respect.

Écrit par : stephane | 31 août 2008

Je partage tes deux premiers paragraphes. Pour le dernier, fort de mon expérience, je suis mitigée car il y a une proportion beaucoup plus importante de gens qui n'apprécient pas la critique - alors qu'à mes yeux, une bonne critique ne peut faire qu'avancer un auteur honnête - et on se retrouve embarqué dans une discussion stérile qui m'ennuie (les débats intelligents sont très rares). J'en ai soupé de tous ces nombrils qui viennent me chercher la petite bête, je réponds toujours aux abonnés absents maintenant. Je n'ai pas de temps à perdre avec eux car un livre, une fois qu'il est dans la nature, n'appartient plus à son auteur. Si l'on ne veut pas s'exposer à des réceptions multiples (dont certaines négatives), faut pas se rendre public. Ceci dit, je ne suis pas du style à détruire, jamais je ne le ferai, même en nuançant, question de nature... et malgré ça, je me fais tout le temps agressée, je ne comprends pas! Faut-il être un allumeur, un polémiste pour ne recevoir que des lumières ? Je ne comprends rien au monde littéraire, donc je l'ignore pour avoir la paix.

La seule chose qui me fait plaisir c'est quand je suis arrivée à toucher l'essence d'un livre (souvent tapie entre les lignes), parvenue à traduire en mots simples des choses difficiles à exprimer (impressions, couleur, musique, ressenti) et que l'auteur - qui m'est inconnu - m'écrit soudain en me remerciant car nul ne le signale dans la presse alors que c'est la seule chose qu'il a voulu faire passer. Là c'est grisant (me souviens de certains, "reconnus" et connus, qui ont pris leur plume pour me le dire et ça me donne le courage de continuer).

Écrit par : Pascale | 31 août 2008

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