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11 mars 2010

Z COMME... ZUTISTE

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Z comme… ZUTISTE

 

 

DE L’EGALITAIRERIE

 

Dans le temps où j'étais Zutiste, je disais naïvement : La neige, c'est embêtant, mais on ne peut pas l'empêcher de tomber, les lois de la nature. Oh ! là ! là !

 

Mais, si nous avions un vrai gouvernement anarchisé, ça n'arriverait pas.

 

Peut-on, oui ou non, en l'an de disgrâce 86, près de cent ans après l'Encyclopédie, peut-on seulement monter dans l'omnibus, sans être humilié par la mendicité d'un conducteur rapace ?

 

Peut-on embrasser sa voisine à bouche que veux-tu, quand on en brûle d'envie ?

 

Peut-on se promener tranquillement sur les boulevards, sans avoir les regards offusqués par des chapeaux ridicules ou des toilettes extravagantes ?

 

Ne souffrons-nous plus du froid ou de la soif ?

 

Sommes-nous tous égaux en grandeur, en beauté ?

 

Il y en a qui montent de façon ravissante sur un cheval élégant et qui trottinent pour nous humilier. Il y en a qui chantent bien, d'autres qui valsent en mesure. Est-ce juste ? Et si je n'ai pas de cheval, ni de voix, ni de valseuse.

 

N'est-ce point un attentat à ma dignité d'homme libre, membre du suffrage universel et révolutionnaire, que de me plonger dans les acres douleurs de la jalousie, et dans les tortures de l'envie impuissante ?

 

D'autre part, quand je rencontre de ci, de là, des êtres mal fagotés ou qui parlent faux, qui ont un nez de travers, des gens cagneux, des bistournés quand je vois des maisons mal construites, ou si je passe dans des rues mal pavées, est-ce que la liberté de mon sens esthétique n'est pas foulée aux pieds ?

 

Et puis quoi ? Suis-je libre ou non d'avoir bon appétit ou mal à la tête ?

 

Suis-je libre de courir à mon gré ? Pourquoi la machine à vapeur m'humilie-t-elle par sa force et sa vitesse ?

 

Est-ce que je suis libre de nager comme le requin, de bondir comme le tigre, et de planer comme les grands oiseaux aux ailes étendues ?

 

Non, je suis fermé, cadenassé dans l'oubliette de la servitude.

 

Je ne suis même pas libre de ne pas mourir !

 

Le gouvernement est bien coupable.

 

Depuis que mon ami l'anarchiste m'a fait toucher tout cela du doigt, je ne cesse pas de m'embêter, je ne ris plus, je grince des dents.

 

Mais je sens enfin que je suis dans la bonne voie.

 

La haine à la place de l'amour.

 

La colère au lieu de la résignation.

 

Et le souhait de l'impossible.

 

C'est le programme de l'avenir.

 

Ainsi, le pire détruira le mal.

 

Voyages de découvertes du célèbre A' Kempis à travers les États-unis de Paris, 1886
Émile Goudeau

04 mars 2010

Y COMME... YOGHI

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Y comme… YOGHI

 

 

LA RESURECTION D’UN YOGHI APRES PLUSIEURS JOURS D’ENSEVELISSEMENT

 

[…] Haridès le yoghi, fit ses derniers préparatifs. Il purifia son corps extérieurement par les ablutions et intérieurement par le jeûne et le suc des plantes sacrées, il nettoya son estomac non avec un tube, comme dans le lavage moderne, mais avec de longues bandes de toile fine qu’il avala et retira ensuite par la bouche.

 

Lorsque le jour arrêté fut venu, une foule immense s’assembla. Haridès, entouré de ses disciples et accompagné par le rajah et sa Cour, s’avança gravement sur le lieu de l’épreuve. Après qu’on eut étendu un linceul de lin sur le sol, il se plaça au milieu et tournant son visage vers l’Orient, il s’assit en croisant les jambes dans l’attitude pamadzan de Brahmâ assis sur le lotus. Il parut se recueillir un instant, puis il fixa ses regards sur la pointe de son nez après avoir renversé sa langue dans le fond de sa gorge. Bientôt ses yeux se fermèrent, ses membres se raidirent : la catalepsie ou plutôt la Thanatoïdie, (mot nouveau que je propose), c’est-à-dire un état semblable à la mort, se présenta.

 

Les disciples du solitaire s’empressèrent alors de lui aviver les lèvres et de lui fermer les oreilles et les narines avec des tampons de lin enduits de cire, sans doute pour le protéger contre les insectes. Ils réunirent les quatre coins du linceul au-dessus de sa tête et les nouèrent ensemble. Le sceau du rajah fut mis sur les nœuds et le corps fut enfermé dans une caisse en bois, de quatre pieds sur trois, que l’on ferma hermétiquement et qui fut également recouverte du sceau royal.

 

Un caveau muré, préparé à trois pieds sous terre pour contenir le corps du yoghi, reçut la caisse, dont les dimensions s’adaptaient exactement à ce tombeau. La porte fut fermée, scellée et bouchée complètement, avec de la terre glaise.

 

Cependant, des sentinelles étaient ordonnées pour veiller nuit et jour autour du sépulcre, qu’entouraient d’ailleurs des milliers d’Indous accourus pieusement, comme à un pèlerinage, à l’ensevelissement du saint.

 

Au bout de six semaines, terme convenu pour l’exhumation, une affluence de spectateurs encore plus grande accourut sur le lieu de l’événement. Le rajah fit enlever la terre glaise qui murait la porte et reconnut que son cachet, qui la fermait, était intact.

 

On ouvrit la porte, la caisse fut sortie avec son contenu, et quand il fut constaté que le cachet dont elle avait été scellée était également intact, on l’ouvrit.

 

Le docteur Honigberger fit la remarque que le linceul était recouvert de moisissures, ce qui s’expliquait par l’humidité du caveau. Le corps du solitaire, hissé hors de la caisse par ses disciples, et toujours entouré de son linceul, fut appuyé contre le couvercle ; puis, sans le découvrir on lui versa de l’eau chaude sur la tête. Enfin, on le dépouilla du suaire qui l’enveloppait, après en avoir vérifié et brisé les scellés.

 

Alors le docteur Honigberger l’examina avec soin. Il était dans la même attitude que le jour de l’ensevelissement, seulement la tête reposait sur une épaule. La peau était plissée ; les membres étaient raides.

 

Tout le corps était froid, à l’exception de la tête, qui avait été arrosée d’eau chaude. Le pouls ne put être perçu aux radiales pas plus qu’au bras ni aux tempes. L’auscultation du cœur n’indiquait autre chose que le silence de la mort...

 

La paupière soulevée ne montra qu’un œil vitreux et éteint comme celui d’un cadavre.

 

Les disciples et les serviteurs lavèrent le corps et frictionnèrent les membres. L’un d’eux appliqua sur le crâne du yoghi une couche de pâte de froment chaude, que l’on renouvela plusieurs fois, pendant qu’un autre disciple enlevait les tampons des oreilles et du nez et ouvrait la bouche avec un couteau. Haridès, semblable à une statue de cire, ne donnait aucun signe indiquant qu’il allait revenir à la vie.

 

Après lui avoir ouvert la bouche, le disciple lui prit la langue et la ramena dans sa position normale, où il la maintint, car elle tendait sans cesse à retomber sur le larynx. On lui frictionna les paupières avec de la graisse, et une dernière application de pâte chaude fut faite sur la tête. A ce moment, le corps de l’ascète fut secoué par un tressaillement, ses narines se dilatèrent, une profonde inspiration s’en suivit, son pouls battit lentement et ses membres tiédirent.

 

Un peu de beurre fondu fut mis sur la langue, et après cette scène pénible, dont l’issue paraissait douteuse, « les yeux reprirent tout à coup leur éclat. »

 

La résurrection du yoghi était accomplie.

 

Physiologie transcendantale. Analyse des choses. Essai sur la science future, son influence certaine sur les religions, les philosophies, les sciences et les arts, 1889
Dr Paul Gibier

25 février 2010

X COMME... XERES

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X comme… XERES

 

LE NOUVEL AMOUR

Vous n'êtes pas dehors, et vous êtes redevenue timide. Je la connais, votre timidité d'apparat, je sais les grandes déterminations qu'elle cache ou plutôt qui la rompent soudainement.

 

Encore un peu de Xérès, pour vous donner l'idée du soleil qu'il fait en Andalousie. Un peu de Xérès, un dernier baiser, sans défaire votre rouge. Je voudrais vous aimer toujours.

 

Si je vous l'avouais à présent, que je vous aime bien, vous me croiriez. Et il y a un certain amour dont je suis peut-être incapable, un amour d'entière donaison.

 

Le désir et l'amitié m'enchantent pourtant. Et que les deux agréments se joignent, ou que l'amitié naisse du désir comblé, deux créatures auront mis la main sur un grand bonheur.

 

« Cette espèce bizarre de créatures qu'on appelle le genre humain… » Je cite Fontenelle, dans la Pluralité des Mondes.

 

Je voudrais t'avoir connue il y a longtemps, je voudrais que nous eussions l'un de l'autre des souvenirs d'enfance, petite fille, les mêmes souvenirs.

 

Le nouvel amour, 1925
Eugène Marsan

18 février 2010

W COMME WAGON-LIT

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W comme… WAGON-LIT

  

LES DOUCEURS DU WAGON-LIT

 

Quand on est seulement deux dans un wagon-lit, on est au comble de la félicité. On se couche côte à côte, l'un à droite, l'autre à gauche. Il n'y a pas de différence sensible entre cette installation et la chambre à deux lits des auberges provinciales.

 

Mais dès qu'on est obligé de vivre dans le wagon-lit à trois ou à quatre, brrrr ! ça devient délicat. Lorsque les quatre voyageurs se connaissent, c'est une partie de plaisir mais lorsqu'ils ne se connaissent pas, il y a un contact un peu gênant pendant la première heure. Si propre qu'on soit, si sain qu'on soit, si homme de bonne éducation, en un mot, qu'on puisse être, on hésite toujours à ôter ses vêtements devant des compagnons de voyage, surtout quand on doit occuper la couchette supérieure et l'escalader, demi-nu, à la barbe d'un semblable.

 

Mais c'est un instant à passer. Une fois hissé là-haut, une fois glissé dans le blanc portefeuille, vous voilà heureux pour des douze et quinze heures !

 

Un conseil quand vous vous trouvez dans un wagon-lit vous êtes quatrième, prenez toujours vos arrangements avec vos compagnons de voyage pour vous déshabiller et vous coucher à. tour de rôle. C'est le meilleur moyen de ne pas rougir devant vos semblables, si vous êtes sujet à la pudibonderie.

 

La vie en chemin de fer, 1888

Pierre Giffard

11 février 2010

V COMME VALET

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V comme… VALET

 

 

DE LA TENUE

 1° L’attitude : Il faut se tenir droit, d’aplomb sur les deux pieds ; les bras tombant le long du corps ; ne pas s’appuyer en parlant ou en attendant, ni contre un mur, ni sur un meuble ; marcher sans courir; monter et descendre les escaliers, marche par marche, sans glisser la main sur la rampe. – Dans les appartements, il ne faut ni fumer, ni siffler, ni chanter ; ne pas interpeller les autres domestiques à haute voix ; enfin agir en tout avec le plus de discrétion et le plus de silence possible.

2° La propreté : On ne saurait trop insister sur ce point ; un domestique qui approche ses maîtres, qui vit dans leur intimité, ne doit pas se rendre désagréable à la vue, ni à l’odorat ; il doit donc avoir un soin tout particulier de sa personne ; se laver souvent à fond ; changer fréquemment de linge et de chaussettes ; avoir toujours les cheveux en ordre, le visage bien rasé, les mains et les ongles aussi propres que le permet le travail. Ne jamais se servir de cosmétique, ni de pommade, ni d’aucun parfum.

Du savon blanc, de la glycérine pour le soin des mains s’il y a engelures ou crevasses ; un peigne, une brosse pour la tête, une pour les dents et une pour les ongles, ainsi qu’une pierre ponce ; voilà l’outillage indispensable à la toilette.

Manuel du valet de chambre, 1903
Auteur anonyme

04 février 2010

U COMME... USURE

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U comme… USURE

 

 

L'USURE

 

Argent, maudit argent, source de tous nos maux,

Sans cesse des humains tu troubles le repos !

L'homme naît, l'homme meurt, l'homme vit ta victime.

Toujours prêt à céder au désir qui l'opprime !

Ce désir dangereux, il doit toujours dompter,

Autrement à sa perte il se laisse emporter :

La morale, la loi, n'ont sur lui plus d'empire,

Argent en abondance est tout ce qu'il aspire :

Tous moyens lui sont bons, l'honneur, la probité,

Pour jamais loin de lui sont un frein rejeté,

La soif de s'enrichir le presse, le tourmente,

Plus il la satisfait, plus elle est dévorante.

 

Sans doute c'est ainsi que naquit l'usurier,

Qu'il osât proposer un secours si meurtrier,

Qu'il se fit un métier d'égorger son semblable,

D'engraisser son trésor des pleurs du misérable !

Oui, l'usure à ce point endurcissant les cœurs,

De l'homme corrompit la nature et les mœurs ;

Il ne fut plus le même, il devint faux, perfide,

Et surtout d'un vil gain cruellement avide ;

Chacun se concentra dans ses propriétés

Ne connut que l'argent pour régler ses traités ;

On vit s'évanouir la douce bienfaisance,

Et tous les maux ensemble attester son absence.

L'indigent vainement exposa ses besoins,

Le riche n'eut de lui nulle pitié, nuls soins :

Chacun eut l'un envers l'autre une âme fière et dure

Et de ses propres mains irrita sa blessure.

Voilà les premiers maux qu'enfanta l'usurier,

Il doit être à jamais l'horreur du monde entier.

Son système a beaucoup augmenté nos misères,

Les hommes par lui seul ont cessé d'être frères,

Quiconque fait l'usure est mauvais citoyen,

De l'union sociale il brise le lien,

De ce monstre odieux, si justice était faite,

Il devrait ne trouver ni secours ni retraite.

 

L'Usure, 1809
Marie-Louis-Joseph de Boileau

28 janvier 2010

T COMME... TELEGRAPHIE

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T comme… TELEGRAPHIE

 

 

TELEGRAPHIE ELECTRIQUE

Nous vivons dans un siècle pressé.

Hop ! hop ! Housch ! housch ! comme il est dit dans la ballade de Lénore.

On rogne tout ; on économise principalement sur la parole. De là le succès de la télégraphie électrique. C’est l’idéal du genre. Plus d’article, plus de pronom, plus d’adjectif ; rien de ce qui est la chair et le sang de la phrase.

Du monde des affaires, le style télégraphique est destiné à passer dans la littérature. Je vois d’ici les romans de l’avenir.

 *

Voici d’abord le roman d’aventures.

Belle matinée de printemps.

Cavalier enveloppé d’un manteau.

Lui, baiser fréquemment mèche de cheveux blonds.

Avoir quitté jeune fille aimée. Promettre mariage. Pas tenir parole.

Tout à coup, autre cavalier, enveloppé dans autre manteau.     -

Frère d’Edwige.

Furieux ! Pas entendre raison ; vouloir se battre.

Epées reluire.

– Pif !

– Paf !

Maréchaussée accourir. Au nom du roi. Enfermer eux dans prison d’État.

 *

Passons maintenant au roman contemporain, intime et bourgeois.

Salon riche.

Minuit à la pendule.

Au dehors, voiture qui s’arrête.

M. G. Dubonte-Abba rentre du cercle.

Légèrement ému.

Cinquante-huit ans. Teint écarlate. Nez épaté. Oreilles moussues.

Affreusement bête.

G. Dubonte-Abba pousse cri.

Devant lui, sa femme, l’attendant.

– D’où venez-vous ?

– Du...

– Ce n’est pas vrai ! Lettre mise sous les yeux.

Pincé, Dubonte-Abba.

– C’est de votre maîtresse !

– Non...

– Et signé.

– Comment ?

Tuyau-de-conduite.

Évanouissement de Dubonte-Abba.

 *

Le roman historique, avec des considérations sociales.

Louis XIV, vieux podagre.

La marquise de Maintenon, prude et noire.

Tous deux au coin du feu.

Remords pesants.

Édit de Nantes, dragonnades, Cévennes. Pas jolis souvenirs.

Bâillements prolongés.

– Marquise !

– Sire ?

– Je souffre.

– Du cœur ?

– Non, de l’estomac. Troisième chapon passer difficilement.

– Connu.

– Connu quoi ?

– Pensez à votre salut, Sire.

Grimace royale.

On annonce M. Racine.

Bouffi. Fort en perruque. Majestueux et distrait.

– Asseyez-vous, monsieur.

– Que de bonté, Sire !

– Quoi de nouveau ?

– Toujours la Fille de madame Angot, de ce crétin de Scarron.

Racine flanqué à la porte.

Le petit Paris : tableaux et figures de ce temps, 1879
Charles Monselet

 

21 janvier 2010

S COMME SOMNABULISME

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S comme… SOMNAMBULISME

 

 

25ème DISSERTATION

Psychologie comparée. Examen des différents états psychologiques

Le Rêve, le Somnambulisme, la Folie

 

À l’occasion des données des sens et de la conscience, les idées se forment dans notre esprit. – La raison contrôle ces notions premières, la mémoire les conserve, l’imagination les reproduit et les transforme, et nous arrivons ainsi, par l’exercice régulier de nos facultés, à compléter les connaissances fournies par la perception extérieure.

 

Mais l’intelligence humaine peut subir, suivant les différents états psychologiques, des modifications accidentelles ou permanentes, dans l’exercice même de ses facultés.

 

Pendant le sommeil, certaines facultés se ferment pour ainsi dire. D’autres conservent un certain degré d’activité, et échappent plus ou moins à l’assoupissement dans lequel l’organisme est plongé. Parmi celles-ci, il faut placer en première ligne l’imagination. Les images qu’elle évoque pendant notre sommeil n’étant plus contrôlées par les autres facultés, se succèdent et se combinent dans un désordre fantastique ; et malgré leur absurdité et leur invraisemblance, le dormeur croit à la réalité de ses rêves. – Dans cet état, la plupart des sens ne fonctionnent plus ; toutes les opérations de l’esprit qui dérivent de la réflexion se trouvent suspendues ; et dès lors, les rêves enfantés par l’imagination ne trouvent ni dans la conscience, ni dans le raisonnement, ni dans la comparaison, un obstacle à leur production spontanée.

 

En dehors du rêve ordinaire, certaines personnes dont la sensibilité nerveuse est très exaltée, peuvent se trouver parfois plongées dans un rêve maladif, qui est le somnambulisme. – Dans cet état, la faculté locomotrice subsiste ; le somnambule marche et agit, avec une sûreté d’autant plus grande, que tous ses mouvements sont en quelque sorte instinctifs et irraisonnés.

Toutes les sensations qui se rattachent à l’image évoquée en son esprit, se produisent avec une finesse prodigieuse, et les sens qui les transmettent acquièrent un extrême degré de pénétration.

 

Il est des personnes chez lesquelles ces phénomènes se développent naturellement. Il en est d’autres qui peuvent être plongées dans cet état, par suite de certaines influences extérieures; c’est le somnambulisme artificiel, ou l’hypnotisme. – La personne, qui par son action, a su produire chez un sujet le sommeil magnétique, reste pour ainsi dire, présente dans le rêve qu’elle a provoqué, et peut suggérer au patient les idées les plus singulières : toutes ces impressions s’effacent au moment du réveil, et le sujet n’en garde aucun souvenir.

 

Il est encore un état dans lequel les facultés humaines ne s’exercent plus d’une façon normale et régulière, cet état est l’hallucination et la folie sous toutes ses formes. La cause de la folie réside encore dans une surexcitation maladive de l’imagination, et dans l’affaiblissement des autres facultés. Dès que la volonté s’affaiblit, que l’attention se relâche, que la raison cesse d’exercer son empire sur les suggestions de l’imagination, celle-ci usurpe plus ou moins le rôle des autres facultés, et se donne carrière dans les divagations les plus insensées.

 

Ainsi, même dans l’état de santé, lorsque les autres facultés sommeillent, l’imagination veille encore, et se manifeste dans le rêve. – Elle peut acquérir, dans la formation de nos idées, un rôle prépondérant, lorsque par suite d’un état maladif) les autres facultés sont impuissantes à la maintenir. 

Essai de philosophie classique. Recueil de différents sujets proposés habituellement aux examens de baccalauréat, avec des modèles de développement, 1885
Léon Duflos.

14 janvier 2010

R COMME... RUTABAGA

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R comme… RUTABAGA

 

 

PRAIRIES

 

 Le chou-navet a son mérite ;

A moi, ma plante favorite

Est le bon chou-rutabaga,

Je ne connais rien au-delà,

Pour les bêtes, pour le ménage

On en fait le plus grand usage.

De la glace il n'a point de peur,

De l'hiver craint peu la rigueur.

 

A mon avis, la chicorée

A beaucoup été trop vantée.

 

Fermiers, autour de vos maisons,

Plantez choux en toutes saisons.

Pour vos vaches c'est de ressource ;

Peu s'en sentira votre bourse.

 

Trésor des laboureurs, ou Adages à l'usage des fermiers du canton de Lamballe, 1841

Gabriel-Marie Couffon de Kerdellech

07 janvier 2010

Q COMME... QUENOUILLE

En septembre 2009, nous avons entamé, sur le blog collectif de la tempête dans un encrier, un ABECEDAIRE ANACHRONIQUE ET INUTILE.
Le blog de la Tempête ayant cessé son activité, nous poursuivons ici le déroulé de notre abécédaire.
Pour découvrir (ou redécouvrir) les précédentes lettres, rendez-vous ICI.
*
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Q comme… QUENOUILLE

 

 

LA QUENOUILLE

 

Pour tout le jour ma mère m’a enfermée au gynécée, avec mes sœurs que je n’aime pas et qui parlent entre elles à voix basse. Moi, dans un petit coin, je file ma quenouille.

 

Quenouille, puisque je suis seule avec toi, c’est à toi que je vais parler. Avec ta perruque de laine blanche tu es comme une vieille femme. Écoute-moi.

 

Si je le pouvais, je ne serais pas ici, assise dans l’ombre du mur et filant avec ennui : je serais couchée dans les violettes sur les pentes du tauros.

 

Comme il est plus pauvre que moi, ma mère ne veut pas qu’il m’épouse. Et pourtant, je te le dis : ou je ne verrai pas le jour des noces, ou ce sera lui qui me fera passer le seuil.

 

Les chansons de Bilitis, 1898

Traduites du grec par Pierre Louys