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07 septembre 2007

Gérard de Lacaze Duthiers... De l'art.

a0e508822ae951312490873f729dfa58.jpgDE L'ART

L’art vit d’indépendance. Il hait les restrictions. La liberté se confond avec la beauté. Elle a ses lois vivantes, que méconnaît la fausse indépendance.

L’artiste ne dépend ni d’une école, ni d’une coterie. Il ne dépend que de lui-même.

N’imitons du génie que son indépendance. Copier ses idées, c’est les déformer.

Il y a un poncif de l’indépendance. On a vite fait de tomber dans l’extravagance et la bizarrerie, sous prétexte de nouveauté. On nous donne souvent sous le nom d’originalité le contraire même de l’originalité.

L’œuvre et l’artiste sont inséparables. L’indépendance dans l’art exige l’indépendance dans la vie. La vie de l’artiste doit être aussi libre, aussi originale et personnelle que son œuvre. Elle doit être une œuvre d’art.

Aujourd’hui l’indépendance n’existe que chez quelques-uns. La masse a besoin de chaînes pour contenir sa pseudo-inspiration.

Il n’y a plus de conscience esthétique. Il n’y a plus que du bluff et de l’incohérence.

Un art faux et étriqué, à l’usage des médiocres ; un art vivant et humain, créé par les meilleurs pour les meilleurs ; notre époque nous offre ce double spectacle, à la fois douloureux et réconfortant.

Une conception anarchiste de l’art, l’envisageant comme ennemi de toute autorité, comme l’adversaire des lois et des morales, comme l’expression intégrale de l’être libéré de tous les préjugés, est seule possible à notre époque, parce que, seule, elle correspond à la réalité : une œuvre d’art a toujours, à toutes les époques, gêné les habitudes du troupeau, contrarié les appétits de ceux qui le dirigent ou lui obéissent servilement. L’art est l’expression par laquelle l’être manifeste son amour le plus intense de la liberté et de la vie, son besoin d’indépendance absolue, son désir d’une humanité meilleure.

L’attitude de l’artiste, dans la société présente, ne peut être qu’une attitude de révolte.

Les satisfaits et les repus sont de faux artistes : la réclame et le bluff leur suffit. Leur vie est nulle et médiocre comme leur œuvre. Ils conçoivent l’art comme un coin de la politique, ils l’exploitent comme une « mine » ; c’est pour eux une « affaire » ; c’est aussi une façade et une attitude parmi ces êtres qui s’agitent et gesticulent à leur côté.

Nos mœurs artistiques sont au niveau de notre fausse conception de l’art. Nos artistes sont des politiciens, des industriels, des journalistes, sauf des artistes.

Pour un artiste, il n’y a qu’une école : celle de la vertu et de la vie.

Craignons d’opposer, à la coterie des « officiels », la coterie des « indépendants ».

Les œuvres originales ont contre elles l’esprit raisonéiste du public, les usages et la routine. Le public éclate de rire devant une œuvre qu’il ne comprend pas. L’œuvre la plus vivante est toujours incomprise des imbéciles ; est-ce une raison pour la déclarer incompréhensible ?

Faire de « l’action directe » en art, c’est exprimer toute sa pensée, sans se soucier de l’opinion des imbéciles ou des « canons » des pédants.

Le commerce et l’art s’excluent. Faire un tableau pour le vendre, c’est être la proie des financiers et des marchands.

Le génie a toujours des imitateurs. Ils sont maladroits et imprudents.

L’art est aux mains de quelques manitous, impuissants et serviles. La critique doit démasquer leur sénilité.

Gérard de Lacaze-Duthiers, L'Action d'art, n°3, 15 mars 1913.

18:55 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0)

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