Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16 janvier 2008

A propos de la civilisation...

7d3f7701733c52f1c831f4eee3a6803b.jpgPuisque l’on nous parle beaucoup de civilisation ces derniers temps, j’ai pensé qu’il serait peut-être utile de redonner la parole, sur ce sujet, à ce bon vieux Nietzsche :

« Qu’on l’appelle « civilisation » ou « humanisation » ou « progrès », ce par quoi on cherche aujourd’hui la caractérisation des Européens ; qu’on l’appelle simplement, sans vouloir louer ou blâmer, d’une formule politique, la démocratisation de l’Europe : derrière tous les premiers plans moraux et politiques sur lesquels on débouche avec de telles formules, on voit s’accomplir un énorme processus physiologique qui va toujours grossissant – le processus d’une uniformisation des Européens, leur indépendance croissante à l’égard des conditions dans lesquelles naissent les races liées par le climat et les classes sociales, leur affranchissement progressif de tout milieu défini qui voudrait s’inscrire au cours des siècles dans les âmes et dans les corps avec une égale exigence – donc la lente apparition d’une espèce d’hommes essentiellement supranationale et nomade qui, pour user d’un terme de physiologie, possède au maximum l’art et la force d’adaptation comme sa caractérisation typique. Ce processus d’européanisation qui peut être retardé dans son mouvement par de grandes récessions, augmente et croît toutefois peut-être pour cette raison en véhémence et en profondeur – l’orage et la fureur du « sentiment national » maintenant encore en crise, en fait partie, tout comme l’anarchisme en récente ascension – ce processus aboutira probablement à des résultats auxquels ses naïfs promoteurs et panégyristes, les apôtres des « idées modernes », aimeraient le moins s’attendre. Ces mêmes nouvelles conditions dans lesquelles se réalisera en moyenne une égalisation, un nivellement de l’homme – une bête de troupeau-homme, utile, laborieuse, diversement utilisable et adroite – sont au plus haut degré propres à donner des hommes d’exception, de la qualité la plus dangereuse et la plus séduisante. Tandis, en effet, que cette force d’adaptation qui parcourt des conditions sans cesse changeantes, et qui commence un nouveau travail à chaque génération, presque à chaque décade, rend tout à fait impossible la puissance du type ; tandis que l’effet d’ensemble de ces Européens de l’avenir sera probablement celui de nombreux ouvriers bavards, à la volonté débile, et extrêmement adroits qui ont besoin du maître et du chef comme du pain quotidien ; par conséquent, tandis que la démocratisation de l’Europe aboutit à la promotion d’un type préparé le plus subtilement à l’esclavage, dans le cas particulier et dans le cas d’exception, l’homme fort devra se trouver plus fort et plus riche, comme il ne s’est peut-être jamais trouvé jusqu’ici – grâce à l’absence de préjugés de son éducation, grâce à la prodigieuse multiplicité en matière d’exercice, d’art et de masque. Je voulais dire : la démocratisation de l’Europe est à la fois aussi une organisation involontaire destinée à la formation de tyrans – le mot compris dans tous les sens, même au sens le plus spirituel. »

(Nietzsche, Par delà le Bien et le Mal, "Peuples et Patries", § 242).

14:30 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Ces mêmes nouvelles conditions dans lesquelles se réalisera en moyenne une égalisation, un nivellement de l’homme – une bête de troupeau-homme, utile, laborieuse, diversement utilisable et adroite – sont au plus haut degré propres à donner des hommes d’exception, de la qualité la plus dangereuse et la plus séduisante.

Oh que oui. L'exception dans la vulgarité la plus épaisse et les moyens de la séduction comme forme de tapinage généralisé, pour ees détails, voir post précédent....

Écrit par : Bannister | 17 janvier 2008

Me fait penser au manifeste de Paul Lafargue, "Le droit à la paresse", jubilatoire...

Écrit par : Pascale | 17 janvier 2008

Mouais. Ce bon vieux "nitch" ne m'est guère sympathique à moi, dans l'ensemble, même si sa réflexion est intéressante de certains côtés.

Écrit par : Xian | 24 janvier 2008

Tu n'es pas sensible au charme de ses belles moustaches ?

Écrit par : stephane | 24 janvier 2008

En matière de moustaches, elles font pâles figures à côté de celles de Léon Bloy... Et puis je n'aime pas ce genre de penseurs qui étalent de grandes idées sur comment le monde doit être, etc.

Écrit par : Xian | 24 janvier 2008

Les commentaires sont fermés.