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14 août 2008

Thierry Guérin, Le Long des jours silencieux

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Voici le compte rendu d'un livre que j'avais beaucoup aimé, écrit par un collaborateur du Grognard : Thierry Guérin. Ce compte rendu n'avait pas été retenu à l'époque par La Presse Littéraire.

Le long des jours silencieux, Thierry Guérin, éditions Thélès, 2006.

 Je me rappelle une conversation surprise au détour d’un couloir d’une administration, il y a quelques années de cela. Deux femmes, cadres dynamiques âgées d’une petite cinquantaine d’années, élégamment vêtues, permanentées, manucurées, maquillées, échangeaient avec passion sur leurs vacances passées. Soudain l’une dit à l’autre : « Moi, ce que je préfère, tu vois, c’est partir dans le désert, car le désert tu comprends, c’est tellement… c’est si… en fait c’est merveilleux le désert parce que, là-bas, il n’y a rien ! » Et quand la nullité rencontre le rien, on frôle le plongeon dans le néant a-t-on envie d’ajouter…

Avec son premier roman, Le long des jours silencieux, Thierry Guérin nous entraîne lui aussi dans le désert, mais pas dans un désert de pacotille, espace de jeu branché pour citadins en manque de frissons et d’expériences originales à raconter aux collègues de bureau. Non, le désert, le vrai, celui où l’on se perd pour mieux se retrouver.

L’histoire ? Elle est toute simple : c’est celle d’Ijo, un jeune européen qui digère mal une récente rupture sentimentale, et qui rêve de découvrir la cité mystérieuse de Chinguetti. Sur place, il accepte la proposition qui lui est faite d’effectuer le trajet à pieds, en traversant le désert, accompagné seulement d’un guide, Ali, et de deux dromadaires.

Écrit dans un style déjà très maîtrisé, le livre de Guérin empoigne son lecteur dès les premières lignes et l’emporte tranquillement mais sûrement, au fil des pages, jusqu’à la découverte finale, treize jours plus tard, de la lointaine cité de Chinguetti. Et pourtant, l’auteur ne fait appel à aucun des artifices usités trop souvent par nos romanciers contemporains. Nul rebondissement spectaculaire, nul suspens. Rien de scabreux non plus ni d’aguicheur. Pas de sexe, désolé pour les amateurs, ni de meurtre. Ijo est un homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire, bien éloigné des héros romanesques dont on nous abreuve aujourd’hui, de ces personnages excessifs et caricaturaux qui ne font rien comme le commun des mortels, qui vivent tout plus intensément que les autres et dont les destins improbables nous agacent plus qu’ils ne nous impressionnent.

La langue de Guérin est pleine de pudeur, de douceur et de retenue. Sachant être graves sans être pesantes, poétiques sans être exagérément léchées, ses phrases caressent le réel avec délicatesse. Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture du volume, les caractères des personnages s’éclairent peu à peu : Ijo, avec toutes ses ambivalences, à la fois avide de solitude, et en même temps si soucieux de ceux qui croisent son chemin, cachant sa timidité et ses doutes derrière une brusquerie ronchonneuse qui disparaît au premier sourire reçu ; Ali, le guide, personnage discret et apparemment prisonnier d’une culture et de rituels qui ne laissent guère de place à l’individualité et qui s’avère être un compagnon beaucoup plus riche et complexe qu’on aurait pu le penser.

Seul bémol à mon goût : les récurrentes lamentations du héros sur son amour perdu (et sur les souffrances que lui imposent ses souvenirs) qui ne représentent pas ce qu’il y a de plus convaincant dans l’ouvrage. C’est très « littéraire » comme amour, très fleur bleue et certaines pages trouveraient mieux leur place dans le journal intime d’une adolescente que dans un roman de cette qualité. On peut être pudique sans être convenu et on peut regretter qu’un auteur qui a si subtilement compris « l’âme » du désert se montre aussi basique en matière de dissection des sentiments. Mais ce n’est qu’un détail.

Quoi qu’il en soit, Le long des jours silencieux constitue une belle invitation au voyage qui nous transporte dans un univers plein d’humanité, dans un monde fragile où l’homme, étonnante créature, aussi magnifique que superflue, est amené à reconsidérer tous les fondements de ses certitudes.

Bref, un très agréable premier roman d’un jeune auteur qui n’en restera forcément pas là et dont nous attendons avec impatience les prochaines productions.

Stéphane Beau

10:01 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

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