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17 mars 2008

UNDERCORE – UNDERCORPS

153824363.jpgAglaé Vadet, qui nous a déjà fait le plaisir de collaborer à plusieurs reprises au Grognard, nous signale la parution de UNDERCORE – UNDERCORPS, un roman de Odulcidovul (éditions Bouquinsinct, collection Émeutes). Apparemment, c’est du lourd, du glauque et du saignant. Amateurs de bluettes s’abstenir !

Extrait :

« Le corps de Carol reposait là sous notre regard à jamais marqué. Mort. Onc'arol. Attendant patiemment la venue des premiers vautours avides de charogne. Une première mare de sang entourait ses chevilles. Ses deux pieds étaient séparés du reste de son corps. L'opération relevait plus de la boucherie que de la chirurgie, comme en témoignait la présence dans la terre souillée de la hache incriminée.

Et si le sort de la hache était joué il n'en était pas de même pour celui du sang. Je le voyais, ce liquide couard, prendre la poudre d'escampette. S'infiltrant sous terre, aidé en cela par la terre elle-même qui, en l'absence de papilles gustatives, avale tout ce qui lui passe à travers la gueule. Un véritable festin s'insinuant dans les profondeurs.

Je parcourus du regard le corps de mon invité de la veille jusqu'à rejoindre la seconde mare de sang. Elle se présentait comme un oreiller sur lequel la tête, fraîchement explosée, reposait. Confortable oreiller, mais sans plus. Ici, l'arme était un simple pistolet. Sa balle avait traversé l'œil droit et était allée percuter la boite crânienne sans même prendre le temps de visiter le cerveau obscur se présentant à elle. Je me sentais fébrile devant ce cadavre et n'étais pas le seul. Les sons gutturaux de Carol-Anne me sortirent soudain de ma torpeur. À genoux, les paumes appuyées contre le sol, elle se vidait les tripes sous mon regard éteint. Ses jets de salive se mélangeaient à ses larmes. Elle releva son visage éploré et me supplia de partir. Foutre le camp. Disparaître de cet enfer de maïs pour n'y jamais revenir. Brusquement je la saisis, la portai à mes bras et détalai sans me retourner. Armé d'une hache. Armé d'un flingue.

« Ce matin, je me suis amputé les pieds puis me suis suicidé. Fin de l'échec ». Telles étaient les dernières paroles de Carol… ».

10:40 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : bouquinstinct

Commentaires

berk!

Écrit par : Pascale | 17 mars 2008

Ca me fait penser que je mangerais bien du boudin un de ces jours...

Écrit par : Stephane | 17 mars 2008

et des rognons, et du coeur, et de la cervelle... franchement, quel intérêt ce genre de livre (d'après l'extrait bien sûr)?

Écrit par : Pascale | 17 mars 2008

Tu as oublié les tripes ! J'adore les tripes !

Personnellement, je reste moi aussi perplexe. Je ne pense pas que ce roman soit réellement mon trip (le trip tripes !) Maintenant, j'ai toujours pensé ce blog comme étant assez librement ouvert aux collaborateurs du Grognard qui souhaiteraient nous faire part d'un de leurs coups de coeur... Donc voilà !

Bon, là, c'est vrai, on semble être plus près de la chevrotine que du p'tit plomb...

Écrit par : stephane | 17 mars 2008

merci de vos lectures et de vos retours un peu sévères mais parfaitement honnêtes....c'est la seule chose qui importe.

Je vous transmets un autre extrait très différent avec une petite intro de Dan Leutenegger qui éclaire le roman d'un autre éclairage.....ce serait dommage de rater ce roman simplement parce que le morceau choisi était un peu fort en alcool!!!!!!! je souris....Agla


UNDERCORE – UNDERCORPS

Un roman d’Odulcidovul.

Émanation coléreuse de Ludovic Danet.

Suite à l’extrait sans concession, cruel et tranchant, soumis à l’œil du lecteur, je me dois de vous présenter une toute autre facette de ce roman singulier.
Mais je n’en dirai pas plus : l’imaginaire de cet auteur étant si déroutant et pourtant si réel, si…Nous…
Tellement, Toi.

Dan Leutenegger

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« La terre dont la fertilité était connue de tous se montra, cette fois-ci, plus que généreuse. En effet, il s'était écoulé bien peu de temps depuis la décision sans appel de la petite graine, lorsque le sol se craquela pour laisser échapper une drôle de forme ronde et rose. La plante, il faut bien l'appeler ainsi, était nouvelle, étrange et bien peu répandue dans ce vert paysage. Il faut dire que c'était une tête humaine. Une tête d'enfant. De nourrisson à dire vrai. C’était un jour, c’était une heure et en l’absence de témoin ou d'observateur humain, cet accouchement ne serait pas répertorié et cet heureux évènement serait à jamais exclu des tablettes de l’état-civil. Le visage était rond comme un melon, la fontanelle était molle et les yeux encore clos. Mais cette plante était bien vivante. Car depuis son nez mutin un mince filet de respiration s'échappait. Le nouveau-né ne prenait pas encore conscience de son émergence. Pourtant, des profondeurs dans lesquels il se terrait depuis si longtemps, le nouveau-né s'était extrait avec un grand courage. Il n'avait ni cou, ni corps et il était là planté au milieu de nulle part. En guise de bénédiction matinale, une légère bise vint balayer son crâne et emporta avec elle la terre qui en recouvrait le sommet. On put ainsi apercevoir le peu de cheveux clairs qui parsemaient la petite tête. Et cette tête était chétive et si fragile... Mais au-delà de son apparence frêle, bien normale chez le nouveau-né, c’est l’extraordinaire beauté de l’enfant qui brûla les yeux de ceux qui étaient là. Ce visage-là était une chance pour celui qui le regardait, une ligne d'arrivée dans une quête de perfection. L’herbe alentour décida, pour un temps, de stopper son mouvement, l’arbre retint sa sève, le vent cessa de souffler, l’animal oublia sa proie. Car, confrontés à l’exceptionnel éclat de la plante humaine qui se dégageait des entrailles du sol, tous restaient subjugués, conscients que désormais rien ne serait plus pareil. Les minutes passaient et les éléments demeuraient figés. Le temps s'accordait une pause, une pause que personne n'osait interrompre. L'instant était magique le recueillement total. Là-bas, non loin, une fleur qui s’apprêtait à éclore interrompit son spectacle. Plus au fond, une feuille resta suspendue à sa branche par on ne sait quel miracle, tandis qu’au pied de l’arbre une fourmi agonisante de fatigue se retint de mourir, quand bien même le couloir de lumière divin s’ouvrait à elle. Admiratif, un oiseau oublia de battre des ailes, plana puis s’écrasa sans mot dire, sans bruit faire. Ici-bas les choses allaient ainsi… Le visage de l'enfant, bien enfoui dans sa terre maternelle, affichait l'expression même de la quiétude. Et cette sérénité se serait volontiers prolongée si, tout à coup, un vacarme ne s'était fait entendre… »

Ludovic Danet

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Écrit par : aglaé | 23 mars 2008

Les commentaires sont fermés.